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dimanche 5 mars 2023

EMPIRE OF LIGHT Film de Sam MENDES (GB-2023)

 

Empire of Light est un film britannique dirigé, écrit et co-produit par Sam Mendes. Présenté en avant-première au 49ème Telluride Film festival en septembre 2022, il est sorti aux Etats-Unis en décembre 2022, en Angleterre et en France en 2023.

Présentation

L’histoire se déroule en 1981 dans une station balnéaire du Kent, dans le sud-est de l’Angleterre. Nous sommes en pleine période thatchérienne, avec la privatisation brutale des services publics, des licenciements massifs et des manifestations violentes dans les mines. On l’a peut-être oublié mais c’est aussi à cette époque que se déroule le superbe film Billy Elliot.

L’Empire est un cinéma sur le déclin. Bien qu’il ait perdu beaucoup de sa superbe (il a dû fermer plusieurs salles, ainsi que son restaurant panoramique et son dancing), il a néanmoins conservé sa décoration majestueuse et surannée de style Art déco et est animé par Hillary (Olivia Colman) qui règne sur une équipe de cinq sympathiques tire-aux-flancs. Un sixième personnage, bien plus antipathique, est représenté par Donald Ellis, le directeur de l’Empire (Colin Firth), qui abuse de l’état dépressif d’Hillary, pour satisfaire ses appétits sexuels.

Arrive alors Stephen (Micheal Ward), un jeune noir épris de cinéma, dont Hillary tombe amoureuse et ils lient leurs deux solitudes.

L’Empire connaît à nouveau son heure de gloire lorsqu’il organise l’avant-première du film Les Chariots de feu. A cette occasion, toute la ville est invitée. Hillary monte sur scène et fait une déclaration extravagante. Lorsque Donald veut la réprimander, elle lui jette à la tête, devant son épouse, tous les reproches et la frustration accumulés contre lui pendant des années.      

Après cet éclat, Hillary retombe en dépression et est internée pendant quelques mois.

Lorsqu’elle revient, elle retrouve l’Empire, débarrassé de son directeur, redevenu une île de sérénité relative au milieu du chaos d’une société qui se déchire jusqu’au moment où une manifestation de skinheads brise les vitres du cinéma et s’en prend à Stephen, le laissant à demi-mort, étendu sans connaissance sur la moquette du hall.

Mon opinion sur ce film

Comme The Fabelmans, que j’ai beaucoup aimé, ce film est une somptueuse ode au cinéma. A part l’infâme Donald, les personnages, filmés avec beaucoup de délicatesse, sont tous très attachants, en particulier Olivia Colman, dont la prestation a été unanimement applaudie, et celle, remarquée, du charismatique Micheal Ward dans le rôle de Stephen. Outre la mise en scène précise de Sam Mendes, dont on n’oubliera jamais l’exploit de 1917 filmé en un seul plan-séquence, on doit saluer la photo caressante du chef-op’ Roger Deakin qui tenait déjà la caméra sur 1917.     

mardi 28 février 2023

THEODOSIA Série d'aventures jeunesse (D-FR 2022)

Cette série peut se regarder en replay sur la plateforme gratuite France.TV. Elle est aussi en ce moment diffusée sur France 4 (chaîne 14 de la TNT).

Theodosia est une série de télévision jeunesse d’aventure produite par la chaîne allemande ZDF et Cottonwood Media (France). La série est adaptée par Joe Williams et réalisée par Matthias Hoene, Alex Jacob et Matt Bloom à partir de l’œuvre à succès de l’écrivaine américaine Robin LaFevers. La série est actuellement visible gratuitement sur la plateforme France.TV (Okoo). La 1ère saison compte 26 épisodes d’env. 25 minutes. En octobre 2022, les producteurs ont annoncé qu’il y aurait une 2nde saison.

Résumé

Nous sommes en 1906, à Londres. Alistair (Rick Young) et Henrietta (Elisa Doughty) Throckmorton, un couple d’égyptologues britanniques, qui gèrent un musée d’antiquités hérité du père d’Alistair, sont les parents de Theodosia « Theo » (Eloise Little), 14 ans et d’Henry, son frère cadet (Frankie Minchella). Lors de fouilles en Egypte, ils mettent au jour un artefact, l’œil d’Horus qui, une fois rapporté à Londres, s’avère posséder des pouvoirs magiques qui en font la cible de la secte des Serpents, dirigée par Yaret, qui a pour but d’instaurer le chaos sur Terre.  

Avec l’aide de leurs amis, Will Morgan, un jeune magicien noir (Nana Agyeman-Bediako) et la princesse égyptienne Safiya (Yasmina El-Abd), les quatre ados vont affronter les forces du mal.

Autour de la série

La série a été tournée en langue anglaise à Paris, Londres, Bruxelles et au Maroc.

Mon opinion

Mêlant l’égyptologie et la fantasy, cette série d’aventures, où il ne faut pas chercher la vraisemblance historique, est divertissante et visible par des spectateurs de l’âge des héros ou même plus jeunes (la chaîne indique comme tranche d’âge 7-12 ans).  Elle est en tout cas fort bien réalisée, avec des décors et des costumes soignés pour évoquer le Londres de l’époque Edwardienne et les jeunes héros sont attachants

dimanche 7 novembre 2021

THE SPANISH PRINCESS Série historique britannique (GB-USA 2020)

 


The Spanish Princess est une mini-série dramatique anglo-américaine, élaborée par Emma Frost et Matthew Graham. Elle a commencé sa diffusion le 5 mai 2019 pour s'achever le 29 novembre 2020. Elle est fondée sur les romans The Constant Princess et The King's Curse de Philippa Gregory et est une suite des mini-séries The White Queen et The White Princess. En France, elle est disponible depuis le 13 mai 2019 sur StarzPlay, dès le 6 novembre 2021 sur Chérie 25. Elle reste inédite dans les autres pays francophones. 2 saisons de 16 épisodes.

Résumé

La série commence avec le départ d’Espagne de l’infante Catherine d’Aragon (Charlotte Hope), fille des souverains espagnols Isabelle et Ferdinand, et son voyage mouvementé pour se rendre en Grande-Bretagne Angleterre afin de consommer le mariage arrangé depuis des années avec le prince Arthur, héritier de Henri VII d'Angleterre.

Dès son arrivée, elle est confrontée au climat, aux mœurs brutales des Anglais et aux intrigues de la cour. Elle peut cependant compter sur l’aide de sa dame de compagnie Lina (Stephanie Levi-John), d’ascendance maure, et des soldats de sa garde personnelle.

Sur place, elle doit aussi affronter Henri ‘Harry’ (Ruairi O’Connor), le frère cadet d’Arthur et futur Henri VIII, arrogant et sûr de lui autant que son frère aîné est timide et renfermé. Malgré tout, Catherine parvient à se faire aimer d’Arthur qui, hélas, meurt subitement de la terrible suette, une maladie qui a fait des ravages en Europe à cette époque.

Mon opinion

Je n’ai vu à ce jour que les deux premiers épisodes de cette série qui s’annonce, comme les précédentes The White Queen et The White Princess, prometteuse et nous replongent dans l’histoire, non seulement de l’Angleterre, mais de l’Europe. Les costumes et les prises de vue sont superbes.  

mercredi 18 novembre 2020

THE BOOKSHOP film d'Isabel COIXET (ES-GB-DE 2017)

 The Bookshop est passé sur Arte le 6 novembre 2020

The Bookshop est un film espagnol-anglo-allemand réalisé par Isabel Coixet, sorti en 2017. C'est l'adaptation du roman du même nom écrit par Penelope Fitzgerald et paru en 1978.

Résumé

Le film se déroule en 1959 dans un village anglais du nom de Hardborough isolé au bord de l’océan. Florence Green (Emily Mortimer), une jeune femme passionnée de littérature, y achète une vieille maison afin d’y ouvrir une librairie, The Old House Bookshop. Mais cette « intrusion » n’est pas du goût de Violet Gamart (Patricia Clarkson), la notable du lieu qui se pique de culture et veut faire de ce lieu un centre d’art. Florence ne trouve de soutien qu’auprès d’Edmund Brundish (Bill Nighy), un vieil original épris de littérature mais enfermé dans sa solitude depuis la mort de son épouse, et d’une fillette pauvre, du nom de Christine Gipping (Honor Kneafsey) qui vient lui donner la main de temps en temps.

Mais Florence fait l’erreur de s’opposer frontalement à Violet et de la narguer en installant, dans la vitrine de sa librairie, Lolita de Vladimir Nabokov, œuvre scandaleuse aux yeux de la « bonne société » d’Hardborough. Dès lors, Violet Gamart fera tout pour ruiner sa réputation et la chasser du village.

Mon opinion

Ce film est un OVNI. Tout y est tellement « So British » qu’on pourrait penser - et personnellement je l’ai pensé - qu’il s’agissait d’un film 100 % anglais. Il n’en est rien puisqu’il est l’œuvre d’une réalisatrice espagnole. J’étais d’ailleurs assez mécontent, lorsqu’il est passé sur Arte, qu’il ne soit pas en VOST (qui ne pouvait être, dans mon esprit, que l’anglais). Le film, qui a ravi l’ancien libraire (et toujours grand lecteur et amoureux des livres) que je suis m’a cependant laissé sur ma faim et sa « fin » abrupte m’a surpris et un peu déçu car j’aurais aimé que notre héroïne, avec l’aide du vieil Edmund Brundish, tienne tête à cette punaise de Violet Gamart. Défaite de la naïve libraire mais pas du livre cependant, comme nous l’apprendrons les dernières images.   

Bien qu’il ait remporté plusieurs prix en Espagne et en Allemagne, le film est passé inaperçu en France, ce qui ne m’étonne qu’à moitié car il est d’une veine assez inclassable. Il m’a fait penser à d’autres films que j’ai beaucoup aimés et que je vous recommande, comme :

mardi 30 juin 2020

LES SUFFRAGETTES drame historique de Sarah GAVRON (GB-2015)



Les Suffragettes (Titre original : Suffragette) est un film historique britannique réalisé par Sarah Gavron, sorti en 2015. Le film est axé sur l'histoire du mouvement britannique pour le droit de vote des femmes qui s’est déroulé entre 1912 et 1913.

Résumé

Maud Watts (Carey Mulligan), 24 ans, est une employée sans problème et travaille dans une blanchisserie industrielle. Mariée à Sonny Watts (Ben Wishaw), elle est maman de George, un jeune  garçon de 6-7 ans (Adam Michael Dodd).

Au contact de femmes luttant pour obtenir le droit de vote, elle est entraînée par sa collègue de travail Violet Miller (Anne-Marie Duff), à entrer dans le mouvement. Quelques jours plus tard, Maud et Violet assistent au discours d’Alice Haughton (Romola Garai), l'épouse d’un député qui incite les femmes à venir témoigner de leurs conditions de vie devant le Parlement. Violet se porte volontaire mais son mari s’y oppose et la roue de coups. Maud accepte de la remplacer mais se fait jeter dehors par son mari.

Mais le Parlement reste sourd à leurs revendications. Entraînées par Emmeline Pankhurst (Meryl Streep), chef de file de la Women’s Social and Political Union, le mouvement se radicalise. Après plusieurs attentats (bris de vitrines, bombes posées dans des boîtes-aux-lettres, destruction de la maison d’un député…), la police, conduite par Arthur Steed (Brendan Gleeson) réprime par la violence les manifestations et jette les manifestantes en prison.

Afin de faire connaître leur combat au monde entier, les Suffragettes décident d’intervenir lors du  Derby d'Epsom, auquel participera le roi George V. Elles ont l’intention de déployer une banderole devant le cheval du roi pendant la course hippique. Mais Emily Davison (Natalie Press) sera piétinée par le cheval et mourra sur le coup. Cet incident tragique, commenté par la presse du monde entier, fera avancer la cause des femmes et jouera en leur faveur dans l’obtention de droit de vote en 1918.
Le générique de fin égrène la liste chronologique des pays qui ont donné le droit de votes aux femmes. En France, les femmes n’obtiendront le droit de vote qu’en 1944 mais ne pourront réellement voter aux élections législatives qu’en 1945. Mais certains pays occidentaux, comme la Suisse, ont fait pire puisque les femmes n’y sont autorisées à voter au niveau fédéral que depuis… 1971 !!!   

Mon opinion

J’avais raté la sortie de ce film, sorti en 2015) lors de sa rediffusion à la télévision (sur Chérie 25) le 29 juin 2020.


Je connaissais bien entendu le mouvement des Suffragettes mais je ne pensais pas que, dans un pays aussi policé que la Grande-Bretagne, leur combat avait été aussi violent. Malgré la confusion de certaines scènes, ce film salutaire présente un moment historique majeur de l’évolution des démocraties et nous fait toucher du doigt la situation terrible des femmes en ce début du XXe siècle. La scène où le mari de Maud donne son enfant à adopter à des inconnus est proprement déchirante et nous fait mesurer le chemin parcouru.  

jeudi 7 novembre 2019

SORRY WE MISSED YOU film de Ken LOACH (FR-BE-GB 2019)




Vu dans le cadre des Rencontres des cinémas d'Europe d'Aubenas. 

Sorry We Missed You est un film franco-belgo-britannique réalisé par le cinéaste britannique Ken Loach, sorti en 2019. Il dénonce les dérives de « l'uberisation » de la société et les ravages qu'elles peuvent exercer sur la vie d'une famille. Le titre du film « Sorry we missed you », c’est-à-dire « Désolés de vous avoir manqué » fait référence à la formule laissée par les livreurs quand ils ont trouvé porte close. Dans le film, c'est aussi la formule que pourraient employer les malheureux parents, contraints de délaisser leurs enfants.

Présentation

Le film se déroule de nos jours à Newcastle, dans le nord-est de l’Angleterre, ancienne ville industrielle durement touchée par la pauvreté.

Sans travail depuis quelque temps, Ricky rêve de devenir son propre employeur. Il postule donc au poste de chauffeur-livreur « indépendant ». Pour ces nouveaux exploiteurs motivés uniquement par la rentabilité, le chauffeur, à qui l’on impose des cadences infernales, doit acheter (ou louer) son propre véhicule, avec tous les frais annexes à sa charge (assurances, accidents, couverture sociale, etc.)

Son épouse Abby, auxiliaire de vie auprès de personnes dépendantes, se débat elle aussi avec des situations sociales terribles et des horaires à rallonge, d’autant plus qu’elle a consenti à vendre la voiture du couple pour pouvoir acheter la camionnette de livraison qu’utilise son mari et doit désormais utiliser les transports en commun. 

Malgré tout leur désir d’être présents pour leurs deux enfants, Liza Jane, une fillette de 11 ans une élève studieuse, et Seb, un adolescent de 16 ans, qui préfère aller taguer les murs de la ville que d’aller au lycée, Ricky et Abby commencent à être dépassés par la situation et leur couple bat de l'aile, loin des rêves d’indépendance qu’avait formés Ricky.

Mon opinion sur ce film

Après Moi, Daniel Blake (2016), ce film est le dernier de Ken Loach. On y retrouve la situation dramatique des travailleurs pauvres qui se détériore de plus en plus en Angleterre malgré un taux de chômage parmi les plus bas d’Europe. Le grand mérite de ce film est de nous faire toucher du doigt le mécanisme criminel de « l’uberisation », dernier avatar d’un capitalisme de plus en plus sauvage et incontrôlé, qui grignote chaque jour un peu plus les acquis sociaux obtenus au cours de décennies de luttes acharnées et met en péril l’équilibre de nos sociétés. Est-on devant un film ou un documentaire ? Certes, il s’agit bien d’un film, joué par des comédiens, mais il s’agit aussi d’un documentaire sans concession qui dénonce la dégradation d'une société dont le modèle économique devient fou.  

Dans le même esprit, vous pouvez voir aussi :

dimanche 19 mai 2019

LES VESTIGES DU JOUR de James IVORY GB-USA 1993)


Vu à la télévision. 

Les Vestiges du jour (The Remains of the Day) est un film américano-britannique réalisé par James Ivory sorti en 1993, inspiré du roman du même nom de Kazuo Ishiguro.

Présentation

Le film alterne les séquences qui se passent en 1959 et en 1936.

En 1959, Miss Kenton (Emma Thompson), ancienne gouvernante de Lord Darlington (James Fox), récemment décédé, rédige une lettre à l’intention de l’ex-majordome, James Stevens (Anthony Hopkins). Elle y évoque un scandale qui a éclaté après la guerre ayant impliqué le comte. Afin d'aller rendre visite à Miss Kenton, Stevens obtient un congé de son nouveau patron, un riche américain nommé Jack Lewis (Christopher Reeve) qui a racheté le domaine après le décès Darlington. Chemin faisant, dans la vieille limousine Daimler que Lewis lui a prêtée, Stevens repense au jour de 1936 où il a engagé Miss Kenton.

Flash-back en 1936, où Stevens, responsable de toute la domesticité du domaine, fait engager son père au passé prestigieux comme majordome-adjoint, et Miss Kenton comme intendante. Celle-ci va se révéler une excellente professionnelle. Stevens – quadragénaire consciencieux, réservé, témoignant d'une autorité naturelle – a totalement intériorisé les devoirs de sa charge sur laquelle il centre son existence. Appréciant réellement la personnalité et la compagnie de Miss Kenton, il se refuse d'y voir une autre raison que professionnelle.

Lors de cette même année, Lord Darlington organise une conférence internationale chez lui en vue d’établir la paix avec l'Allemagne (dans le livre, cette conférence a lieu en 1923 ; en 1936, non seulement l'Allemagne était déjà remilitarisée, mais appuyait la guerre d'Espagne de toute sa force aérienne). Ses invités et lui désirent la soutenir politiquement. Seul un membre du Congrès américain, le sénateur Lewis, manifeste fermement son opposition, estimant qu’on ne peut négocier avec le diable. Pendant cette réunion, on annonce à Stevens le décès de son père mais, faisant passer ses devoirs avant son amour filial, il n’interrompt pas son service et délègue Miss Kenton pour rester au chevet de son père.

Peu avant la guerre, Stevens est forcé de licencier deux employées allemandes d’origine juive, décision qui ulcère Miss Kenton. Bien que bouleversé par la décision de Lord Darlington, Stevens ne laisse cependant rien paraître de son sentiment mais Miss Kenton, elle, menace de démissionner sans toutefois le faire. Plus tard, Lord Darlington, pris de remords (« Ce que nous avons fait est mal »), cherche à faire retrouver les jeunes filles pour leur rendre leur emploi, en vain.

Nous voici à nouveau en 1959. Dans un pub où il s'est arrêté, l'allure et les excellentes manières de Stevens le font prendre pour un respectable aristocrate par les clients, et il se laisse prendre à ce jeu : il admet avoir vu Churchill, en se gardant bien de préciser dans quel contexte. Le médecin du village n'est pas dupe et, lorsque tous deux se retrouvent seuls, pose une question concernant « le traître Darlington ». Stevens répète, fort gêné toutefois, qu'il n'avait pas à juger son maître, que chacun peut faire une erreur et que lui-même entreprend justement ce voyage pour essayer d'en réparer une.
Retour en 1939. Lors d'une autre soirée de décideurs anglais, l'un d'eux veut tester la compréhension que peut avoir le peuple de la situation internationale tendue et il questionne à cet effet Stevens, lequel est incapable de donner quelque avis que ce soit. Devant la froideur de Stevens à son égard, Miss Kenton se tourne vers Thomas Benn qui lui propose le mariage.

Lord Darlington organise une entrevue secrète entre le premier ministre anglais Neville Chamberlain et l'ambassadeur d'Allemagne Ribbentrop : la politique d'Hitler, en particulier ses visées sur la Bohême, est soutenue par tous les intervenants. Nous sommes alors bien loin de l'esprit conciliant et amical de la conférence de 1936.

1959. Vingt ans se sont écoulés : Stevens retrouve Miss Kenton. Ils discutent de tout et de rien, de son mariage raté à elle, mais aussi du procès que Lord Darlington a perdu après la Guerre alors qu'il voulait défendre son honneur. Stevens offre à Miss Kenton de revenir à Darlington. Venant d'apprendre la grossesse de sa fille, celle-ci se voit contrainte de ne pas accepter. Ils se quittent… mais les frustrations liées à leur attirance réciproque sont toujours bien présentes.

Mon opinion sur ce film

« Typically english » dans sa forme et dans son fonds, ce film restera sans nul doute le chef d’œuvre de James Ivory, un film élégant, subtil, tout en nuances, qui mêle intelligemment politique et affaires de cœur.

Dans le même esprit, on peut aussi voir : 


dimanche 21 juin 2015

SURVIVORS série britannique de science-fiction (GB-2008-2010)


Survivors est une série télévisée britannique créée par Adrian Hodges d'après la série télévisée éponyme des années 1970 sur un scénario de Terry Nation. La série a été diffusée à partir de novembre 2008 sur BBC One et en France sur NRJ12 en 2010. Elle s’est arrêtée au bout de 2 saisons de 12 épisodes de 52 minutes, disponible en version française en un coffret DVD.

Résumé

L’histoire se déroule en Grande-Bretagne. Une maladie mortelle ayant au départ les caractères d'une grippe décime en quelques jours plus de 90 % de la population mondiale. La série raconte l'histoire d'un groupe de survivants que seul le hasard a fait se rencontrer :

- Abby Grant (une mère de famille qui, bien que victime de la maladie, l’a surmontée. Elle est, dès lors,immunisée ; dès qu’elle a été rétablie, elle est partie à la recherche de Peter, son fils de 12 ans qui était en classe verte lorsque l’épidémie s’est déclarée). Par sa force de caractère, elle devient le leader naturel du groupe;

- Tom Price un criminel en détention lorsque débute l’épidémie qui s'avère être, malgré ses emportements meurtriers, un élément fiable, son caractère bien trempé faisant de lui un des plus sérieux éléments pour la sécurité du groupe; 

- Greg Preston un père de famille divorcé dont la femme est partie à l'étranger en emmenant leurs enfants;

- Anya Raczynski : une jeune femme médecin qui, en poste dans un grand hôpital, voit mourir dans ses bras ses deux plus proches amies;

- Najid Hanif : un jeune garçon musulman dont toute la famille a été décimée. Il est optimiste et débrouillard et reste plein d'humour malgré les circonstances. Il est l'un des éléments les plus sympathiques du groupe;

- Al Sadiq : jeune play-boy richissime habitué aux hôtels et aux voitures de luxe, qui se révélera finalement beaucoup plus combatifs que son passé ne l'aurait laissé penser; 

- Sarah Boyer : une jeune et jolie femme qui a, jusque-là, vécu d’expédients et de magouilles plus ou moins honnêtes. Son égoïsme et son caractère particulièrement antipathique ne laissent pas augurer de la suite. En effet, elle saura se sacrifier pour ses amis et montrera une force de caractère peu commune lorsque le virus l'atteindra à son tour.

Les autres protagonistes sont :

- Samantha Willis : seule survivante parmi les membres du gouvernement qui essaie de rebâtir une société civilisée tout en pactisant avec des gens peu recommandables. 

- Le Dr. James Whitaker, responsable d’un laboratoire pharmaceutique privé aux activités suspectes, sans doute à l’origine de la fuite du virus. Il fait enlever Abby, qui est imunisée, et la séquestre dans le centre de recherche secret  du laboratoire pour essayer de produire un sérum.

Mon opinion sur cette série

Je ne connaissais pas cette excellente série post-apocalyptique britannique que j’ai découverte sur internet. Bien que très différente par son contenu, elle rappelle, pour son ambiance, la série française Les Revenants ou Under the dome. Dommage que Survivors ne compte que deux saisons car on s’attache aux personnages bien que ceux-ci soient a priori assez passe-partout. Une série qui monte en puissance au fur et à mesure des épisodes. Une 3ème saison aurait été bienvenue. 

Autres séries ou films dans le même esprit :

samedi 16 mai 2015

INDIAN PALACE SUITE ROYALE de John Madden (GB-


Indian Palace : Suite royale (titre original : The Second Best Exotic Marigold Hotel) est un film britannique réalisé par John Madden et sorti en 2015. Cette comédie satirique qui met en scène des retraités anglais venus s'installer en Inde, est la suite d'Indian Palace sorti en 2012.

Résumé

Le film commence sur la route 66 aux Etats-Unis. Sonny (Dev Patel), accompagné de Muriel Donnelly (Maggie Smith) roule, au volant d’une décapotable, en direction de San Diego, pour rencontrer des investisseurs d’une chaîne hôtelière américaine. En effet, l’Indian Palace marchant bien, Sonny veut développer le concept. Il a jeté son dévolu sur un 2ème hôtel en ruine et cherche des capitaux pour lui permettre de mener à bien son projet.  De retour à Jaipur, ils attendent l’arrivée du « client mystère » qui, après inspection, devra ou non valider leur projet. Sonny, entièrement concentré sur celui-ci, néglige la préparation de son prochain mariage avec  Sunaina (Tina Desae). Evelyn (Judi Dench), ne travaille plus comme conseillère au centre d’appel mais, approchée par une entreprise européenne qui exporte des tissus indiens, elle est devenue acheteuse pour leur compte et est amenée à se déplacer. Lorsqu’un séduisant américain qui se présente sous le nom de Guy Chambers (Richard Gere) et dit vouloir écrire un livre, arrive à l’hôtel, Sonny, qui le prend pour l’inspecteur tant attendu, le traite royalement, négligeant la véritable inspectrice de la chaîne américaine. 

Distribution

  • ·         Judi Dench : Evelyn Greenslade
  • ·         Maggie Smith : Muriel Donnelly
  • ·         Bill Nighy : Douglas Ainslie
  • ·         Dev Patel : Sonny Kapoor
  • ·         Richard Gere : Guy Chambers
  • ·         Tina Desae : Sunaina
Mon opinion

Une suite à un film qui a été un succès est souvent décevante. Ce qui fait la force de ce 2ème opus, comme il avait été l’atout majeur du premier, c’est la personnalité de ses interprètes, à commencer par le formidable duo Judi Dench/Maggie Smith, mais aussi et surtout du jeune acteur anglais Dev Patel, toujours aussi déjanté et d’un activisme communicatif. Par ailleurs, tout en conservant la même problématique qui avait fait le succès du 1er film, le réalisateur a su renouveler les situations cocasses, sans tomber dans   la répétition. Le seul reproche que je ferai à ce film est son côté « too much » qui culmine avec la scène du mariage. Heureusement que Dev Patel, avec son irrésistible énergie, lui insuffle le décalage nécessaire. J'avais adoré le premier Indian Palace et j'ai tout autant aimé le second. C'est toujours aussi drôle et frais et on ne voit pas du tout s’écouler les 2 h que dure le film. Personnellement, j’aurais bien signé pour une heure supplémentaire ! Si vous aimez l’ambiance "So British" et l’Inde, vous serez servis. 

jeudi 2 avril 2015

LE DISCOURS D'UN ROI de Tom Hooper (GB-2010)


Le Discours d’un roi (The King’s Speech) est un drame historique britannique réalisé par Tom Hooper, sorti en 2010.

Résumé

Albert, deuxième fils du roi d'Angleterre Georges V, est affecté depuis son enfance d'un grave bégaiement. A la mort de son père, c'est son frère aîné, Edouard VIII, qui aurait normalement dû lui succéder. Mais Edouard est épris de Wallis Simpson, une américaine, roturière et deux fois divorcée. Edouard doit choisir : soit renoncer à épouser Wallis Simpson, soit renoncer au trône. On sait tous qu’il a opté pour la deuxième solution.

Ce sera donc son frère cadet, Albert qui, sous le nom de Georges VI, succèdera au roi défunt. Albert devra surmonter son handicap d'autant plus que la Grande-Bretagne est à un tournant de son histoire puisqu'au côté des Alliés, elle s’apprête à déclarer la guerre à l'Allemagne et à Hitler.

C'est grâce aux méthodes peu orthodoxes d'un autodidacte d'origine australienne, Lionel Logue, qu'Albert pourra surmonter son bégaiement et assurer son rang de monarque.

Pour ce rôle, Colin Firth, qui interprète le rôle du roi bègue et son combat contre le handicap, a obtenu l'Oscar 2011 du meilleur acteur.

Le film, quant à lui, a obtenu un nombre incalculable de nominations et de récompenses.

Mon opinion sur ce film

J'ai trouvé le début du film maladroit et lent et j'ai bien failli décrocher. Cela aurait été dommage car le film mérite vraiment d'être vu, ne serait-ce que pour la prestation exceptionnelle de Colin Firth, dont c'est sans doute le meilleur rôle d’une carrière déjà impressionnante. Mais je trouve légèrement exagérée la véritable "averse" de nominations et de récompenses que ce film a obtenues.

Par certains côtés, en particulier lorsqu'on pénètre dans l'intimité de la royauté anglaise avec ses règles compassées et passablement ridicules, le film rappelle le chef-d’œuvre, The Queen de Stephen Frears, sans toutefois en atteindre ni le degré de cruauté ni soulever l'émotion comme ce dernier. 
Mais la comparaison s'arrête là car le film traite surtout du handicap et du courage admirable qu'il a fallu à Georges VI pour l'affronter et le surmonter. 
 

La musique joue un rôle non négligeable dans le film. Elle est officiellement signée par le français, abonné aux BOF, Alexandre Desplat mais, dans la réalité, on n'entend que la musique de Beethoven (la Septième Symphonie qui accompagne le discours) et le Concerto Empereur ainsi, en plus discret qu'un remix du Concerto pour clarinette de Mozart.

mardi 31 mars 2015

IF de Linsday ANDERSON (GB-1969)

 

Voir ma page des Films introuvables.

If est un film dystopique britannique, réalisé par Lindsay Anderson en 1969.

Synopsis

Le film se passe dans une Public School britannique (école privée) où les étudiants se révoltent contre une discipline absurde et pervertie. L'acteur principal est Malcolm McDowell qui deviendra par la suite le meneur de la bande d'assassins déchaînés d'Orange mécanique (1972) de Stanley Kubrick. C'est d’ailleurs en le voyant dans If.... que Kubrick, ayant remarqué le sourire sarcastique de l’acteur, eut l'idée de lui proposer le rôle d’Alex dans Orange mécanique. Le film se termine, lors de la Journée des Fondateurs, par une tuerie générale, les adolescents ayant découvert une cache d'armes dans l’école, ils s'en servent pour viser, depuis les toits où ils se sont réfugiés, et tuer sans la moindre émotion leurs victimes (parents en visite,  professeurs et militaires appelés en renfort).

Autour du film

Cette œuvre très polémique a déclenché un scandale en Angleterre lors de sa sortie en salles. Un ambassadeur l'avait qualifiée d’ « insulte à la nation » et un certain Lord Brabourne la considéra même comme "le scénario le plus maléfique et perverti" qu'il ait jamais lu, souhaitant même que cette histoire "ne voie jamais la lumière du jour". Une fois le film monté, les Studios Paramount faillirent  renoncer à le projeter en salles. Lors de sa sortie, le film faillit être interdit par la censure qui y vit, à juste titre, une menace pour l'ordre public. Il n'en obtint pas moins la Palme d'Or au Festival de Cannes 1969, à une époque où les prix à Cannes avaient encore un sens. Dans un sondage mené par le British Film Institute en 1999, auprès de mille professionnels du cinéma, If.... est classé comme le douzième meilleur film britannique du XXe siècle. En 2004, il a été classé 16e meilleur film britannique de tous les temps par le magazine Total Film.Les trois premiers films de la liste sont, respectivement, Le Troisième homme (1949), de Carol Reed, Brève Rencontre (1945) et Lawrence d'Arabie (1962), tous les deux réalisés par David Lean. 

Dans la fiche technique du film, on peut voir le nom de Stephen Frears, inconnu à l’époque. Il participa au tournage de If.... en tant qu'assistant réalisateur.

Le film est disponible en DVD zone 2 (mais en VO non sous-titrée)

Mon opinion sur ce film

Brûlot nihiliste, intransigeant et violent, à l’unisson du vent de révolte qui souffla dans le monde (et pas seulement en France comme le croient beaucoup !) dans les années 68-70, impitoyable critique sociale qui remettait en question, au-delà des institutions, le conformisme cuistre de toute la société britannique.

Lorsque je l'avais vu à sa sortie, le film m'avait fait une forte impression. Je me souviens en particulier de la bande son,  composée par le musicien australien Marc Wilkinson, en particulier le Sanctus de la Missa Luba (messe traditionnelle congolaise) que l'on entend pendant que défile le générique de fin après que se soit inscrit en rouge sur fond noir le mot "If" ("Si"...), par référence au côté dystopique du film.

mercredi 10 décembre 2014

MR TURNER de Mike Leigh (GB - 2014)



Mr. Turner est un biopic consacré au peintre anglais, J.M.W. Turner (1775-1851). Le film, sorti en 2014, a été écrit et réalisé par Mike Leigh.

Synopsis

Bien que son père, William Turner, soit un modeste barbier, il encouragea très tôt le talent de son fils Joseph Mallord William Turner, qui entra, âgé de 14 ans seulement, à l'école de la Royal Academy of Arts avant d’être admis, un an plus tard, à la Royal Academy elle-même. Il suffit d’ailleurs de voir les tout premiers dessins et aquarelles du jeune J. M. W. pour constater que son talent était déjà éloquent. Marquant un vif intérêt pour l'architecture, Turner suit notamment des cours de perspective et de topographie avant que l’un de ses professeurs ne l’oriente vers la peinture. Une première de ses aquarelles est acceptée à l'exposition d'été de la Royal Academy alors qu'il n'y est élève que depuis un an et il devint à son tour professeur de la respectable institution dès l’âge de 27 ans.

C’est dire combien, à la différence de beaucoup d’artistes, le talent de Turner fut reconnu très tôt, lui procurant assez vite une vie à l’abri du besoin qui lui permit d’avoir son propre atelier à Londres et de pouvoir financer les nombreux voyages qu’il fit, dès son adolescence et jusqu’à ses derniers jours.
Les voyages à l’étranger étant alors interdits à cause de la guerre entre l’Angleterre et la France, J. M. W., avide de découvertes, commença donc, dès l’âge de 19 ans, par des visites dans son propre pays : il commença par le Pays de Galles et l’Ile de Wight (1794), puis, trois ans plus tard, par la région des Lake districts, réputés pour la beauté de leurs paysages.

En 1799, il accompagna en Grèce le célèbre Lord Elgin, le même qui devait faire transporter les sculptures de l’Acropole à Londres où elles sont toujours.

En 1802, la paix étant revenue entre l’Angleterre et la France, Turner s’empressa de se rendre à Paris, où il visita le Louvre, subjugué par les maîtres qu’il admirait (Claude Lorrain, Poussin), et les ateliers de peintres parisiens comme celui de David où il admira « Les Sabines ».

C’est au cours de sa traversée des Alpes enneigées pour se rendre en Suisse qu’il fut confronté pour la première fois à la magnificence de la montagne qui inspira nombre de ses toiles les plus célèbres. Son autre inspiration lui vint de sa fréquentation de la Tamise, qu’il avait constamment sous les yeux, et de l’océan, qu’il ne cessa de peindre jusqu’à son dernier souffle.

Mon opinion sur ce film

Je suis un fan de la peinture de Turner que j’ai eu l’immense chance de pouvoir admirer plusieurs fois son œuvre multiforme lors de voyages à Londres, en particulier à la Tate Gallery qui lui est presqu’entièrement consacrée. Donc, aller voir un film sur sa vie, de plus réalisé par un metteur en scène de renom, que j’avais déjà eu l’occasion d’apprécier pour Be happy me paraissait incontournable. De plus, Télérama, généralement assez sévère dans ses jugements, a publié dans son dernier numéro, une critique très enthousiaste du film, le gratifiant de son appréciation maximum «Passionnément».

En ce qui me concerne, le film, dont j'attendais beaucoup, m'a non seulement déçu mais irrité.

Le film se déroule pendant les 25 dernières années de la vie de Turner. Il était alors un artiste installé  et reconnu de la haute société anglaise qui appréciait sa peinture et lui achetait ses tableaux, même si, en raison de son style iconoclaste, quasi-abstrait, très en avance sur son temps, certains milieux conservateurs ne lui ménageaient pas leurs critiques.

Pourquoi le film s’attache alors à nous dépeindre avec une complaisance appuyée un personnage aussi caricatural, misanthrope et misogyne, très en contradiction avec ce qu’il était en réalité, même si, comme toute personnalité atypique, il avait sans doute sa part d’ombre ? Des parts d’ombre, on en trouve, même parmi les plus grands. Sans doute, comme tout génie,  et qui plus est anglais, Turner était-il un excentrique. Sans doute une partie des faits peu sympathiques du personnage sont-ils réels. Mais de là à cantonner ce grand peintre épris de beauté et travaillant d’arrache-pied pour améliorer sa technique, fans ce personnage ridicule, grognant et éructant, fuyant la société alors qu'il avait ses entrées chez les nobles et dans les salons les plus en vue, cela paraît peu crédible.

Le problème avec ce film, c’est qu’on se demande si le réalisateur a voulu faire un film « sur » Turner ou sur sa peinture. Certes, me direz-vous, les deux sont intimement liés. Si l’on doit reconnaître une qualité à ce film, c’est son aspect documentaire : la reconstitution de l’Angleterre de cette époque et les costumes sont somptueux. Le parti pris de Mike Leigh de filmer les paysages comme des tableaux est-il à saluer. Quant à la lenteur du film,  à son manque de rythme, je comprends aussi son parti pris puisque son propos est bien de nous laisser la latitude d’admirer la beauté des paysages, la lumière, pour nous plonger dans la vie intérieure du peintre.  Mais 2.50 H, c’est trop, beaucoup trop et, dans le public, je peux vous assurer que je n’ai pas été le seul à regarder plusieurs fois ma montre. Certains, même, ont quitté la salle avant la fin tant les derniers instants sont pénibles.  

Le résultat de tout cela est un film bancal, mi-documentaire, mi-biopic mais le plus insupportable est l’interprétation de Timothy Spall qui s’apparente pour moi à une grossière pantomime indigne du grand Turner. Ceux qui ont vu Harry Potter ne pourront pas s’empêcher d’y retrouver les mêmes mimiques qu’adoptait Pettygrew, le malheureux suppôt de Voldemort. Lui décerner un prix d’interprétation aurait alors été davantage justifié que le lui décerner pour ce film.    

Bref, j’ai détesté ce film et je ne le recommande pas à ceux qui aiment la peinture de Turner.


lundi 3 novembre 2014

SAVING GRACE de Nigel COLE (GB-2000)


Saving Grace est un film britannique de Nigel Cole (2000).

Synopsis

Grace (Brenda Blethyn) vit dans un charmant petit village de Cornouailles, dans un joli cottage, où elle passe beaucoup de temps à s'occuper des orchidées qu'elle cultive amoureusement dans sa serre. Après le décès subit de son mari, elle qui ne s'était jamais préoccupée des finances du couple, se rend compte qu'elle est ruinée et risque de perdre sa maison et surtout sa serre et sa collection d'orchidées qui représentent tout son univers.

Pour se renflouer, sur les conseils de son jardinier, elle va troquer la culture des orchidées contre celle de la marijuana. Comme elle a la "main verte", elle se trouve bientôt à la tête d'une magnifique production.

Mais que faire, lorsqu'on a, jusque-là, été une bonne épouse, une honnête ménagère, respectueuse des lois de son pays, pour se transformer en vendeuse de drogue ?

Par la force des choses, Grace va s'instaurer "dealeuse" puis se trouver confrontée à la mafia des dealeurs professionnels lorsqu'elle passera du statut d'artisan à chef d'entreprise à part entière.
Tout le village se serrera alors les coudes pour "sauver Grace", sens du titre anglais.

Mon opinion sur ce film

J'ai vu ce film par hasard sur Arte en VF (si vous avez l'occasion de le voir en DVD, il prend beaucoup plus de saveur en version originale).

Je connaissais l'actrice Brenda Blethyn que j'avais découverte dans le très beau film  de Rachid Bouchareb London river.

Le propos de Saving Grace est beaucoup plus léger (London River traite des attentats qui ont eu lieu dans le métro et les bus de Londres) et on rit beaucoup en regardant ce film mais, avec la crise qui gagne l'Europe et touche principalement les petites gens, il pose la question des combines que des personnes qui ont toujours été d'une scrupuleuse honnêteté, sont amenés à réaliser pour survivre.

Dans Saving Grace, tout un village de la Cornouaille profonde (paysages magnifiques avec falaises d'un vert irréel  et mer écumeuse à souhait) se regroupe autour de Grace, une femme que tout le monde aime et respecte, nous donnant une belle leçon d'humanité et de solidarité avec, de surcroît, quelques personnages hauts en couleur et merveilleusement loufoques comme seule l'Angleterre sait en produire. On pense à  Be Happy ou Good morning England et quelques autres comédies cocasses portées par des valeurs de solidarité et de joie que nos voisins d'Outre-Manche classent sous le titre de  "Feel good movie".


Par son thème, Saving Grace en rappelle un autre, celui de l’excellente série américaine Weeds où une mère de famille devenue subitement veuve, se met aussi à vendre de la marijuana pour maintenir  son niveau de vie et élever ses deux fils adolescents. 

dimanche 28 septembre 2014

SHAKESPEARE IN LOVE de John Madden (USA-GB 1998)


Shakespeare in Love est une réalisation américano-britannique de John Madden (1998).
Le film s’inspire assez librement des débuts de la carrière de William Shakespeare (Joseph Fiennes, frère cadet du comédien Ralph Fiennes).

Synopsis

Le film commence pendant l'été 1593 à Londres. Shakespeare a alors 29 ans. Il n’a encore écrit aucune des 37 pièces qui feront de lui l’un des auteurs de théâtre les plus prolifiques et les plus célèbres du monde. Il a déjà publié ses « Sonnets » mais cela ne nourrit pas son homme. A l’époque (comme d’ailleurs à la nôtre !) seul le théâtre rapporte. Sur ce plan, il est en compétition avec Christopher Marlowe (interprété par Rupert Everett), qui a le même âge que lui. Au début du film, Shakespeare n’a écrit, de la pièce qu’il a vendue à son commanditaire, Mr Henslowe, lui-même au bord de la faillite, que le titre : « Roméo et Ethel, la fille du pirate ». Totalement en panne d’inspiration, il va découvrir sa muse en Lady Viola de Lesseps (Gwyneth Paltrow), une jeune femme de la noblesse, qui l’admire pour ses « Sonnets », et rêve de le rencontrer et de devenir actrice. Mais, à l'époque de Shakespeare, l’Angleterre est sous le règne d’Elizabeth 1ère, et on vit encore sous la dictature des puritains qui considèrent le théâtre comme un lieu de perdition. Celui-ci est formellement interdit aux femmes et leurs rôles sont joués par des hommes. Seule la reine (impressionnante Judi Dench), qui peine à asseoir son pouvoir, aime le théâtre et le soutient. Mais elle a suffisamment de problèmes avec les ennemis du trône pour ne pas les affronter directement. C’est cependant cet interdit, qui pouvait, à l’époque, vous conduire directement à l'échafaud, que tente de braver Lady Viola en décidant, par amour pour le théâtre et pour William, de se déguiser en homme et de jouer le rôle de Roméo. William découvre la supercherie et la véritable identité de son « jeune premier » et il en tombe follement amoureux. Malheureusement, la jeune femme est promise à un autre homme, Lord Wessex (Colin Firth). Cet amour impossible inspirera deux de ses plus grandes œuvres au jeune dramaturge : « Roméo et Juliette » puis « La Nuit des rois ».

Ma critique

Shakespeare in love eut à sa sortie un grand succès public, obtenant une note de 8/10 sur le site internet de Rotten Tomatoes, et il fut acclamé la critique internationale. Les critiques français de cinéma furent plus réservés en raison de la trop grande liberté que le réalisateur aurait prise avec la vie de Shakespeare (pour autant qu’on la connaisse, puisque certains historiens ont mis en doute l’existence même du célébrissime auteur anglais !) On reconnaît bien là, hélas, l'outrecuidance française qui nous est tant reprochée à l'étranger. Personnellement, je me suis régalé avec ce film qui nous présente un Shakespeare jeune et sans tabou, heureux de croquer la vie à pleines dents, plutôt qu'un Shakespeare compassé et vieillissant dans une reconstitution historique fidèle mais poussiéreuse. Dans le cas de Shakespeare, sur lequel on sait si peu, surtout dans ses années de jeunesse qui sont celles que le réalisateur a choisi de traiter, le pédantisme n'en est que plus indigeste!  L'intérêt du film réside aussi dans le fait que l'on nous montre le théâtre élisabéthain tel qu'il était à l'époque : à savoir plus près de la grosse farce et du cirque que de ce qu'évoque de nos jours le mot  "théâtre". Le théâtre de l'époque était fait pour le peuple et non pour les nobles ou les lettrés et  les pièces se jouaient dans des lieux qui évoquent plus pour nous  des arènes à ciel ouvert que des théâtres fermés. Le type de théâtre que nous connaissons ne vit réellement le jour que deux siècles plus tard. Si le film prend des libertés avec la "vérité historique" (encore faudrait-il qu'elle soit connue !) il n'en prend pas avec la reconstitution  des théâtres dans lesquels Shakespeare jouait à l'époque (le Globe, qui a été reconstruit en 1996 sur les plans du XVIe et à peu de distance du théâtre originel, le Rose ou le Swann Theatre) ou avec les mœurs élisabéthaines. Ainsi, on peut avoir grâce à ce film une idée de ce qu'était le véritable théâtre de Shakespeare. 

Le film a reçu de nombreuses récompenses internationales. Il a raflé en 1999, pas moins de 7 Oscars dont celui du meilleur film et c’est, à mon avis, entièrement mérité, n’en déplaise aux critiques qui l’ont reçu en faisant la fine bouche.   

samedi 3 mai 2014

THE QUEEN de Stephen FREARS (GB - 2006)


Film britannique de Stephen Frears, sorti en 2006.

Synopsis

"The Queen" relate les réactions de la reine d'Angleterre et de la famille royale,  alors qu'ils passent l'été à Balmoral en Ecosse, lorsqu'ils apprennent la nouvelle, pendant l'été 1997, l'accident mortel de la princesse Diana à Paris. La réaction de la famille royale qui, dans un premier temps, n'a pas voulu changer quoi que ce soit à ses habitudes en prenant prétexte du protocole, a été mal comprise par le peuple anglais et le monde entier. Devant la pression populaire et celle de Tony Blair, récemment élu 1er ministre "socialiste",  qui en fin politique comprend que si le Palais ne sort pas de sa réserve, la monarchie est en péril, convainc la reine de revenir à Londres et de faire des funérailles nationales à la princesse Diana.

Le film retrace tous ces évènements, vus du côté de la famille royale anglaise, depuis la nouvelle de l'accident, en pleine nuit alors que la reine et le prince dorment dans leur chambre à coucher de Balmoral, jusqu'à l'enterrement avec les honneurs nationaux, de Lady Diana.

Mon opinion sur ce film

Bien que le film ne soit pas totalement exempt d'imperfections, c'est sans doute à ce jour pour moi le plus grand film de Stephen Frears. Il est tellement étonnant de justesse qu'on se demande par moments si le réalisateur n'a pas tourné en  "caméra cachée", planqué derrière quelque guéridon du château de Balmoral, ou dans un coin du bureau royal de Buckingham Palace ou encore dans la cuisine du n°10, Downing Street.
Il faut dire que le film repose sur les épaules d'une extraordinaire actrice anglaise, Helen Mirren, qui incarne une reine Elisabeth plus vraie que nature (ce rôle lui a d’ailleurs valu l'Oscar 2006 de la meilleure actrice) : tout y est, son ton, ses lèvres pincées, son autoritarisme, son humour aussi, et même ses attitudes (Ah, la façon qu'elle a de tenir son sac à main!!!) Les autres acteurs - à part Michael Sheen, qui est assez crédible dans le rôle de Tony Blair, même s'il ne lui ressemble pas vraiment - assument passablement leur rôle (la plus grave erreur de casting étant le prince Charles).

Le film n'en est pas moins d’une réjouissante méchanceté pour la description minutieuse que nous fait Stephen Frears du petit monde clos de la royauté britannique, si complètement coupé de la réalité des "vrais gens" que l'on en reste à  la fois stupéfait et choqué. La terrifiante froideur que montre la reine Elisabeth pour sa belle-fille, la véritable haine que lui voue tout le reste de la famille royale (les pires étant le prince Philip ou la si "charmante" reine-mère) et toute la "clique" (on a du mal à appeler cela une "cour" tant leur déliquescence nous paraît odieuse) de petites mains qui papillonnent en se donnant de grands airs autour de la personne de la reine.

Le film analyse avec finesse la crise politique qui faillit entraîner rien de moins que la chute de la royauté britannique et combien elle doit être reconnaissante à l'intelligence d'un seul homme, Tony Blair qui, ayant pris la mesure de la réaction des Anglais, a su convaincre la reine et ses affidés que, si elle ne montrait pas plus de compassion pour Lady Di, adorée du peuple et du monde entier, son cher peuple demanderait sa tête.

On est là dans un jeu complexe où le pouvoir, les sentiments et la morale sont au service de la politique.

L'un des rares moments où la reine nous est sympathique, c'est  celui où, à Balmoral, après avoir cassé l'arbre de direction de sa Land-Rover en voulant traverser un gué (bien fait, se dit on !), elle se retrouve seule face à un magnifique cerf. La scène est esthétiquement superbe et on est ému par ce fugace instant d'humanité  que montre la souveraine (face à un animal !) alors qu'elle est incapable d'avoir la moindre compassion pour sa belle-fille. 

En voyant ce film, on est partagé entre deux sentiments, le mépris pour l'incroyable côté "petit bourgeois" de ces personnes qui croient diriger le monde alors qu'elle ne sont que vacuité et inutilité et la pitié que l'on ressent devant l'impossibilité dans laquelle elles se trouvent de remettre en question leur mode de vie, leurs habitudes sclérosées et en décalage complet avec la société qu'ils prétendent diriger. On se prend à penser que la situation n'était pas si différente en 1793 pour Louis XVI et Marie-Antoinette et on se dit que la monarchie anglaise est passée ce jour-là à deux doigts de sa perte. On est aussi surpris de se dire qu'un tel film n'ait pas suscité, de la part du pouvoir, une réaction plus violente car la charge est telle qu'on se demande comment le système monarchique anglais a pu y survivre.
L'émotion est aussi évidemment déclenchée tout au long du film par les images d'archives : l'accident, l'incroyable déploiement de sympathie du peuple anglais vis à vis de la "princesse du peuple", et de scènes reconstituées ou tout simplement inventées (quoique...).

Un film absolument remarquable que l'on doit voir (ou même revoir), pour ceux qui le peuvent, en version originale car, même si le doublage est excellent, la langue anglaise donne aux dialogues une irremplaçable touche "So British"!