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mardi 20 février 2024

LA ZONE D'INTERÊT Film de Jonathan GLAZER (US-GB-PL 2024)

 


La Zone d'intérêt (The Zone of Interest) est un drame américano-britannico-polonais réalisé par Jonathan Glazer. Il s'agit de l'adaptation du roman portant le même titre de Martin Amis. Le film a été présenté au Festival de Cannes 2023 mais est sorti sur les écrans en 2024.

Présentation

Le film commence par un long noir sur fond d’un bruit sourd continu qui pourrait être celui d’une locomotive mais qui est en fait celui des fours crématoires. Lui succède une scène idyllique où l’on assiste, sans transition, au déjeuner sur l’herbe au bord d’une rivière d’une famille "normale" composée d’un couple et de ses 5 enfants et d’un chien. Après s’être baignée, la famille retourne dans leur grande maison entourée d’un vaste jardin fleuri, de serres, d’un potager, d’une piscine et desservie par une floppée de serviteurs. 

On comprend alors que ce "petit paradis" est la villa où vivent Hedwig (Sandra Hüller, vue dans Anatomie d'une chute) et Rudolf Höss (Christian Friedel) et leur famille. Hedwig règne sur ses roses et sur ses domestiques, avec plus d'empathue pour les premières que pour les secondes.

Pour ceux qui ne sauraient pas qui est Rudolf Höss, il fut un nazi convaincu et le commandant du camp d'Auschwitz-Birkenau et l'un des principaux concepteurs de la solution finale. 

La maison est limitrophe du camp d’extermination dont elle n'est séparée que par un mur au-dessus duquel on voir dépasser les bâtiments et l'un des miradors du camp et, dans le lointain, les fumées des fours crématoires. 

Mais, à part ce que j'en ai dit, on ne voit rien du camp ni de ce qui s’y passe sauf pour, en bruit de fond,  les détonations de pistolets qui abattent les prisonniers, les aboiements des chiens et les cris des SS et de leurs victimes… sans que cela ne semble affecter en quoi que ce soit les habitants de la maison ni troubler les jeux des enfants. 

Par quelques touches, l’horreur nous est quand même subtilement distillée : les vêtements de juifs qui sont distribués aux domestiques polonaises alors qu’Hedwig conserve pour elle le somptueux manteau de fourrure d’une déportée dans la doublure duquel elle trouve un diamant, le contraste de l’amour qu’elle porte à ses enfants et à ses fleurs et de ce qui se passe ai-delà du mur (presque symbolique qui entoure le jardin), le même amour que porte Höss à sa jument pendant qu’il programme la construction de nouveaux fours crématoires, la mère d'Hedwige qui, après avoir trouvé l'endroit "paradisiaque" s'en va sans dire rien à sa fille, etc. 

Il y a aussi ces scènes en noir et blanc où on ne comprend pas ce que fait cette fillette maculée, pataugeant dans la boue, qui plante des pommes dans une butte de terre puis ramasse du charbon, la lecture du « gentil » Rudi qui, pour endormir ses gentilles têtes blondes leur lit un des extraits les plus effrayants du conte d’Hänsel et Gretel des frères Grimm... 

Vers la fin, on voit Rudolf Höss, après une fête avec les élites du nazisme, descendre un escalier sans fin dans l'obscurité, et s'arrêter à chaque palier pour vomir. On sait qu'il sera pendu après le procès de Nuremberg. 

Et pour conclure, le réalisateur nous offre une visite du musée d’Auschwitz où des femmes de ménage nettoient des salles où sont exposés les milliers de valises et de paires de chaussures des déportés morts dans le camp. 

Le générique de fin se déroule sur une bande son particulièrement dissonante qui m’a forcé à quitter la salle avant que la lumière ne se rallume.

Mon opinion

Lorsque j’ai connu le synopsis de ce film, j’ai de suite pensé à un autre film, qui m’a beaucoup marqué Le garçon au pyjama rayé qui traite du même sujet : le directeur SS du camp de concentration qui habite à côté du camp avec sa famille « normale » mais dont la  fin, terrible, est bouleversante. Je ne serais pas allé voir La Zone d’intérêt si une amie, qui l’avait vu, ne m’avait assuré qu’il n’y avait aucune scène insupportable, ce qui est vrai. Après les premières images idylliques qui se passent en été, sur fond de ciel bleu et de chants d’oiseaux, on n’est pas projetés dans l’horreur. Pourtant, celle-ci est bien là, en fond sonore et elle se révèle au fur et à mesure par de petits détails (le manteau de fourrure, le rouge à lèvres, les cendres dans la rivière…) Tout est suggéré, rien n’est montré. C’est très fort, ravageur même, et le spectateur sera longtemps hanté par cette bande son lancinante, à la limite du tolérable (sur le générique de fin) composée par Mica Levi. Un film que l'on n'oubliera pas de sitôt.     

dimanche 10 décembre 2023

DARK WATERS Thriller de todd HAYNES (USA-2019)

 

Dark Waters est un film dramatique américain réalisé par Todd Haynes, sorti en 2019. Il traite du combat de l'avocat Robert Bilott contre la multinationale chimique DuPont (de Nemours).

Résumé

En 1999, Robert Bilott (Mark Ruffalo) est avocat à Cincinnati au sein du grand cabinet Taft Stettinius & Hollister (Cincinnati), spécialisé dans la défense des entreprises de l'industrie chimique.

Tout change pour Bilott lorsqu’il est abordé par un éleveur de Parkersburg en Virginie-Occidentale Wilbur Tennant (Bill Camp). Son cheptel, qui se trouve à proximité du site de Dry Run appartenant à DuPont, a été décimé.

D’abord réticent, Bilott, qui a toujours été du côté des entreprises, en découvrant que toute la population de Parkersburg est touchée par la pollution de la nappe phréatique par les produits chimiques, en particulier par le PFOA (acide perfluoro-octanoïque[1]) qui entre dans la composition du fameux Téflon, produit-phare de l’industriel.

Contre l’avis de sa famille, en particulier de Sarah, sa femme (Anne Hathaway), qui craint pour sa vie et pour celle de sa famille, Bilott va se lancer dans un combat acharné contre DuPont, mais aussi, depuis 2019, contre 3M et Chemours, une filiale de DuPont, accusés d'avoir sciemment dissimulé pendant plus de 20 ans les risques associés à ces substances.   

Le combat de Bilott a abouti à une indemnisation record (70 millions de dollars) des victimes et à une adoption, par l’Etat fédéral, à des normes de pollution qui n’existaient pas auparavant.

Mon opinion

J’ai vu ce film qui est passé, il y a quelques jours, sur Arte. Je savais, depuis longtemps, que le Teflon était dangereux et nous nous étions séparés de nos ustensiles qui en étaient recouverts mais je ne connaissais pas le combat exemplaire de cet avocat américain. J’ai d’ailleurs appris que l’acteur Mark Ruffalo s’était engagé personnellement dans la production de ce film car la cause lui tenait à cœur. Le film est traité comme un thriller et, malgré quelques longueurs, on le trouve haletant de bout en bout. Je vous le recommande.

Dans le même esprit :  

- L’affaire Pélican d’Allan J. Pakula (1993)

- La firme de Sydney Pollack (1993)

- Erin Brockovich de Steven Soderbegh (2000)

- Le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin (2008)

- Avatar de James Cameron (2009)

- Upside down de Juan D. Solanas (2012)

- Gasland I et II de Josh Fox (2010- 2013) 

- Promised land de Gus Van Sant (2012)

- Goliath de Frédéric Tellier (2021)


[1] Dont on sait maintenant qu’il fait partie de ce que l’on appelle les PFAS, ce que l’on appelle aussi « polluants éternels » car ils ne se dégradent pas dans l’environnement.  

lundi 2 mai 2022

EN CORPS film de Cédric KLAPISH (FR-BE 2022)

 


Reprogrammé dans le cadre du Festival Télérama 2023

En corps est un film franco-belge co-écrit et réalisé par Cédric Klapisch, sorti en 2022.

Résumé

Élise (Marion Barbeau), danseuse classique, se blesse pendant un spectacle après avoir vu son petit copain la tromper avec une autre. La blessure est grave et l’oblige à reconsidérer sa carrière de danseuse classique. En accompagnant des amis chargés de faire la cuisine dans une maison d’hôtes bretonne tenue par Josiane (Muriel Robin) qui y reçoit des troupes en résidence, elle fait la rencontre de Mehdi (Mehdi Baki), danseur dans la compagnie de danse contemporaine dirigée par Hofesh Shechter et décide d’intégrer la troupe.

Mon opinion

Jusque-là, je n’avais pas beaucoup apprécié les films de Cédric Klapish, à part, comme tout le monde, L’auberge espagnole et, plus récemment Deux moi avec François Civil, que je retrouve toujours avec plaisir. J’ai beaucoup aimé ce film, non seulement parce qu’il nous fait entrer dans le monde de la danse, mais pour son propos plein d’espoir : rien n’est jamais perdu, on peut toujours rebondir. Les rôles secondaires, ce qui est toujours le signe d’un bon film, ne sont pas négligés : Muriel Robin, qui a oublié son cabotinage qui peut exaspérer, Pio Marmaï en cuisinier déjanté, François Civil, en amoureux lunaire, ajoutés à la belle énergie des danseurs, et de superbes scènes (j’ai beaucoup aimé celle, magnifiquement poétique, de la falaise en Bretagne). Paris est aussi admirablement filmé, ce qui n’étonnera pas de la part de Klapish dont on sait qu'il est amoureux de la capitale.

    

jeudi 13 février 2020

L'OEUVRE DE DIEU, LA PART DU DIABLE film dramatique de Lasse HALLSTROM (USA-1999)



L'Œuvre de Dieu, la Part du Diable (Titre original : The Cider House Rules) est un film américain réalisé par Lasse Hallström, sorti en 1999. Le film est une adaptation du célèbre roman du même nom de John Irving publié en 1985.

Résumé

Le roman se déroulait dans les années 20, pendant la 1ère Guerre mondiale. Le film de Lasse Hallström se déroule en 1943 pendant la 2nde Guerre mondiale mais toujours dans l’orphelinat de Saint-Cloud et la cidrerie Worthington à Ocean View, tous deux situés dans le Maine aux Etats-Unis.
Le héros du film est Homer Wells (Tobey Maguire), orphelin et élève du docteur Wilbur Larch (Michael Caine), un obstétricien excentrique et attachant, qui recueille des enfants non désirés mais pratique aussi des avortements lorsque les jeunes femmes qui viennent le consulter ne veulent pas garder leur enfant.

Un jour, un couple d’amoureux formé de Candy Kendall (Charlize Theron) et de Wally Worthington (Paul Rudd) vient à l’orphelinat pour un avortement. Candy est enceinte mais ne veut pas garder l’enfant car Wally, capitaine d’aviation, doit repartir au combat.

En partant, ils proposent à Homer, qui n’a rien vu d’autre du monde que les murs de l’orphelinat, de l’emmener avec eux. En effet, la mère de Wally est propriétaire d’une plantation de pommiers à cidre et a besoin de bras. Quant au père de Candy, il pèche des homards.

Homer, à qui le travail manuel ne fait pas peur, s’intègre à l’équipe d’ouvriers agricoles itinérants, formée de noirs, qui travaille sur l’exploitation Worthington.

Découvrant que Rose, la fille du chef de l’équipe, est enceinte de son propre père, il va l’aider à avorter et, lorsqu’il apprendra la mort du Dr. Larch, il reviendra prendre sa place à l’orphelinat et continuera son œuvre.    

Mon opinion  

Je connaissais le roman de John Irving mais je ne savais pas qu’un film en avait été tiré. J’ai retrouvé la « patte » de ce réalisateur dont j’ai apprécié quelques autres films (Gilbert Grape, Cher John, Les recettes du bonheur). A partir de situations difficiles, il sait mettre en valeur les notions de cœur et d’humanité de ses personnages, aidé par une photographie élégante et un casting bien choisi. Un an après Pleasantville, Tobey Maguire a encore des traits d’adolescent qui se cherche et Charlize Theron est craquante de fragilité. Un beau film qui n’hésite pas à aborder des sujets difficiles comme ceux de l’avortement et de l’inceste, sans jamais porter de jugement moral sur les situations dramatiques qui en découlent.

Si vous avez aimé ce film, je vous conseille aussi :

vendredi 17 janvier 2020

LES FILLES DU DR MARCH film de Greta GERWIG (USA-2020)



Les Filles du docteur March est un film dramatique américain écrit et réalisé par Greta Gerwig, sorti en 2020. Il s'agit de la plus récente adaptation du roman Les Quatre Filles du docteur March (Titre original : Little Women) et de sa suite, Le Dr March marie ses filles, de Louisa May Alcott, paru en 1868.

Résumé

L’action commence en Nouvelle-Angleterre en 1861. On est alors en pleine guerre de Sécession. Le Dr. March est parti pour servir d’aumônier sur le front et sa femme est restée seule à Concord (Massachussets) pour s’occuper de ses quatre fille, Joséphine « Jo » (Saoirse Ronan), Margaret « Meg » (Emma Watson), Amy (Florence Pugh) et Elizabeth « Beth » (Eliza Scanlen).
Lors d’une soirée, les deux aînées, Jo et Meg, rencontrent Laurie (Timothée Chalamet), le petit-fils de M. Laurence, leur riche voisin.

Le matin de Noël, Mme March (Laura Dern) persuade ses enfants d'aller offrir leur petit-déjeuner à leur voisine très pauvre Mme Hummel, qui vit dans une masure de planches glaciale avec ses jeunes enfants.

Quand elles rentrent chez elles, elles sont surprises de voir que, pendant leur absence, leur table s’est couverte de victuailles. Elles ont été offertes par M. Laurence dont le petit-fils a vu ce qu’avait fait la famille March pour leur pauvre voisine.

Le même jour, les March reçoivent une lettre de leur père.

On suit ensuite la vie des filles March dont chacune caresse l’idée d’être une écrivaine, pour Jo, un peintre pour Amy et une pianiste pour Beth.

A part Beth, dont la faible constitution ne lui permettra pas de parvenir à l’âge adulte, les filles March finiront toutes par se marier, Meg, au désespoir de tante March (Meryl Streep), qui aurait voulu lui voir épouser un « beau parti », épousant un précepteur, Jonathan « John » Brooke (James Norton), Amy, Laurie, le petit fils de M. Laurence, amoureux éconduit de Jo. Jo, devenue écrivaine célèbre, après avoir longtemps hésité, finira par épouser le Pr. Friedrich Bhaer (Louis Garrel).

Après la mort de Tante March, qui lègue à Jo son immense maison, toutes les sœurs se retrouveront pour fonder une école mixte.

Mon opinion

Sur le plan de l’esthétique, le film est superbe et on ne peut que se laisser porter par la photo de Yorick Le Saux, un français (certaines images évoquent les plus belles scènes de Barry Lyndon), par sa gaieté, par sa magnifique distribution, par ses beaux paysages, par ses somptueux costumes (de Jacqueline Durran) et décors.

Je n’en dirai pas autant sur le plan du scénario, confus même pour ceux qui connaissent le grand classique de Louisa May Alcott, défaut amplifié par un montage désordonné avec pléthore de « flashbacks » dont on ne sait s’ils appartiennent au rêve ou aux souvenirs et s’immiscent sans prévenir dans la réalité. Cela rend difficile, pour le spectateur, la compréhension de l’action.

Sinon, ne boudons pas notre plaisir : ce film, porté par un florilège de morceaux classiques choisis et arrangés par Alexandre Desplat, est un enchantement.

dimanche 8 avril 2018

MORE film de Barbet SCROEDER (FR-1969)

More est un film franco-germano-luxembourgeois de Barbet Schroeder (1969). Le film est ressorti en Blu-ray en janvier 2016 en VOST. Durée : 112 min. 

Résumé

Stefan (Klaus Grünberg), un jeune étudiant allemand qui vient de finir ses études de mathématiques  décide de partir vers le soleil. Il part en auto-stop pour Paris où il rencontre Charlie, qui le déleste de toutes ses économies au poker puis le prend sous son aile. Il l'entraîne dans ses petites combines et le fait inviter dans des soirées branchées. Au cours de l'une de celles-ci, Stefan a le coup de foudre pour Estelle (Mimsy Farmer), une jeune Américaine sur le départ pour Ibiza. Il ne se doute pas qu'en la rejoignant à Ibiza, il va tomber dans l'enfer de la drogue. Au départ, il se contente de fumer un joint mais il se rend très vite compte qu'Estelle, sous ses dehors de charmante fille à qui l'on donnerait le Bon Dieu sans confession, se drogue à l'héroïne. Bien que réticent, il finit par se laisser convaincre de faire un essai. Et ce sera la spirale descendente qui l'entraînera à la mort;

Tourné à Ibiza, en pleine période hippie, sur la bande originale réalisée par les Pink Floyd, le film et la musique devinrent culte pour toute une génération. 

Autour du film

Ce film a été un « one shot » pour l’acteur masculin, Klaus Grünberg, qui, à part More, n’a plus tourné que dans des séries TV de 2ème classe. Cela n’a pas été le cas pour l'actrice féminine, Mimsy Farmer, déjà connue avant ce tournage, et dont la filmographie, sans être exceptionnelle, compte plus de 25 films. L'actrice a cependant mis un terme définitif à sa carrière cinématographique en 1989. Depuis 1992, elle vit en France et réalise des sculptures pour les décors de théâtre (Théâtre de l'Opéra de Bordeaux, Théâtre antique d'Orange, Théâtre des Variétés) et pour le cinéma (Troy, Marie-Antoinette, Charlie et la Chocolaterie, À la croisée des mondes : La Boussole d'or).

Mon opinion sur ce film

J’avais vu le film lors de sa sortie en 1969 et j’en avais gardé le souvenir de beaux paysages baignés par la mer et le soleil, de maisons immaculées et d’une histoire d’amour libre entre des jeunes gens, l’ensemble sublimé par la musique des Pink Floyd qui m’a accompagné de si longues années. Je me rappelais aussi bien sûr que le film traitait de drogue mais je ne me souvenais pas d'une fin aussi tragique. 

Je dois dire aussi que j'ai longtemps différé le moment de le revoir car je craignais d'être déçu. C’est en grande partie le cas car, malgré ses qualités, le film est très daté. J’ai trouvé aussi que la musique des Pink Floyd, qui avait alors été pour moi une révélation, passe – du moins dans la version remastérisée – au second plan. 

Le film en lui-même est l’histoire d’une terrible descente dans l’enfer de la drogue puisque le jeune héros, Stefan, au départ totalement « clean » et opposé à la consommation de drogues dures, en deviendra la victime pour l’amour et la fascination qu’il porte à Estelle. Malgré l’intervention de son ami Charlie, venu in extremis à Ibiza pour tenter de le sauver, il finira brutalement son misérable trip entre quatre planches (au sens propre).  

Je ne me souvenais pas non plus que le trafic de drogue sur l’île était organisé par un ancien nazi. Barbet Schroeder s’explique sur tout cela dans le bonus qui suit le film (du moins dans la version Blu-ray). 

Maintenant que je revois ce film avec le recul, je me rends compte combien il a pu être toxique pour une génération d'adolescents par la fascination qu'il a pu exercer sur eux, dans le climat de remise en question profonde de la société qui a accompagné les évènements de mai 68. A ne pas mettre entre toutes les mains.

mardi 17 février 2015

REVIENS-MOI (ATONEMENT) (FR-GB 2008)


Reviens-moi (Atonement) film franco-britannique dramatique de Joe Wright, réalisateur d'Orgueil et préjugés. Le film est sorti en 2008. 

Synopsis

Le film a été adapté du roman de Ian McEwan, Expiation (2001) par Christopher Hampton. Il commence pendant l'été 1935 dans la grande propriété de la famille Tallis, située dans la campagne anglaise. Les enfants, Briony, 13 ans  (Saoirse Ronan), et ses cousins, Lola Quincey, 15 ans et ses deux frères jumeaux, Pierrot et Jackson, s'ennuient et sont livrés à eux-mêmes. La sœur ainée de Briony, Cecilia (Keira Knightley) est amoureuse de Robbie Turner (James McAvoy), un jeune homme employé par sa famille qui, malgré sa condition, a décidé de faire des études de médecine grâce à l'aide financière du chef de la famille Tallis. Il vit avec sa mère, Grace (Brenda Blethyn), la gouvernante des Tallis, dans un modeste pavillon situé sur la propriété.

Lorsque le film commence, on voit Briony en train de mettre la dernière main à une pièce de théâtre qu'elle a écrite et qu'elle veut faire jouer par ses cousins. De la fenêtre de sa chambre, elle surprend sa sœur aînée Cecilia en compagnie de Robbie dans une scène qu'elle interprète comme une scène d’amour alors qu’au contraire les deux jeunes gens se disputaient pour une raison futile. Secrètement amoureuse de Robbie, Briony est jalouse. Un peu plus tard, ne se doutant de rien, Robbie la prend pour messagère pour aller porter une lettre d'excuse à Cecilia. Bien entendu, Briony la lit et la remplace par une autre, beaucoup plus compromettante, que Robbie avait tapée à la machine mais n’avait pas osé la remettre à Cecilia. Lorsque Cecilia reçoit la lettre, elle a de quoi être furieuse contre Robbie mais son attirance pour lui est la plus forte et, alors qu'ils cèdent à leur passion dans la bibliothèque, Briony les surprend et n’a plus le moindre doute sur leur relation.

Pendant le repas qui suit, Briony ne dit rien mais un incident va lui permettre d'assouvir sa vengeance: ses jeunes cousins se sont enfuis. Dans la nuit et dans l'immense parc, parcouru de rivières, de cascades, de lacs, la recherche s'organise. Bien entendu, Robbie, mais aussi le frère aîné de Cecilia, Leon (Patrick Kennedy), revenu de Londres avec son ami millionnaire et débauché, Paul Marshall (Benedict Cumberbatch) prennent part aux recherches. Dans la nuit, Briony trouve sa cousine Lola (Juno Temple), prostrée dans un fourré. L'adolescente a été violée. Briony, tout à sa jalousie, se convainc et convainc sa cousine que le coupable ne peut être que Robbie. Or Robbie n'y est pour rien. Il est néanmoins accusé et emprisonné. On apprendra plus tard que le véritable coupable était l'ami de Leon, le richissime Paul.

Cinq ans ont passé. La guerre a éclaté. Les deux sœurs, Cecilia et Briony, qui ne se parlent plus, ont abandonné leur vie dorée de bourgeoises aisées pour devenir, indépendamment l'une de l'autre, infirmières.  On retrouve Robbie, accompagné de deux compagnons, dans la débâcle de Dunkerque. Il est épuisé, blessé, et mourra de septicémie dans une cave de Dunkerque en attendant son rapatriement en Angleterre. Quant à Cecilia, elle mourra sous les bombes allemandes alors qu'elle est réfugiée dans une station du métro de Londres.

A la fin, on découvre Briony âgée et malade (Vanessa Redgrave) venue présenter, à la télévision, son dernier roman, Atonement (qui signifie « rédemption ») où elle rend hommage à sa sœur et à Robbie dont elle a, par sa jalousie et ses mensonges, brisé la vie.

Mon opinion sur ce film

A part ses quelques longueurs et ses flashes-back qui rendent par moments difficile la compréhension du déroulement des évènements, ce film est splendide. J'avais voulu le voir non pour le réalisateur, car je n'avais pas du tout aimé Orgueil et préjugés, qui était son premier film, et encore moins pour le scénariste, Christopher Hampton, qui avait été celui des Liaisons dangereuses, où je m'étais copieusement ennuyé, mais pour les deux acteurs que j'adore, Keira Knightley (découverte dans The Duchess) et James McAvoy (découvert, lui, dans le rôle du sympathique faune M. Tumnus dans le 1er volet de la saga des Chroniques de Narnia). Je n'ai été déçu ni par l'un ni par l'autre. J'ai aussi retrouvé avec plaisir dans ce film, bien qu'elle ait ici un rôle très secondaire, l'actrice anglaise Brenda Blethyn, découverte dans London river. Quant à Vanessa Redgrave, qui interprète le rôle de Briony âgée et condamnée par la maladie, je dois reconnaître que c'est une très grande et belle actrice qui a su rendre extraordinairement émouvante sa courte mais néanmoins indispensable prestation à la fin du film.

Récompenses

Le film a ouvert le Festival de Venise 2007, ce qui fit de Wright le plus jeune réalisateur à inaugurer, à l'âge de 35 ans, ce festival. Le film a en outre été couronné de l'Oscar 2008 de la meilleure musique de film, oscar mérité, attribué à Dario Marinelli, le Golden Globe Award 2008 pour le meilleur film dramatique (Golden Globe aussi obtenu par des films comme Le pianiste-2003, Aviator-2005, ou The Queen-2007). Le film a en outre été classé 442e meilleur film de tous les temps par le magazine Empire. 

Mon classement

 Film à voir. Attention : Interdit aux moins de 12 ans (scènes de sexe) et scènes de guerre très dures à supporter.

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jeudi 22 janvier 2015

EXTRÊMEMENT FORT ET INCROYABLEMENT PRES de Stephen Daldry (USA-2011)


Extrêmement fort et incroyablement près (Extremely Loud and Incredibly Close) est un film dramatique américain de Stephen Daldry sorti le 25 décembre 2011 aux États-Unis.

Résumé    

Le film se déroule à New York après les attentats du 11 septembre 2001. Oskar Schell, un petit garçon d'une 10e d'années (Thomas Horn), vit une relation fusionnelle  avec son père Thomas, bijoutier (Tom Hanks) qui l'encourage dans des recherches imaginaires d'un 6ème district qui serait caché sous l’île de Manhattan. Ensemble, ils se livrent à une sorte de course au trésor pour découvrir des indices de ce soi-disant 6ème district. La mère (Sandra Bullock), aime tendrement son fils et son mari et ne voit rien à objecter à la complicité du père et du fils, même si elle-même en est exclue.
Les attentats, comme pour des centaines de familles, vont  bouleverser la vie de cette famille unie. Alors qu'Oskar rentre de l'école, il entend plusieurs messages qu'a laissés son père sur le répondeur du domicile familial pendant qu'il était piégé dans l’une des Twin Towers percutées par les avions. Sa grand-mère, venue dans leur appartement dès qu'elle a appris les évènements, le trouve recroquevillé sous le lit. Peu après, la mère effondrée, arrive à son tour... Tous sont anéantis.

Oskar, qui est un enfant hyperdoué à la limite de l'autisme (chez qui on a plus ou moins décelé le syndrome d'Asperger), ne se résout pas à admettre que son père soit mort en le laissant seul pour résoudre une énigme qui était leur secret. Son intelligence hyper-développée amène le garçonnet à se réfugier dans le rationalisme pour tenter d'expliquer l'inexplicable. Sa mère étant tombée dans la dépression, c'est sa grand-mère, qui habite l'immeuble d'à-côté, qui prend en quelque sorte la relève du père pour l'aider dans sa mystérieuse recherche du mythique 6ème district à l'existence duquel Oskar croit dur comme fer.

Plusieurs mois après la mort de son père, l'enfant ose enfin entrer dans le dressing de celui-ci. En fouillant dans ses affaires, il fait tomber un vase qui se brise, libérant une enveloppe contenant une clé. Sur l'enveloppe, un seul mot est inscrit : "black". Oskar pense alors qu'il s'agit d'un des indices dont lui avait parlé son père. En outre, celui-ci, juste avant de mourir, lui avait aussi laissé une coupure de presse sur laquelle étaient entourés les mots "not stop looking" ("N'arrête pas de chercher"). En cachette de tous et avec une détermination qui confine à l’obsession, il se met en quête de tous les Black vivant à New York.

Sa grand-mère héberge un mystérieux locataire (Max Von Sydow) qu'elle lui a interdit de déranger. Un jour, alors qu'il se rend chez elle pour ses cours de piano, Oskar tombe nez à nez avec l’étrange "locataire". Celui-ci, bien qu'il entende et comprenne ce qu'on lui dit, ne parle pas mais il échange des mots écrits avec Oskar. Sous ses dehors d’ours mal léché, le vieil homme prête une attention qu’aucun adulte n’a encore prêté à l'histoire qu'Oskar lui débite d'un trait et il finit par accepter de l'aider dans sa quête. Ensemble, ils traversent tout New-York pour tenter de rencontrer, les uns après les autres, tous les Black de la liste qu’a établie Oskar et tenter de comprendre ce que peut bien ouvrir la clé trouvée dans les affaires de son père décédé.

A la fin, le mystère de la clé est révélé. Malheureusement pour Oskar, il ne lui apporte pas la réponse qu'il espérait puisque sa quête était imaginaire et vouée dès le début à l'échec mais, après une réaction d'une telle violence qu'on craint qu'il ne se détruise, il se réconcilie avec lui-même et avec sa mère et, en faisant enfin le deuil de la mort de son père, il redevient un petit garçon de 10 ans, épris d'amour et de tendresse.

Mon jugement sur ce film

Malgré un titre peu engageant et carrément impossible à retenir, malgré des critiques dévastatrices (une en particulier "extrêmement partiale et incroyablement injuste" de Thomas Sotinel parue dans Le Monde.fr cinéma), je suis allé voir ce film, non pour son scénario (on se dit tous : bof, encore un film sur l'après 11 septembre !), ni pour ses acteurs connus, Tom Hanks (qui est un acteur remarquable  mais qui a aussi tourné d'improbables navets) et Sandra Bullock (que je n’apprécie guère), mais pour son réalisateur, Stephen Daldry, qui est celui de l'inoubliable  (du moins pour moi !) Billy Elliot (2000) et du très beau et émouvant The reader (2008) avec, entre les deux, The hours (2002), film  que je n'ai pas aimé malgré une distribution prestigieuse (Nicole Kidman, Julianne Moore et Meryl Streep). Quatre films en 11 ans, c'est peu pour un réalisateur hollywoodien et assez étonnant par les temps de stakhanovisme que nous vivons (en particulier dans le cinéma), pour être souligné, d'autant plus que, parmi ces quatre films, trois sont des chefs-d’œuvre car je compte le film que je viens de voir au titre des chefs-d'oeuvre, n'en déplaise au critique du Monde, déjà cité (Le Monde.fr cinéma). Ce film qui, par beaucoup de points, m'a rappelé Hugo Cabret (mort accidentelle du père, enfant surdoué laissé à lui-même, quête d'un message ou d'une révélation, rôle d'un étrange vieil homme...), est en tout point magnifique. Thomas Horn, jeune acteur prodige qui joue le rôle principal (et quel rôle !!!) est, en lui seul, un véritable phénomène. Dans la réalité, c'est aussi un enfant surdoué très proche du personnage qu'il interprète dans le film (à 14 ans, il parle, outre l'anglais, le serbo-croate, l'espagnol et prend des cours de mandarin !!!) Dans ses interviewes, il dit qu’il n'avait jamais imaginé faire du cinéma ni étudié la comédie avant d'être sélectionné pour le rôle d'Oskar. Son seul "fait d'arme" était d'avoir brillamment gagné un jeu de connaissances générales comparable à "Qui veut gagner des millions" ou "Questions pour un champion", appelé "Jeopardy !" Le jeu, très célèbre aux Etats-Unis, a eu une adaptation française de courte durée. Bien que physiquement très différent du Jamie Bell de Billy Elliot, Thomas Horn me l'a beaucoup rappelé,  en particulier lorsque, vers la fin du film, il parvient à surmonter la phobie du personnage qu'il incarne pour aller faire un tour de balançoire, comme n’importe quel gamin de son âge. C’est une scène splendide et d’une intense émotion.

Un coup de chapeau particulier à l'extraordinaire Max Von Sydow, en vieillard mutique et blessé par la vie, chez qui l'on doit admirer l'immense talent qui lui permet  de faire passer autant de sentiments sur son visage ravagé sans recourir aux mots.

Autres coups de chapeau :

- au directeur de la photo, Chris Menges, et à l'auteur de la BO, Alexandre Desplat, un compositeur français qui a à son actif les BO de films à gros budget tels The Queen, La boussole d'or, Benjamin Button, Twilight ou HarryPotter. Dans certains de ces films (La boussole d'or, en particulier), nous avions souvent déploré une musique trop présente voire envahissante. Ce n'est heureusement pas le cas dans le film de Daldry, comme on aurait pu le craindre. Au contraire, la musique sait ici se faire modeste et souligner avec justesse les différentes atmosphères du film.

Le seul reproche que je ferais à ce film, c'est son titre. Pourquoi avoir choisi un titre aussi alambiqué et peu parlant ? Je n'aurais pas été un fan de Billy Elliot et de Thereader, un tel titre m'aurait certainement découragé comme il a dû décourager des milliers de spectateurs de par le monde.


 Alors, je vous invite « fort » à passer outre le titre et à aller voir ce film splendide, ne serait-ce que pour les prestations époustouflantes de Thomas Horn et de Max Von Sydow.  

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