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mardi 1 novembre 2022

LE PATIENT Téléfilm de Christophe Charrier (FR-2022)

Le patient, téléfilm de Christophe Charrier diffusé sur Arte (novembre 2022). Le cinéaste a déjà réalisé un premier film, Jonas, diffusé lui aussi sur Arte et visible en replay. Le film a été primé au festival La Rochelle 2022. Le film est adapté d’un roman graphique de Timothée Le Boucher sorti en 2019.

Présentation

 Le patient, Thomas (Txomin Vergez, dont c’est le 1er rôle), un jeune homme de 19 ans, se réveille amnésique d’un coma de trois ans. A son chevet se trouve Anna Kiefer, une psychologue (Clotilde Hesme) dont le rôle est de lui permettre de retrouver ses la mémoire et d’essayer de comprendre ce qui s’est passé car, bien que grièvement blessé, Thomas est le seul à avoir survécu au massacre de sa famille (ses parents et son cousin), tuée dans des circonstances non élucidées. Sa sœur Laura a disparu.

A chaque étape où Thomas retrouve ses souvenirs, on croit avancer sur le chemin de la vérité mais on se rend vite compte que les images que voit le héros sont biaisées. On imagine même un moment que l’un des soignants est le responsable de la tuerie et veut se l‘empêcher de parler. On doute aussi de la sincérité de la psychologue à vouloir l’aider.

Mon opinion

On plaint tout d’abord ce garçon d’avoir perdu la mémoire et on est de tout cœur avec lui pour que ses efforts pour la retrouver soient couronnés de succès. Jusqu’à ce que la victime nous apparaisse comme le bourreau. A la différence de Jonas qui, malgré ses qualités, n’était pas totalement abouti, ce 2ème téléfilm de Christophe Charrier est une réussite en cela qu’il nous entraîne dans les méandres de la psyché humaine, nous engageant avec roublardise, sur de fausses pistes jusqu’à nous révéler l’impensable. C’est intelligent et bien mené. A noter la très belle musique originale d'Alex Beaupain qui évoque étonnamment la Lolita d'Alizée.        

jeudi 2 août 2018

EUROPA, EUROPA film d'Agnieszka HOLLAND (FR-D-PL 1990)



Europa Europa (Titre original : Hitlerjunge Salomon) est un film franco-polono-allemand réalisé par Agnieszka Holland, sorti en 1990. Le film est une adaptation de l'autobiographie de Salomon Perel. Il a été nominé pour recevoir l'Oscar du meilleur scénario adapté en 1991.

Résumé

Le film commence par la circoncision de Salomon « Sally » Perel, né le 20 avril 1925, dans une famille juive à Peine, localité proche de Brunswick en Allemagne.

En novembre 1938, à la veille de la Nuit de Cristal au cours de laquelle Bertha, la sœur de Salomon, qui doit fêter sa Bar Mitzvah (fête du passage à l’âge d’homme, soit 13 ans pour les juifs), est tuée.
La famille Perel, mesurant le danger, fuit alors l'Allemagne pour s'établir à Lodz en Pologne, ville d'origine du père, où elle se croit en sécurité.

Mais, le 1er septembre 1939, c’est l’invasion de la Pologne par les armées d'Hitler. Leurs parents décident alors de les envoyer, son frère aîné Isaac et lui, vers l'est. Au passage de la rivière Bug, les deux frères sont séparés. Salomon tombe entre les mains des Soviétiques qui, vu son jeune âge, l’envoient dans un orphelinat à Grodno où il apprend le russe et devient un membre des jeunesses communistes.

Le 22 juin 1941, les Allemands, malgré le pacte signé entre Hitler et Staline, attaquent l'Union soviétique et l'orphelinat est bombardé. Sally est à nouveau séparé de ses amis et se retrouve à errer avec les autres réfugiés jusqu’à ce qu’il soit capturé par la Wermacht. Il échappe à la mort grâce à sa parfaite maîtrise de l’allemand et est incorporé dans l’armée allemande et, en raison de son jeune âge, il devient la mascotte du régiment, sous le nom de Joseph « Jupp » Peters.

Lors d’une attaque de son unité par les soldats russes, Jupp est le seul survivant. Arguant de son statut de jeune communiste, il est sur le point de se rendre aux Soviétiques, mais, au moment où il arrive à leur niveau, ce sont ces derniers qui capitulent devant les renforts allemands et Jupp, bien malgré lui, devient, pour les Allemands, un héros de guerre qui, à lui seul, s’est rendu maître des ennemis.

Apprécié de tous, y compris du commandant de son unité, antisémite convaincu, qui n'a pas d'enfants et se montre disposé à l'adopter, Jupp est envoyé en Allemagne où il intègre les Hitlerjugend destinés à former la nouvelle élite du Reich. Vivant dans la hantise que l’on découvre qu’il est juif, il est protégé par son statut de héros, et parvient à traverser toute la guerre.

Lors des derniers combats, Jupp, sur le point d’être découvert, se rend aux troupes soviétiques mais il est à deux doigts de se faire exécuter comme nazi quand son frère Isaac, rescapé des camps et de la liquidation du ghetto de Łódź, le reconnaît in extremis et atteste de son statut de juif.

Divergences avec le livre

Dans la réalité, Salomon Perel fut fait prisonnier par les Américains, le 21 avril 1945, au lendemain de son 20e anniversaire. Il fut employé par les autorités d'occupation soviétiques avant de s'enfuir à l'Ouest et de retrouver son frère Isaac à Munich. Leur frère aîné David, qui a survécu lui aussi, était parvenu à fuir en Palestine où Sally le rejoignit finalement, débarquant à Haïfa en juillet 1948. Il participera à la guerre d'indépendance d'Israël. D’autres différences importantes sont notables entre le récit et le film. 

Acteurs
La réussite du film repose en grande partie sur la qualité du jeu de Marco Hofschneider, le jeune acteur qui incarne Salomon Perel adolescent. Sa candeur et son naturel auraient dû, à mon avis, lui valoir un prix d’interprétation amplement mérité. C’est son frère Rene qui joue le rôle d’Isaac, son aîné dans le film. On remarque aussi la présence de Julie Delpy, l’actrice franco-américaine, qui incarne Leni, et André Wilms, le soldat Robert Kellerman.

Mon opinion sur ce film   

Avec Europa, Europa, la réalisatrice polonaise, très marquée par l’holocauste et le communisme de par son histoire familiale, a réussi, avec ce film, à nous faire comprendre le terrible dilemme que fut celle des juifs polonais, mais aussi de l’ensemble du peuple polonais, écartelés entre le nazisme et le communisme. 

Europa, Europa est sans nul doute l’un des meilleurs films de la réalisatrice, en tout cas bien meilleur que le scabreux Total eclipse (1995), sur la relation amoureuse entre Rimbaud et Verlaine, qui m’a laissé un goût désagréable. J’avais par contre beaucoup aimé d’elle un très joli film sur l'enfance, The secret garden (1993), que je vous recommande. Europa, Europa a obtenu le Golden Globe Award du meilleur film étranger, récompense, selon moi, tout à fait méritée. Je voudrais aussi faire une mention spéciale pour la musique du film, composée par Zbiegnew Presner, dont les compositions ont été récompensées par deux Césars.    

Si ce film vous a plu, je vous recommande aussi :

dimanche 8 avril 2018

MORE film de Barbet SCROEDER (FR-1969)

More est un film franco-germano-luxembourgeois de Barbet Schroeder (1969). Le film est ressorti en Blu-ray en janvier 2016 en VOST. Durée : 112 min. 

Résumé

Stefan (Klaus Grünberg), un jeune étudiant allemand qui vient de finir ses études de mathématiques  décide de partir vers le soleil. Il part en auto-stop pour Paris où il rencontre Charlie, qui le déleste de toutes ses économies au poker puis le prend sous son aile. Il l'entraîne dans ses petites combines et le fait inviter dans des soirées branchées. Au cours de l'une de celles-ci, Stefan a le coup de foudre pour Estelle (Mimsy Farmer), une jeune Américaine sur le départ pour Ibiza. Il ne se doute pas qu'en la rejoignant à Ibiza, il va tomber dans l'enfer de la drogue. Au départ, il se contente de fumer un joint mais il se rend très vite compte qu'Estelle, sous ses dehors de charmante fille à qui l'on donnerait le Bon Dieu sans confession, se drogue à l'héroïne. Bien que réticent, il finit par se laisser convaincre de faire un essai. Et ce sera la spirale descendente qui l'entraînera à la mort;

Tourné à Ibiza, en pleine période hippie, sur la bande originale réalisée par les Pink Floyd, le film et la musique devinrent culte pour toute une génération. 

Autour du film

Ce film a été un « one shot » pour l’acteur masculin, Klaus Grünberg, qui, à part More, n’a plus tourné que dans des séries TV de 2ème classe. Cela n’a pas été le cas pour l'actrice féminine, Mimsy Farmer, déjà connue avant ce tournage, et dont la filmographie, sans être exceptionnelle, compte plus de 25 films. L'actrice a cependant mis un terme définitif à sa carrière cinématographique en 1989. Depuis 1992, elle vit en France et réalise des sculptures pour les décors de théâtre (Théâtre de l'Opéra de Bordeaux, Théâtre antique d'Orange, Théâtre des Variétés) et pour le cinéma (Troy, Marie-Antoinette, Charlie et la Chocolaterie, À la croisée des mondes : La Boussole d'or).

Mon opinion sur ce film

J’avais vu le film lors de sa sortie en 1969 et j’en avais gardé le souvenir de beaux paysages baignés par la mer et le soleil, de maisons immaculées et d’une histoire d’amour libre entre des jeunes gens, l’ensemble sublimé par la musique des Pink Floyd qui m’a accompagné de si longues années. Je me rappelais aussi bien sûr que le film traitait de drogue mais je ne me souvenais pas d'une fin aussi tragique. 

Je dois dire aussi que j'ai longtemps différé le moment de le revoir car je craignais d'être déçu. C’est en grande partie le cas car, malgré ses qualités, le film est très daté. J’ai trouvé aussi que la musique des Pink Floyd, qui avait alors été pour moi une révélation, passe – du moins dans la version remastérisée – au second plan. 

Le film en lui-même est l’histoire d’une terrible descente dans l’enfer de la drogue puisque le jeune héros, Stefan, au départ totalement « clean » et opposé à la consommation de drogues dures, en deviendra la victime pour l’amour et la fascination qu’il porte à Estelle. Malgré l’intervention de son ami Charlie, venu in extremis à Ibiza pour tenter de le sauver, il finira brutalement son misérable trip entre quatre planches (au sens propre).  

Je ne me souvenais pas non plus que le trafic de drogue sur l’île était organisé par un ancien nazi. Barbet Schroeder s’explique sur tout cela dans le bonus qui suit le film (du moins dans la version Blu-ray). 

Maintenant que je revois ce film avec le recul, je me rends compte combien il a pu être toxique pour une génération d'adolescents par la fascination qu'il a pu exercer sur eux, dans le climat de remise en question profonde de la société qui a accompagné les évènements de mai 68. A ne pas mettre entre toutes les mains.

mardi 16 janvier 2018

SEULE LA TERRE film de Francis Lee (GB-2017)


Seule la Terre (Titre original : God's Own Country) est un film britannique écrit et réalisé par Francis Lee, sorti en 2017.  

Résumé

Johnny (Josh O’Connor) travaille du matin au soir dans la ferme familiale, perdue dans le brouillard du Yorkshire. Les mots sont rares entre son père, sa grand-mère et lui et se limitent aux taches de la ferme. Entre les humains quasi-mutiques, aucune marque d'affection ne se manifeste jamais John accomplit le travail imposé à contrecoeur tout en essayant d’oublier la frustration de son quotidien en se saoulant chaque soir au pub du village et en s’adonnant à des aventures homosexuelles sans lendemain. 

Quand un saisonnier roumain, Gheorghe (Alec Secareanu), est embauché par son père, handicapé suite à un AVC, pour le seconder pour la période de l'agnelage, Johnny est attiré par cet homme plus âgé que lui, bosseur, compétent et calme, dont on comprend qu'il a vécu une vie douloureuse, bien qu'on ne sache rien de son passé. Mais John se défend de cette attirance, se rendant pérpétuellement odieux envers cet immigré roumain jusqu'au moment où celui-ci se rebiffe et qu'une bagarre n'éclate entre eux. Lors de cette affrontement qui les rappoche physiquement, les deux hommes cèdent à l'attrait sexuel puis une relation plus complice et tendre naîtra entre eux, à partir de laquelle John trouvera la part d'humanité qui lui manquait.

Accueil et distinctions

Seule la Terre a rencontré un accueil critique très favorable, obtenant 99 % d'avis favorables sur le site Rotten Tomatoes, basés sur 98 commentaires collectés et une note moyenne de 8,2⁄103 et un score de 85⁄100 sur le site Metacritic, basé sur 21 commentaires collectés, correspondant au status universal acclaim.

En France, l'accueil critique a été aussi très positif : le site Allociné recense une moyenne des critiques presse de 3,8⁄5, basée sur 16 critiques de presse collectées, et des critiques spectateurs à 4,3⁄5.
Télérama a salué les décors d'un film qui constitue à la fois « une rugueuse éducation sentimentale et une lumineuse chronique paysanne », et loue tout particulièrement la performance de Josh O'Connor.Le film a été sélectionné dans la catégorie « World Cinema Dramatic » et projeté en avant-première mondiale en janvier 2017 au Festival du film de Sundance dont il a remporté le prix du meilleur réalisateur, ainsi que le Hitchcock d'or au Festival du film britannique de Dinard 2017. Le 10 décembre 2017, lors des British Independent Film Awards 2017, il a remporté le British Independent Film Award du meilleur film ainsi que plusieurs prix, dont celui de meilleur acteur pour Josh O'Connor

Mon opinion personnelle

Je suis allé voir ce film sur la foi de toutes les excellentes critiques qui l’entouraient. J’ai failli quitter le cinéma dans la 1ère partie car, d’une part, les scènes crues d’amour entre hommes m’ont gêné mais aussi pour l’ambiance glauque et désespérée dans laquelle baigne le film. 

John, jeune garçon immature entièrement semble presque demeuré tant il est soumis à son père et installé dans une routine mortifère. A la différence de ce que dit Télérama (dont je me méfie autant des enthousiasmes que des critiques "pour la critique"), le spectateur  ne trouve même pas son compte (ce qui était au moins le cas dans Le secret de Brokeback Moutain) dans la beauté des paysages dont le réalisateur ne nous montre que l'austérité, la boue, filmés sous une lumière crépusculaire et sous un crachin permanent. Rien non plus n'est épargné au spectateur des scènes pénibles (le film commence par les vomissements de John après sa nuit de cuite), ni de l'austérité des tâches de la ferme (mise-bas d'une vache dont le veau  mort-né sera abattu d'une balle de carabine, rudesse de l'agnelage, etc.) Certes, c’est peut-être la réalité de ce que vivent beaucoup de petits paysans mais est-on obligé de nous montrer cela en gros plan dans un film non-documentaire ? 

Le film devient plus acceptable dans la deuxième partie où, au-delà de la seule satisfaction physique que John trouve dans de brutaux rapports sexuels, il se rapproche de Gheorghe qui lui apporte une forme de tendresse qu’il n’a jamais connue dans sa propre famille. 

La scène qui m’a cependant le plus ému est le timide "merci" que bredouille le père diminué après son second AVC au fils qui le baigne, grande première dans des relations que l'on n'imaginait pas évoluer entre eux. On comprend que cela, John  le doit à la présence tranquille et lumineuse de Gheorghe (dont l’acteur roumain aurait, à mon avis, davantage mérité une distinction que Josh O’Connor), grâce auquel il trouve enfin l'humanité qui lui a toujours fait défaut.  

Mais, à part ces quelques instants privilégiés, le film, qui n'est pas dénué de qualités, est bien pesant et me laissera une impression désagréable. Mention spéciale pour la musique, discrète (c'est rare !) qui sous-tend le film, composée par le groupe britannique A Winged Victory for the Sullen, en particulier la belle chanson du générique de fin. 


mercredi 20 décembre 2017

UPSIDE DOWN de J. D. Solanas (FR-C 2011)


Upside Down (Un monde à l'envers) est un film de science-fiction franco-canadien coécrit par Santiago Amigorena et Juan Diego Solanas, et réalisé par ce dernier en 2011.

Résumé

Présenter ce film n’est pas évident. Il faut faire un bel effort d’imagination pour se figurer le monde dans lequel il se déroule car celui-ci est formé de deux univers inversés qui se font face.

Les deux héros, Adam (Jim Sturgess, à voir aussi dans Un jour) et Eden (Kirsten Dunst), vivent chacun dans un de ces deux univers : Eden habite le monde d'En haut, prospère et riche, et Adam, le monde d'En-bas, victime d’un conflit, où les gens survivent au milieu des ruines, sous une pluie de pétrole toxique.

Adam a perdu ses parents morts dans l’explosion d’une raffinerie et vit dans un orphelinat. Sa seule famille était sa tante Becky qui réalisait pour lui, lorsqu'il était enfant, des « crêpes volantes » en utilisant le pollen d’abeilles roses navigant entre les deux mondes.

Enfant, Adam (Elliot Larson) allait chercher le pollen rose pour sa tante dans un endroit montagneux (et interdit) où les sommets inversés des deux mondes se rejoignent presque et où les gravités opposées s'annulent mutuellement. C'est lors d'une de ces expéditions qu'il avait fait la connaissance d’Eden (Maurane Arcand) alors que celle-ci, dans le monde d’En haut, était à la recherche de son chien. Les deux enfants prennent l’habitude de se retrouver en cachette au même endroit.

A l’adolescence, ils tombent amoureux. Bien que sachant qu’ils enfreignent les règles et risquent de graves sanctions, Adam invente un subterfuge pour qu’ils se retrouvent et, en lui envoyant une corde,  prend le risque de faire «monter» Eden jusque sur son monde.

Mais la police les surprend et Adam, alors qu’il aidait Eden à regagner son monde, est atteint par une balle de la police, et lâche la corde à laquelle Eden était suspendue. Celle-ci tombe lourdement sur les rochers et est blessée à la tête.  Adam, impuissant, la croit morte. Il est arrêté et, lorsqu’il arrive à la maison de sa tante, celle-ci a été incendiée par la police et Becky est emmenée par la police et il ne la reverra jamais.  

L'action reprend 10 ans plus tard. Adam travaille chez Albert qui répare d’antiques postes de télévision car le monde d’En bas, privé de technologie, doit vivre sur ses acquis. Après avoir réussi à faire fonctionner l’un des téléviseurs en réparation, Adam découvre qu’Eden, non seulement n’est pas morte mais qu’elle occupe un poste important dans le monde d'En haut et il décide, contre l’avis de ses amis, de tout faire pour la rejoindre.   

Travaillant sur un produit antirides révolutionnaire dérivé de la recette des « crêpes volantes » de sa tante, dont il a hérité la recette, il réussit à se faire embaucher par Transworld, la multinationale toute puissante qui relie les deux mondes et emploie aussi bien des gens d’En haut que d’En bas.

Là, il devient ami avec Bob Boruchowitz (Timothy Spall*), qui travaille dans le bureau inversé juste au-dessus du sien. Bob l'aide à rencontrer Eden. Tout en travaillant à son projet antirides, Adam met au point un nouveau stratagème qui lui permet d’accéder au monde d’En haut. Mais, lors de leur première rencontre, Eden ne le reconnaît pas car, suite à l’accident qui a failli la tuer 10 ans auparavant, elle est devenue amnésique. Mais Adam ne lâche pas l’affaire et, en prenant des risques inouïs, il  revient à plusieurs reprises en Haut. Peu à peu les souvenirs d’Eden reviennent.

Mon opinion sur ce film

J’ai vu ce film, que j’avais raté lors de sa sortie en salles, lors de sa rediffusion récente à la télévision (sur la chaîne Chérie 25). La majeure partie des critiques l’a descendu en flammes. On sera étonné de lire que, personnellement, malgré toutes les reproches que je pourrais lui faire, je l’ai bien apprécié. Beaucoup lui ont reproché des maladresses de réalisation, un scénario convenu, tout en s'accordant sur le fait que l'idée des mondes inversés était pourtant intéressante. 

Je crois qu’il ne faut pas chercher la vraisemblance car ce film est, avant tout, une fable dystopique. L’idée de base, qui serait venue au réalisateur (que je ne connais pas pour d'autres films) d'un rêve - ce qui ne m'étonne pas -, est particulièrement originale. L’histoire de ces deux mondes inversés est surprenante et, visuellement, cela donne tout au long du film, une impression très perturbante pour le spectateur. Certes, malgré la beauté des images, soutenue par une superbe bande son (du musicien québecois Benoît Charest et du groupe islandais Sigur Rós**), les effets spéciaux ne sont pas toujours à la hauteur et évoquent trop souvent le carton-pâte. Mais l’idée en elle-même est géniale. Quant aux acteurs, ils sont beaux et émouvants, même si on aurait très envie de suggérer à Jim Sturgess d’aller faire un tour chez le coiffeur !

Alors, malgré toutes ses défauts (et ils sont légion), je serai indulgent avec ce film qui m’a fait penser à deux autres qui figurent dans mes listes préférées : Bienvenue à Gattaca et Equilibium, pour ne citer que ces deux-là. 

* Acteur qui joue le rôle de Peter Pettigrow dans Harry Potter et Turner dans Mr. Turner
** Ce groupe, à l'univers musical si particulier, a composé de nombreuses musiques de films ou de séries TV. Citons entre autres :

- Vanillia sky (2001)
- Immortel, ad vitam (2004)
- Par effraction (2006)
- Remember me (2010)
- Skins - saison 2 (2009-2010) 
- Vampire diaries - saison 3 (2011-2012)
- Etc.

Si vous aimez ce genre, je vous recommande aussi les films suivants : 

dimanche 26 mars 2017

SAGE-FEMME comédie dramatique de Martin PROVOST (FR-2017)

Sage-Femme est un film français réalisé par Martin Provost, sorti le 22 mars 2017.

Synopsis

Claire (Catherine Frot) est sage-femme dans une maternité dont la fermeture est programmée. Béatrice (Catherine Deneuve) a été la maîtresse de son père décédé. Après 30 ans de silence, Béatrice se rappelle au (mauvais) souvenir de Claire qui ne veut pas entendre parler de celle qui a provoqué le suicide de son père.

Tout oppose les deux femmes. Claire gagne difficilement sa vie dans un métier qu’elle aime mais qui l’épuise. Elle vit une vie routinière, habite un HLM, a élevé son fils Simon (Quentin Dolmaire), seule. Béatrice au contraire a toujours mené la vie sans entrave qu’elle a voulue. D’un égoïsme absolu, elle ne s’est attachée à rien ni à personne. Frivole, du moins en apparence, elle aime tout ce qui brille, elle fume, boit, aime manger… Tout ce que s’est toujours interdit Claire. Mais, alors que Claire déteste tout ce que représente la vie qu’a menée Béatrice, lorsque celle-ci lui annonce qu’elle a un cancer en phase terminale et que, malgré les apparences, elle crève de trouille, Claire lui tend la main. Cette irruption inattendue de Béatrice dans la vie bien réglée et passablement étriquée que menait jusque-là Claire va la chambouler entièrement et, paradoxalement, la mort annoncée de l’une va donner à l’autre une nouvelle envie de profiter de la vie.

Distribution


Mon opinion sur ce film

Je ne serais sans doute pas allé voir ce film si je m’étais arrêté à son titre, malgré la présence au générique de Catherine Frot, qui est une actrice française que j’adore. C’est la bande annonce, présentée lors d’une autre séance, qui m’a donné envie d’aller le voir. Et je ne le regrette pas. D’abord parce que, malgré le sujet dramatique, qui est celui de la mort, on rit beaucoup grâce aux répliques inattendues et déjantées de Catherine Deneuve. Je me suis laissé aller à penser que certaines de celles-ci auraient pu être écrites par Audiard. Dans la bouche et avec le rythme de mitraillette de Deneuve, elles ont une saveur toute particulière. Mais ce film est loin d’être une simple comédie : il est fin et le sujet est traité avec sensibilité mais sans pathos. CatherineFrot et Catherine Deneuve sont parfaites, chacune dans son rôle. Toutes mes félicitations aussi à Grégoire Hetzel pour sa musique qui souligne sans s’imposer le propos du réalisateur. C’était à lui que l’on devait aussi celle de Dans la cour de Pierre Salvadori (2013) ou de Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin (2015)

Dans le même esprit, vous pourriez aimer :

  • Dans la maison de François Ozon (2012)
  • Comme des frères d'Hugo Gélin (2013)
  • Dans la cour de Pierre Salvadori (2013)
  • Les souvenirs de Jean-Paul Rouve (2014)
  • Trois souvenirs de ma jeunesse d'Arnaud Desplechin (2015)
  • Le goût des merveilles d'Eric Besnard (2015)

  • samedi 23 mai 2015

    INDIGNES de Tony Gatlif (FR-2012)



    Indignés, film-documentaire de Tony Gatlif (sorti au cinéma en mars 2012) présenté sur Arte le 12/09/2012.
    Inspiré par le best-seller mondial de Stéphane Hessel, Indignez-vous !, Tony Gatlif a pris sa caméra pour témoigner en filmant au cœur des manifestations des Indignés, partout dans le monde, à New York, Londres, Madrid, Bruxelles ou Paris, où se déroulaient des occupations et des mouvements de protestation contre la dérive du capitalisme et des démocraties occidentales.
    Le film, tourné caméra à l'épaule, est plus qu'un documentaire dans la mesure où il incorpore des images d'archives (images de l'exode pendant la 2ème Guerre mondiale, images de démantèlements de campements de Roms en France...), scandées par des lectures d'extraits significatifs du livre de Stéphane Hessel par l'auteur, spontanément repris par de jeunes manifestants ou par des acteurs. L'ensemble est porté par une musique à la fois lancinante et entraînante due à Delphine Mantoulet qui avait déjà composé la bande originale du superbe film de Tony Gatlif, Liberté.

    Ce film est aussi disponible en DVD chez Arte.     

    vendredi 22 mai 2015

    SOIE de François Girard (CA-2009)


    Soie (adapté du best-seller "Seta" d’Alessandro Baricco) est un film du réalisateur canadien François Girard co-produit entre cinq pays (France, Italie, Grande-Bretagne, Canada et Japon). Il a été réalisé en 2007 et n'est sorti qu'en 2009.

    Synopsis

    L'action commence en 1861. Hervé Joncourt (Michael Pitt), un jeune officier, est amoureux d'Hélène (Keira Knightley). Dans le roman, l'action est censée se passer à Lavilledieu, en Ardèche, en pleine période du développement de la sériciculture. Mais les vers à soie souffrent d'une maladie qui les fait mourir. Un homme entreprenant du village, Baldabiou, propose à Hervé d'abandonner la carrière militaire dans laquelle il ne s'était engagé que pour complaire à son père et d'aller chercher, pour le compte des industriels du village, des œufs de vers à soie au Japon où ils étaient exempts de maladie. La mission est risquée car, à l'époque, le Japon est totalement interdit aux étrangers et le jeune homme prend d'énormes risques pour y parvenir.

    Avant de partir, Hervé Joncourt épouse Hélène. Malgré la longueur et les difficultés du voyage, la mission d'Hervé est couronnée de succès. Il rencontre le seigneur de guerre pour lequel il avait une lettre d'introduction et celui-ci lui vend les œufs tant attendus. Pendant son séjour chez son hôte, il entrevoit une très belle jeune femme qui est semble-t-il l'épouse de ce dernier. Bien qu'il en tombe amoureux, il ne se passe rien entre eux.

    De retour en France, avec l'argent de cette première mission, il achète une maison et promet à sa femme d'y planter un jardin de lys blancs. 

    Au cours d'une deuxième mission, il revient en territoire connu et est accueilli en ami. Au cours du séjour, la mystérieuse jeune femme lui fait remettre un court message par un serviteur.
    A son retour, Hervé Joncourt n'a de cesse que de comprendre le sens du message qui lui a été remis et, sur les conseils de Baldabiou, il se rend à Lyon dans un bordel de luxe tenu par Mme Blanche (Miki Nakatani), une japonaise, qui accepte de lui traduire le message qui est en fait un message d'adieu.

    Bien qu’entre-temps les travaux de Pasteur aient permis d'éradiquer la maladie du ver à soie et qu'il ne soit plus nécessaire d'entreprendre un voyage aussi périlleux au Japon, Hervé insiste pour être chargé d'une troisième mission. Celle-ci se déroule mal car le Japon est alors en guerre et, lorsqu'il parvient au village qu'il a connu prospère, celui-ci n'est plus que ruines fumantes. Il trouve cependant l'ancien serviteur de la belle inconnue et celui-ci le conduit sur les traces de la caravane qui emmène sa maîtresse loin du village dévasté. Pris par le seigneur de la guerre qu'il avait trahi, celui-ci lui laisse la vie sauve mais exécute le jeune serviteur. Hervé revient en France mais les œufs qu'il a pu acheter sur le retour ont éclos avant qu’il n’arrive et son expédition est un échec.

    Pour se faire pardonner son échec par ses commanditaires, et afin de donner du travail au village, Hervé met toute sa fortune pour embaucher les villageois à l'aménagement du jardin promis à son épouse. Celui-ci sera entièrement planté de fleurs blanches.

    Quelque temps après, il reçoit du Japon une longue lettre. Il retourne à Lyon où Mme Blanche la lui traduit : c'est une très belle lettre d'amour contenant des détails intimes et se concluant par un adieu définitif.

    Hélène commence à dépérir. Sur son lit de mort, Hervé se confie à elle. Après son décès, il se rend à Lyon où il ne trouve plus Mme Blanche, partie à Paris. Après de longues recherches, il finit par la rencontrer et celle-ci lui confesse que c'était Hélène qui lui avait dicté la dernière lettre et qu'elle s'est seulement bornée à la traduire en japonais.

    Le film se termine sur une scène extrêmement émouvante où Hervé confie à son protégé Ludovic (Mark Rendall), le fils qu'ils n'ont pas eu sa femme et lui, la tâche de veiller sur le jardin d'Hélène.

    Mon jugement sur ce film

    Je craignais le pire de l'adaptation de ce roman qui est un pur chef-d’œuvre d'écriture. A vrai dire, je ne concevais même pas que l'on puisse adapter une telle œuvre où l'écriture est tellement épurée qu'elle confine, d'une part, au haïku et d'autre part, à la partition musicale. Car lorsqu'on lit Alessandro Baricco, par ailleurs musicologue, on a l'impression d'entendre une musique.
    Je salue sans réserve l'adaptation de François Girard qui, selon moi, a réussi la gageure d'adapter cette œuvre que je jugeais inadaptable avec une maestria d'autant plus stupéfiante que ce film n'est que son quatrième. Il est parvenu à garder au film le côté élégiaque de l'écriture si personnelle de Baricco en filmant dans des paysages sous la neige et l'omniprésence de la couleur blanche.

    La bande son, composée par le grand compositeur japonais Ryuichi Sakamoto, est très belle et, alternant influences occidentales et orientales, s'accorde parfaitement avec l'ambiance du film.

    Mon classement : Adaptation réussie d'un roman inadaptable.

    Si vous avez aimé ce film, vous aimerez sans doute aussi :

    dimanche 15 mars 2015

    SELMA film de Ava DuVernay (USA-2015)



    Selma est un film américain réalisé par Ava DuVernay et scénarisé par Paul Webb, sorti en 2014.

    Résumé

    Le film évoque, autour de la figure de Martin Luther King (David Oyewolo), le dramatique épisode des Marches de Selma (Alabama) qui marquèrent, en 1964, sous la présidence de Lyndon Johnson, l'apogée du mouvement pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis.

    Au moment où Martin Luther King est à Stockholm pour recevoir le Prix Nobel de la Paix, un attentat meurtrier visant l’église baptiste de la 16ème rue à Birmingham (Alabama), fréquentée par des Noirs, tue quatre jeunes filles noires et en blesse plusieurs autres.

    On voit ensuite une femme noire, Annie Lee Cooper (interprétée par la célèbre présentatrice noire (Oprah Winfrey), se présenter au tribunal de Selma (Alabama) pour demander à être inscrite sur les listes électorales en application des 14e et 15e amendements de la Constitution des Etats-Unis qui, théoriquement, reconnaissait le droit de vote à tous les citoyens américains depuis 1878.  Sa demande est refusée.

    Martin Luther King, venu demander l’application de la loi, à Lyndon B. Johnson qui tergiverse, le leader pacifiste se rend à Selma, accompagné de Ralph Abernathy, Andrew Young, James Orange et Diane Nash. Ils sont reçus par James Bevel et d’autres activistes de la SCLC (Southern Christian Leadership Conference) pour préparer une manifestation pacifique devant le tribunal de Selma afin de forcer le gouverneur George Wallace à inscrire les noirs en âge de voter sur les listes électorales. Ils sont matraqués et pourchassés par la police et l’un d’eux, un jeune noir de 27 ans, Jimmie Lee Jackson, est tué par la police dans le restaurant où il s’était réfugié avec ses parents.

    A la suite de ces événements, les leaders pour les droits civiques décident de l’organisation d’une première marche pacifique le 7 mars 1965  entre Selma et Montgomery, capitale de l’état d’Alabama (env. 60 km). Y prend part toute la communauté noire.  A la sortie de la ville, les marcheurs sont attendus de l’autre côté du Edmund Pettus Bridge par la police qui les refoule avec violence, faisant de nombreux blesses. Cette marche est connue sous le nom de "Bloody Sunday" (Dimanche sanglant). Devant le scandale soulevé dans le pays, des milliers d’Américains de toutes races et de toutes religions se regroupent spontanément pour se joindre à une seconde marche qui aura lieu 2 jours après. La police s’écartera pour les laisser passer mais Martin Luther King, redoutant un piège, fait se disperser les manifestants et leur demande de se regrouper à l’église. Dans la soirée, un pasteur blanc, James Reeb, venu de Boston soutenir la marche, est assassiné par des racistes extrémistes.

    La violence du "Bloody Sunday" et la mort du Pasteur Reeb déclenchèrent une réaction sans précédent de désobéissance civile qui fit reculer Johnson. Celui-ci accorda aux marcheurs la protection de la police fédérale et accéléra la promulgation  du Voting Rights Act de 1965 par lequel toutes les restrictions concernant le droit au vote des minorités raciales américaines étaient définitivement abolies.

    La grande marche entre Selma et Montgomery eut enfin lieu et Martin Luther King put prononcer un discours sur les marches du Capitole de l’état d’Alabama au grand dam du gouverneur Wallace qui avait tout fait pour l’en empêcher.


    Le générique défile sur des images d’archives montrant les différentes marches de Selma sur la magnifique musique originale « Glory » écrite et interprétée par John Legend et le rappeur Common. La chanson fut récompensée par le Golden Globe Award pour la meilleure musique originale (2015)  Legend and Common interprétèrent en direct "Glory" lors de la clôture de la 87ème cérémonie des Academy Awards le 22 Février 2015.  

    Mon opinion

    Ce film est certes magnifique et il nous plonge au cœur d'événements tragiques qui démontrèrent combien la victoire pour que l'on reconnaisse aux noirs le droit d'être un citoyen américain à part entière fut long, difficile et émaillé d'actes de courage mais aussi de lâchetés sans nom. Lyndon Johnson nous est montré comme un politicien peu sympathique mais qui eut, à la différence de Wallace, l'habileté politique de céder afin d'éviter une guerre civile. 

    Si j'ai aimé ce film, c'est plus pour son propos que sur le plan purement cinématographique : j'ai en effet trouvé son démarrage terriblement lent et pesant. A mon avis, la première partie du film fait une place trop importante aux doutes de Martin Luther King et aux tractations qu'il mène avec le président Johnson. J'ai en outre trouvé pénible la diction saccadée que l'acteur incarnant King a donné à son personnage et son côté peu charismatique. Je ne mets pas en cause le talent de l'acteur (ni d'ailleurs de tous les autres acteurs du film, en particulier Oprah Winfrey, que j'ai trouvée remarquable), mais plutôt le scénario et la réalisation, engoncés dans des dialogues inutilement bavards. Le film ne commence vraiment à démarrer qu'à partir de l'affrontement sur le pont de Selma lors de la première marche.

    Sur Martin Luther King et son fameux discours à Washington "I have a dream", veuillez vous référer à mon blog Au-delà des rêves : Les cinquante ans d'I have a dream.

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