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jeudi 9 mars 2023

MON CRIME comédie de François OZON (FR-2023)

 

Mon crime est une comédie française réalisée par François Ozon, sortie en 2023. Il s'agit d'une adaptation de la pièce de théâtre du même nom de Georges Berr et Louis Verneuil présentée en 1934 au Théâtre des Variétés.

Présentation

Le film se déroule en 1934, à Paris. Madeleine Verdier (Nadia Tereszkiewicz), une actrice débutante sans emploi, partage une minable chambre de bonne avec son amie Pauline Mauléon (Rebecca Marder), une jeune avocate sans clients. Lorsque le film commence, leur propriétaire M. Pistole (Franck de Lapersonne), vient leur réclamer 3000 francs de loyer en retard et menace de les jeter dehors. Pauline lui dit que Madeleine attend un contrat et lui demande quelques jours de délai. Mais, lorsque Madeleine revient, elle est en larmes car le rôle que lui a proposé  Montferrand, le producteur (Jean-Christophe Bouvet ) est celui d’une soubrette à condition qu’elle couche avec lui et a tenté de la violer. Elle s’en est libérée en le mordant et s’est enfuie de sa somptueuse villa Art Nouveau de Neuilly en courant.

Peu après son retour, l’inspecteur Brun (Régis Laspalès) vient interroger les deux jeunes femmes car on a retrouvé Montferrand tué d’une balle en pleine tête et une forte somme d’argent disparue. La dernière à l’avoir vu vivant étant Madeleine, elle est convoquée par le juge Rabusset (Fabrice Luchini) qui l’inculpe, malgré les mises en garde de son greffier, M. Trapu (Olivier Broche) qui trouve que les charges sont minces.

Or, plutôt que de se défendre, les deux amies montent un plan machiavélique : tablant sur le fait que Madeleine était en état de légitime défense, Pauline se fait fort d’obtenir son acquittement, donnant du coup un retentissement médiatique à l’affaire qui leur permettra d’être reconnues, l’une comme actrice, l’autre comme avocate.

Le pari est risqué d’autant plus que le jury, entièrement composé d’hommes (les femmes ne furent jurés qu’à partir de 1944), emmené par le procureur général Maurice Vrai (Michel Fau), peut la condamner sévèrement. Mais Pauline lui a préparé une plaidoirie digne de l’actrice qu’elle est et Madeleine ressort libre sous les applaudissements de la foule.

Dès lors, les deux amies, s’appuyant sur la presse, en l’occurrence le jeune reporter Gilbert Raton (Félix Lefebvre), qui n’a d’yeux que pour elles, deviennent la coqueluche du Tout Paris, Madeleine comme actrice, Pauline comme avocate.

Mais c’était sans compter sur la véritable criminelle Odette Chaumette (Isabelle Huppert), une ex-actrice du cinéma muet qui voudrait revenir sur le devant de la scène et leur fait du chantage. Or personne, ni les deux amies, ni la justice, n’ont intérêt à ce que l’erreur judiciaire soit reconnue et, grâce à l’intermédiaire de Palmarède (Danny Boon), un homme d’affaire haut en couleurs, M. Bonnard (André Dussollier), patron des pneus Bonnard et père d’André (Edouard Sulpice), le fiancé de Madeleine, de payer les 300000 francs exigés par Odette pour qu’elle garde le silence sur sa culpabilité.

Mon opinion

Avec Mon crime, François Ozon revient aux comédies dans lesquels il excelle comme Huit femmes ou Potiche. Sous les aspects d’un vaudeville boulevardier, il aborde dans ce film un propos plus profond, faisant de ses actrices les véritables héroïnes d’une société outrageusement masculine qu’elles tournent en dérision. Comme dans Huit femmes, qui était à l’origine, comme Mon crime, une pièce de théâtre, Isabelle Huppert révèle dans l’excès des talents comiques qu’on aimerait plus souvent la voir déployer. Je suis sorti de la séance avec le sourire aux lèvres. 

mardi 19 octobre 2021

LE MYSTERE HENRI PICK Film de Rémi BEZANCON (FR-2019)

 


Le Mystère Henri Pick est un film français coécrit et réalisé par Rémi Bezançon, sorti en 2019. Il s'agit de l’adaptation du roman homonyme de David Foenkinos (2016).

Résumé

Jean-Michel Rouche (Fabrice Luchini) est un critique littéraire renommé et le présentateur vedette d’une émission littéraire à la télévision.

Lorsqu’il reçoit « Les dernières heures d’une histoire d’amour » d’un certain Henri Pick, qui n’a jamais rien publié auparavant, il flaire l’arnaque. Le livre est en effet trop bien écrit et tellement truffé d’inspirations littéraires à l’œuvre de Pouchkine qu’il lui semble impossible qu’il soit celle d’un inconnu décédé depuis deux ans, pizzaiolo de son état, que personne, ni sa femme, ni sa fille, n’ont jamais vu écrire ni s’intéresser à la lecture.

Or, le manuscrit aurait été découvert « par hasard » par une jeune agente littéraire de Grasset, Daphné Despero (Alice Isaaz) dans une bibliothèque consacrée aux auteurs refusés située à Crozon au fin fond du Finistère.

Lorsqu’il reçoit l’agente, la femme et la fille du soi-disant auteur génial dans son émission, il met les pieds dans le plat et, malgré toute sa notoriété, se met à dos tout le gratin du Paris littéraire. A la suite de cet esclandre, il se voit retirer la présentation de son émission, tous ses amis lui tournent le dos, jusqu’à sa femme qui le met dehors.   

Il se lance alors dans une enquête qui le conduit en Bretagne et devient pratiquement une croisade afin de démontrer que le livre a été écrit par quelqu’un d’autre. D’abord réticente, Joséphine, la fille de Pick (Camille Cottin), accepte de l’aider et, ensemble, ils découvrent le pot-aux-roses. L’auteur est en fait un jeune écrivain talentueux, Frédéric Koskas (Bastien Bouillon) que l’échec de son premier roman a poussé à monter ce canular avec sa petite amie, qui n’est autre que Daphné Despero.

Mon opinion

On n’aurait pas rêvé mieux qu’un Fabrice Luchini en spécialiste de la littérature. Comme toujours, il écrase de sa présence tous les autres acteurs, sauf, peut-être Bastien Bouillon (découvert dans Simple), qui interprète avec brio un jeune auteur qui s’est fait manipuler par son agente-petite amie aux dents longues. Le milieu littéraire parisien prend quelques coups de griffes qui nous régalent plus, peut-être que l’énigme elle-même, un peu trop tirée par les cheveux et assez peu crédible.

Le film n’est pas sans rappeler Alceste à bicyclette, avec le même Luchini.

Dans le même esprit, on peut voir : 

vendredi 29 janvier 2021

ALCESTE A BICYCLETTE Film de Philippe LE GUAY (FR-2013)

Alceste à bicyclette est une comédie française réalisée par Philippe Le Guay, sortie en 2013.

Résumé

Gauthier Valence (Lambert Wilson), est un acteur célèbre pour son rôle dans une série télévisée médicale à succès où il incarne le rôle-titre. Ayant décidé de monter la célèbre pièce de Molière, Le Misanthrope, il vient essayer de convaincre son ami Serge Tanneur (Fabrice Luchini), qui s’est retiré sur l’île de Ré après des déboires professionnels, de jouer dans la pièce.

Gauthier admire Serge Tanneur qui l’a beaucoup aidé lors de ses débuts et il voudrait le convaincre de remonter sur les planches. Mais, si Tanneur accepte de répéter avec lui, leur collaboration s’avèrera éprouvante.

Entre deux répétitions, les deux amis partent arpenter à vélo les chemins de l’île de Ré ou visitent des maisons à la vente, Valence, séduit par l’île, ayant décidé d’y acheter une résidence secondaire. Lors de ces visites, ils rencontrent Francesca (Maya Sansa), une piquante italienne dont ils tombent tous les deux amoureux. Dès lors, l’émulation professionnelle entre deux egos surdimensionnés va se transformer en compétition amoureuse. Ce que ne pardonnera pas Serge à Valence…

Mon opinion

J’ai vu ce film, que j’avais raté lors de sa sortie, à la télévision. Quel jeu d’acteurs ! On connaît le cabotinage de Luchini qui peut être parfois terriblement agaçant. Mais, dans ce film, qu’il a co-écrit, il est parfaitement à sa place et, qui mieux que Lambert Wilson, pour se confronter à lui ? On assiste à leur duo, qui ressemble plus à un duel à fleurets non-mouchetés, avec gourmandise. Bravo à ces deux acteurs géniaux pour cette comédie grinçante et jouissive.    

Du même réalisateur : 

- Les femmes du 6ème étage

Si vous avez aimé ce film, vous pourriez aussi aimer : 

- The bookshop

- Les dames de Cornouailles 

- Edmond

- Dans la maison

- Le facteur

dimanche 4 octobre 2020

LES FEMMES DU 6ème ETAGE film de Philippe LE GUAY (FR - 2011)

Les Femmes du 6e étage est une comédie sociale française réalisé par Philippe Le Guay, sorti en 2011.

Résumé

Le film se déroule à Paris en 1962. Jean-Louis Joubert (Fabrice Luchini), agent de change, sa femme Suzanne (Sandrine Kiberlain) et leurs deux fils vivent une vie bourgeoise et routinière dans l’immeuble cossu qu’ils habitent dans le XVIe arrondissement. Comme dans la formidable série britannique Maîtres et Valets, on a affaire à deux mondes qui cohabitent tout en s’ignorant : les patrons ne se préoccupent pas de la vie des domestiques qui occupent des chambres de bonnes miteuses situées sous les toits. Les choses changent lorsque Suzanne embauche une bonne espagnole, María (Natalia Verbeke), une jeune femme qui a laissé son fils en Andalousie.  Grâce à elle, Jean-Louis Joubert se rapprochera des « femmes du 6ème étage », travailleuses, pétries de valeurs d’amitié et de courage, qu’il finira par admirer. Son épouse, convaincue qu’il la trompe avec Maria (alors que l’idée ne lui en est même pas venue) lui demandera de choisir, ce qu’il fera en allant s’installer dans une chambre de bonne à l’étage des domestiques, devenant par là-même un tout autre homme.

Mon opinion

J’ai beaucoup aimé ce film qui nous plonge avec bonhommie et humanité au cœur des rapports de classe. Il en ressort un film gai et tendre qui doit évidemment beaucoup à la remarquable prestation de Fabrice Luchini mais aussi à la présence lumineuse de Natalia Verbeke et de ses comparses espagnoles, en particulier Carmen Maura (César de la meilleure actrice dans un second rôle) toutes marquées d’une forte personnalité.  

dimanche 15 décembre 2019

LE MEILLEUR RESTE A VENIR comédie de M. DELAPORTE et A. de la PATTELIERE (FR-2019)



Le meilleur reste à venir est une comédie dramatique française réalisée et écrite par les réalisateurs du film Le Prénom, Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, sortie le 4 décembre 2019 avec Patrick Bruel et Fabrice Luchini.

Présentation

Arthur (Fabrice Luchini) et César (Patrick Bruel) sont amis d’enfance. Mais, à part leur amitié, tout les oppose : César est un flambeur et un coureur de jupons invétéré alors qu’Arthur est un médecin-chercheur à l’Institut Pasteur, rangé et timoré.

Lorsque César frappe à sa porte, blessé après être tombé de son balcon pour empêcher une saisie de ses biens, Arthur l’accompagne passer une radio à l’hôpital mais César n’ayant sur lui aucun papier, il emprunte la carte vitale de son ami.

Quand le radiologue convoque Arthur pour lui dire qu’il a décelé, sur ses poumons, la tache d’un cancer métastasé et inguérissable, Arthur diffère le moment d’annoncer à César, qui se croit invincible, la vérité et le quiproquo s’installe à tel point que César pense que c’est son ami et non lui qui est condamné.

A partir de ce là, César s’installe chez Arthur bien décidé à l’accompagner jusqu’au bout et à l'aider à réaliser tous ses rêves avant de mourir.

Mon opinion

Je n'étais pas très enthousiaste pour aller voir ce film mais, après une série de séances plus ou moins déprimantes (Sorry we missed you, L'affaire Pasolini, Gloria mundi...) j'avais besoin de me remonter le moral. C'est pourquoi je me suis laissé entraîner par une amie, plus fan que moi de Luchini qui, souvent, bien que je reconnaisse son talent, me tape un peu sur les nerfs. Et je ne le regrette pas !

Ce film est une comédie où les situations hilarantes se succèdent malgré une fin que l’on sait inéluctable, quelle que soit l’énergie et la manière que mettront les protagonistes à narguer la mort. Luchini est égal à lui-même. Quant à Bruel, en optimiste impénitent et branleur professionnel, est aussi épatant. Un beau duo d’acteurs pour un beau film.  

mercredi 30 octobre 2019

GEMMA BOVERY d'Anne FONTAINE (FR/GB 2014)



Gemma Bovery est un film franco-britannique réalisé par Anne Fontaine, sorti en 2014. Il s'agit d'une adaptation de la bande dessinée éponyme de Posy Simmonds publiée en 1999, librement inspirée de Madame Bovary de Gustave Flaubert.

Présentation

Ayant découvert que son amant Patrick (Mel Raido) la trompait, Gemma (Gemma Arterton), une jeune artiste Anglaise, décoratrice d'intérieur, épouse un restaurateur de meubles, Charlie Bovery (Jason Flemyng). Décidé à prendre un nouveau départ, le couple achète en Normandie une fermette. Dès leur arrivée ils font la connaissance de leur voisin Martin (Fabrice Luchini), boulanger du village, passionné de littérature, qui tombe instantanément amoureux de la ravissante jeune femme. Lorsque celle-ci entame une liaison avec Hervé de Bressigny (Niels Schneider), le fils de la châtelaine (Edith Scob), Martin, consterné, craint qu'elle ne connaisse le même destin tragique que l'Emma du chef d’œuvre de Gustave Flaubert.

Gemma connaîtra en effet une fin tragique mais celle-ci sera très différente de celle qu’imaginait Martin. 

Musiques

La musique originale est composée et orchestrée par Bruno Coulais.

Les musiques additionnelles sont :

  • Casta Diva de Norma de Vincenzo Bellini
  • Le Beau Danube bleu de Johann Strauss II
  • Concerto no 1 en sol mineur - Andante, de Haendel
  • Bambou d'Alain Chamfort, composée par Alain Chamfort, et écrite par Serge Gainsbourg
  • Jimmy et Cotonflower interprétées par Moriarty
  • Square 1234 interprétée par Alice Lewis
  • Can You interprétée par Rubin Steiner
  • Elevator Easy, instrumental
  • Plaine, ma plaine interprétée par les Chœurs de l'Armée rouge

Mon opinion sur ce film

Avec Gemma Bovery, Anne Fontaine a réalisé une sorte de tragicomédie qui, malgré sa fin aussi inattendue que dramatique, ne se prend pas au sérieux. Est-ce réussi ? Si on y retrouve l’ambiguïté dont elle a fait sa marque de fabrique, le film reste volontairement superficiel et léger. On peut aimer ou pas. Personnellement, même si j’ai apprécié le jeu inimitable et toujours jouissif de Fabrice Luchini, j’ai trouvé ce film très inférieur à Perfect mothers ou à Nettoyage à sec.  Gemma Arterton est parfaite. Outre les musiques, on doit aussi saluer la qualité de l'image due à Christophe Beaucarne.

mercredi 2 décembre 2015

L'HERMINE film dramatique de Christian Vincent (FR-2015)


L'Hermine est un film français écrit et réalisé par Christian Vincent (Les saveurs du Palais), sorti en 2015.

Résumé

L’action se passe dans un tribunal de province, à Saint-Omer (Pas-de-Calais), de nos jours.  Michel Racine (Fabrice Luchini) est un président de Cour d'assises redouté car, généralement, il condamne lourdement les coupables. Tout bascule le jour où, lors du procès d'un jeune couple qui est accusé d'avoir tué sa fillette, Racine retrouve Ditte (Sidse Babett Knudsen, une révélation) qui fait partie du jury. Six ans auparavant, il a aimé en secret cette femme, qui était son médecin anesthésiste lors d’une opération longue et douloureuse. C’est d’ailleurs sans doute le seul amour qu’il ait eu dans sa vie.

Autour du film

Le film a été tourné à l'automne 2014, notamment du 6 au 24 octobre dans la ville de Saint-Omer, que Christian Vincent avait déjà utilisée comme lieu de tournage pour un précédent film. 

Distinctions

Le film a été primé à la Mostra de Venise 2015 (Prix Osella pour le meilleur scénario pour Christian Vincent, Coupe Volpi pour la meilleure interprétation masculine pour Fabrice Luchini).

Mon opinion

Je suis allé voir ce film parce que j’avais adoré l’un de films précédents du même réalisateur, Les saveurs du Palais (2012) avec la géniale Catherine Frot. Par contre, ce qui me gênait un peu dans ce film, c’était qu’il reposait entièrement sur les épaules de Luchini que je trouve trop souvent insupportable bien qu’il ait su faire preuve de sobriété dans des films précédents (Dans la maison, Potiche, etc.) Ici, il incarne à la perfection un juge misanthrope particulièrement réussi mais il se fait chiper la vedette par une actrice très peu connue en France, Sidse Babett Knudsen. Elle est danoise et s’est surtout fait connaître par sa participation dans la série Borgen, une femme au pouvoir où elle joue le rôle du Premier Ministre. Elle est lumineuse et son jeu tout en douceur et en retenue, son élégance, m’ont rappelé des actrices que j’adore, comme Anouk Aimée ou Natascha MacElhone.

Quant au film lui-même, je l’ai trouvé un tantinet longuet et un peu indigeste car à vrai dire, il ne s'y passe pas grand chose : un procès filmé, avec des accusés mutiques enfermés dans leur mensonge, reste un procès filmé. Heureusement que la brillante prestation de Lucchini et de Sidse Babett Knudsen, ainsi que quelques traits d'humour, permettent de faire passer la pilule. Mais on est tout de même content de ne pas avoir à assister à un second procès ! 

mardi 17 mars 2015

DANS LA MAISON de François OZON (FR-2012)


Dans la maison est un film français réalisé par François Ozon sorti en 2012. Son sujet est librement adapté de la pièce du dramaturge espagnol Juan Mayorga, « Le Garçon du dernier rang » (El chico de la última fila). Avec Fabrice Luchini (M. Germain),  Kristin Scott Thomas (Jeanne Germain), Ernst Umhauer (Claude Garcia) et Jean-François Balmer (le proviseur).

Synopsis

Cette année-là, l'Education nationale a décidé, dans le lycée-pilote Gustave-Flaubert où le professeur Germain Germain (Fabrice Luchini) enseigne le français, d’imposer l'uniforme dans le but d'effacer les différences sociales. Germain se trouve face à des élèves de 2e peu intéressés par son enseignement et, de retour chez lui, il se désole de leur lamentable niveau devant sa femme Jeanne, directrice d'une galerie d'art moderne (Kristin Scott Thomas). Un seul élève sort de l'ordinaire mais en cours, il se tient curieusement en retrait, au dernier rang de la classe (d'où le titre espagnol de la pièce). Il s’agit de Claude Garcia (Ernst Umhauer).

Comme galop d’essai, le premier devoir que donne M. Germain à ses élèves a pour sujet : "Racontez votre week-end". Ce qu’il obtient en retour de la plupart des élèves est tellement désastreux que, parmi toutes les copies qu’il a à corriger, la seule qui mérite son intérêt est celle de Claude. Celui-ci raconte son week-end passé au domicile d'un de ses camarades, Rafa, avec un talent qui tranche sur le reste de la classe. Il y a cependant, dans le récit qu’il fait de ces quelques heures passées avec cette famille qui n’est pas la sienne, quelque chose qui s’apparente à du voyeurisme. Germain et sa femme,  à qui il fait lire la copie, sont à la fois gênés mais en même temps fascinés par ce récit qui se termine par l’énigmatique formule "à suivre".

Face à cet élève poli, doué et différent, Germain reprend goût à l'enseignement, mais la personnalité trouble du jeune homme va entraîner pour lui des conséquences qu’il n’aurait pas imaginées.
Issu d'une famille déshéritée (il vit seul avec son père handicapé, sa mère les ayant quittés), Claude s'est pris de fascination pour une famille qu’il qualifie lui-même dans ses écrits de "normale", celle de son camarade Raphaël (Rafa) Argol. Dès son premier texte, Claude évoque "le parfum de femme de la classe moyenne" qu'exhale Esther (Emmanuelle Seigner), la mère de Rafa. Au fil des épisodes, le jeune homme entre chaque fois un peu plus dans leur intimité, décrivant avec une lucidité confinant à la cruauté cette famille qui l’attire en même temps qu’elle le repousse.

Germain, qui aurait dû rester neutre et ne pas encourager son élève dans une voie que lui-même considère comme malsaine, devient, à travers le regard de l’élève, un voyeur et prend goût à ce jeu pervers et dangereux.

Comme il le fait dans Huit femmes, ou même dans Potiche, Ozon joue avec ses personnages, les plaçant à contre-emploi. Ici, celui qui tire les ficelles, ce n’est pas le professeur mais l’élève et encore celui-ci le fait-il avec une sorte de pureté troublante qui engage à le considérer plus comme une victime que comme un coupable, craignant même, plus on se rapproche de la fin, une issue fatale pour l'un ou l'autre des personnages. Comme dans Huit femmes, le film est construit comme un labyrinthe de miroirs : la vérité apparente des faits cache une situation beaucoup plus complexe qui met le spectateur mal à l’aise. On pense un moment que c’est l’introverti Claude qui est amoureux du sportif Rafa, alors que ce sera Rafa qui, au contraire, lui volera un baiser. Quant à Claude, il n’hésitera pas à faire des avances à Esther, un substitut de sa mère. L’intérêt que porte Germain à son élève est, au début du film sans ambiguïté, mais elle se transforme vite en une affection morbide qui fait croire à ses collègues et à sa hiérarchie qu’il entretient une relation amoureuse avec son élève, ce qui est manifestement faux.

Dans ce film, on retrouve l’ironie légère et la cruauté qu’Ozon avait déjà manifestées dans ses précédents films mais il le fait ici avec une maestria qui nous évoque les meilleurs réalisateurs de suspense comme le Polanski de  Ghost writer, ou le Woody Allen de Match Point (est-ce un hasard, mais on en doute, car les clins d’œil au cinéma sont généralement voulus, lorsque Germain et sa femme vont au cinéma, ils vont justement voir ce film-là), voire le Pasolini de Théorème (film auquel Germain fait lui-même allusion dans un de ses entretiens avec Claude).

Hormis la révélation que représente Ernst Umhauer, dont l'innocence apparente recouvre une trouble menace, sans toutefois atteindre la noirceur psychopathe d’un Michael Pitt dans Funny Games USA de Michael Haneke, le casting est impeccable : même si le couple Kristin Scott Thomas-Luchini est assez improbable (mais pas plus que ne l'était Luchini-Deneuve dans Potiche), la première est parfaite dans le rôle d’une élégante bourgeoise un peu froide ; quant à Luchini, dont je redoute toujours le cabotinage et les débordements, je dois dire que je l’ai encore plus apprécié dans ce rôle de prof que dans celui de directeur hystérique et dépassé d'une usine de parapluies. Il n’empêche que, comme dans les précédents films de François Ozon, les personnages ont tous quelque chose de vaguement monstrueux qui nous fascine, nous peine et nous fait rire à la fois. C’est le grand talent de ce réalisateur de parvenir à rassembler tous ces traits antinomiques en un seul film. 

Mon opinion

Je viens de voir ce film qui était reprogrammé dans le cadre du festival Télérama. Je m'étais éclaté avec Huit Femmes et Potiche. Ce dernier film m'a paru encore plus réussi. On y ressent la patte d'un vrai metteur en scène, sûr de ses plans et parfaitement écrit et joué.

En tant qu’ancien prof, j’y ai retrouvé certains des sentiments que j’ai pu éprouver dans l’exercice de ce difficile métier : la surprise et la joie que l’on éprouve à découvrir une personnalité qui sort de l’ordinaire, le désir de l’aider à mieux exprimer ce qu’il ressent et à se dégager du carcan… mais aussi la crainte d’établir une relation trop personnelle, sachant qu’elle risque d’être mal interprétée par l’entourage.

dimanche 8 février 2015

POTICHE comédie de François Ozon (FR-2010)


Potiche est une comédie française, adaptée d'une célèbre pièce de théâtre de boulevard, réalisée par François Ozon et sortie en novembre 2010. La pièce de théâtre, écrite par Barillet et Grédy, fut un énorme succès avec, en vedette, la regrettée et irrésistible Jacqueline Maillan.

Synopsis

Le film se déroule dans les années 70. Dans la petite ville imaginaire de Sainte-Gudule, censée se situer près de St. Amand-les-Eaux, dans le Nord-Pas de Calais, la famille Pujol-Michonneau détient la seule industrie de la ville, une usine de parapluie. Le patron Robert Pujol (Fabrice Luchini) a épousé l'héritière des établissements Michonneau, Suzanne (Catherine Deneuve). Ils ont eu deux enfants, Suzanne (Judith Godrèche), mariée, maman de deux jeunes garçons, et un fils, Laurent (Jérémie Rénier), étudiant.  

Lorsque le film commence, on voit Suzanne faire du jogging. Elle habite une somptueuse maison bourgeoise et occupe son temps en écrivant des poèmes, son mari la tenant à l’écart de ses affaires  et sa propre fille, Joëlle, la traitant même de "potiche" (d’où le titre).

Robert Pujol traite ses ouvriers comme il traite sa femme, les méprise et refusant toute avancée sociale, y compris l'aménagement de toilettes décentes pour son personnel. Un jour, alors qu'une altercation l'a opposé à un syndicaliste de son usine, sa secrétaire, Nadège (Karin Viard), qui est aussi sa maîtresse, déboule affolée chez madame Pujol pour lui annoncer que les ouvriers se sont mis en grève et séquestrent son mari.

D'abord désorientée, tiraillée entre les conseils contraires de sa fille, aussi réactionnaire que son père, qui veut faire intervenir les CRS, et son fils, qui lui conseille plutôt de composer, Suzanne décide d'aller demander son aide au député-maire communiste, Maurice Babin (Gérard Depardieu), avec qui elle a eu une aventure lorsqu'ils étaient jeunes et qui, malgré les années, est secrètement resté amoureux d'elle. Grâce à son intervention et la promesse de négocier avec les ouvriers, elle obtient que son mari soit libéré.

Lorsque Robert revient chez lui et apprend que sa femme a fait appel à Babin et promis de négocier avec les ouvriers, il entre dans une fureur noire et prend une crise cardiaque qui le conduit à l'hôpital.
Contrainte et forcée, Suzanne prend les choses en main, accepte une grande partie des revendications des salariés, et devient le véritable patron de l'usine, lui insufflant un souffle nouveau en faisant entrer son fils pour dessiner de nouveaux modèles de parapluies, plus dynamiques et plus colorés, et sa fille pour développer les ventes à l'export. Sa réussite est complète : non seulement elle se fait aimer des employés (y compris de la secrétaire !) mais relance l'entreprise qui était sur le déclin, avec, en prime, la satisfaction d’avoir prouvé à tout le monde (à commencer par elle-même) qu’elle était capable, mieux que son mari, de relever l’entreprise familiale.

Lorsque Robert revient guéri, il s'imagine qu'elle va gentiment lui rétrocéder son fauteuil qu’il a quitté, contraint et forcé, mais Suzanne refuse de redevenir la « potiche » de service. Robert, se lançant dans un odieux chantage dans lequel il entraîne le maire, provoque un vote du Conseil d'administration et regagne son poste de PDG grâce à la défection de sa fille.

Bien que sonnée, Suzanne ne se laisse pas abattre et décide de se lancer en politique contre le député-maire Maurice Babin, voulant lui faire payer sa trahison et, au grand dam de celui-ci et de son époux, elle gagne et devient députée. Elle fête sa victoire avec tous ceux qui l'on soutenue.

Mon opinion sur ce film

J'avais beaucoup aimé une précédente comédie de François Ozon, Huit femmes, dont je n'ai pas encore parlé dans ce blog. Pourtant, elles sont si rares les comédies françaises réussies, qui échappent à la vulgarité et qui font tout de même réfléchir car Potiche est tout cela : divertissante, certes, mais aussi pleine de références à la situation féminine, cantonnée au rôle de "potiche" pendant des siècles. Ce film n'est pas non plus dénué de références à notre époque. On ne peut s'empêcher de penser entre l'affrontement entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy pour la présidence de la République, aux attaques machistes et aux moqueries qu'elle a dû essuyer (y compris dans son propre camp) et, au regard des dernières critiques dont ont fait l'objet des ministres socialistes femmes à l'Assemblée nationale, se dire que le combat de Suzanne Pujol, les délocalisations, les malversations financières, les compromissions politiques sont toujours (et même plus que jamais !) d'actualité.

Bien entendu, ce film est, et reste, une comédie et il ne faut pas le prendre pour un pamphlet politique. Il ne changera pas les mœurs ni la ségrégation dont les femmes restent victimes dans ce pays qui est, soi-disant, la patrie de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Mais il y contribuera.

Un grand coup de chapeau à Catherine Deneuve qui est "la" star incontestée de ce film, même si les seconds rôles sont épatants aussi. Elle a accepté de s'enlaidir au début pour mieux rayonner ensuite et quelle belle leçon d'acteur quand, à la fin, elle entonne elle-même, sans doublage et sans fausses notes, la belle chanson écrite et interprétée par Jean Ferrat dans les années 60 : "C'est beau la vie".