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dimanche 20 octobre 2024

QUAND VIENT L'AUTOMNE film de François OZON (FR-2024)

Quand vient l'automne est un film français réalisé par François Ozon, sorti en 2024.

Résumé

Comme le titre à double-sens l’indique, nous sommes en automne (la saison) mais aussi l’automne de la vie de l’héroïne. Michelle (Hélène Vincent) est une retraitée qui a quitté Paris pour vivre dans la campagne bourguignonne où elle mène une vie tranquille, entre les visites quasi quotidiennes de sa copine Marie-Claude (Josiane Balasko), qu’elle accompagne régulièrement voit son fils Vincent (Pierre Lottin) en prison, son potager qu’elle néglige, et les balades en forêt. C’est lors d’une de ces balades qu’elle ramasse des champignons en prévision de l’arrivée de sa fille Valérie (Ludivine Sanier), venue lui amener pour les vacances son petit-fils Lucas (Garlan Erlos), qu’elle adore. L’arrivée de sa fille, ses rebuffades constantes envers sa mère, laissent bien à penser au spectateur qu’il existe un vieux contentieux entre la mère et la fille. En outre, Valérie en plein divorce, sans travail et aux abois financièrement est à fleur de peau. Cependant, rien ne laisse prévoir ce qui va se passer ensuite. Valérie est restée à la maison pendant que Michelle et Lucas sont allés se promener en forêt. A leur retour, les secours sont devant la maison de Michelle : Valérie a fait un malaise et doit être hospitalisée pour intoxication alimentaire. Les analyses montrent qu’il s’agit d’un empoisonnement dû aux champignons que Valérie est la seule à avoir consommés, ni Michelle (qui n’y avait pas touché suite aux critiques incessantes de sa fille), ni Lucas, qui n’aime pas ça, n’en ayant consommé. Valérie s’en sort mais sa réaction ne se fait pas attendre : elle repart aussitôt pour Paris en emmenant Lucas, accusant sa mère d’avoir voulu la tuer.

Michelle est effondrée. Elle tente de contacter sa fille en vain.

Marie-Claude soutient son amie tant qu’elle peut lui proposant les services de Vincent qui vient de sortir de prison et a besoin de prouver qu’il a un travail honnête. Michelle engage alors Vincent comme homme à tout faire : s’occuper du jardin, couper et ranger le bois, ranger la maison, ce qu’elle n’a plus la force de faire elle-même, ce dont Vincent s’acquitte à merveille.

Plusieurs mois s’écoulent sans nouvelles ni de Valérie ni de Lucas. Michelle décide alors de rendre visite à sa fille qui occupe son ancien appartement à Paris mais celle-ci l’éconduit et refuse de lui confier à nouveau Lucas.

Vincent, plein de reconnaissance pour Michelle, constate qu’elle s’enfonce un peu plus chaque jour dans la dépression et, sous le prétexte d’aller chercher du travail à Auxerre, il prend le train pour Paris et décide de rencontrer Valérie à qui il fait la leçon.

On ne saura jamais ce qu’il s’est vraiment passé entre eux mais, lorsque Vincent revient, un coup de téléphone apprend à Michelle que sa fille est morte, tombée du balcon de son appartement au 3ème étage.

La police conclut soit à un accident soit à un suicide, Valérie étant instable e fragilisée par son divorce.

Mais, au cours d’une discussion entre Marie-Claude et son fils, celui-ci lui avoue à demi-mot qu’il est le responsable de la chute de Valérie.

Lucas, qui a préféré rester en France avec sa grand-mère avec qui il s’entend bien, plutôt que de partir avec son père qui vit et travaille à Dubaï, intègre l’école du village et Vincent devient, en quelque sorte, son grand-frère, allant le chercher et le ramenant de l’école, jouant au foot avec lui. Michelle, reconnaissante pour ce qu’il fait pour Lucas, lui prête de quoi acheter le bar-tabac de ses rêves.

Michelle révèle à Lucas son passé : elle est une ancienne prostituée, ce qui est la source du rejet que Valérie avait pour elle.

Après que Valérie soit morte, sn fantôme lui apparaît plusieurs fois, lui reprochant d’être la cause de sa mort.

Lorsque Marie-Claude, qui n’a toujours rien dit sur la culpabilité supposée de Vincent dans la mort de Valérie, apprend que Michelle a prêté à Vincent l’argent nécessaire pour acheter le bar restaurant de ses rêves, elle fait un malaise. Emmenée d’urgence à l’hôpital, on découvre qu’elle a un cancer avancé et, sur son lit de mort, confie à Marie-Claude ses doutes sur la culpabilité de Vincent.

Mais Michelle, qui a très bien compris de quoi il s’agissait, ne change rien à la confiance qu’elle a mise en lui.

Plusieurs années après, Lucas adolescent (Paul Beaurepaire), revient pour des vacances de Paris où il fait des études d’histoire de l’art. Vincent vient l’accueillir à la gare. Au repas, Michelle lui annonce qu’elle lui lègue sa maison. Après le repas, ils se rendent pour une balade en forêt et  Michelle, peu avant de mourir, voit Valérie lui apparaître une dernière fois. Elle lui a pardonné.

Mon opinion

Je crois que je n'ai jamais été déçu par un seul des films de François Ozon, toujours très différents de l'un à l'autre. Pour moi, ses meilleurs resteront 8 femmes et Dans la maison et Frantz. J'ai beaucoup aimé Quand vient l’automne. On y retrouve tout ce qui fait, malgré leurs différences, la « patte » d’Ozon : les non-dits, l’ambiguïté sur laquelle il joue comme un chat avec une souris.   Tous les acteurs sont excellents. Outre Hélène Vincent et Josiane Balasko, parfaites, j'ai découvert Pierre Lottin, une force brute et mutique qui m'a fait penser aux meilleurs Depardieu (quand il était encore fréquentable). Quant au petit Garlan Erlos (Lucas), je l'ai trouvé vraiment excellent. Je regrette cependant ces rebondissements inutiles dont on se serait passés : le doute tardif de la fliquette qui revient interroger le petit Lucas sur une vidéo qui aurait pu incriminer Vincent, Le retour de Lucas à 18 ans. Ces développements, qui sont autant de longueurs inutiles, alourdissent un film qui aurait été parfait sans cela. 

jeudi 9 mars 2023

MON CRIME comédie de François OZON (FR-2023)

 

Mon crime est une comédie française réalisée par François Ozon, sortie en 2023. Il s'agit d'une adaptation de la pièce de théâtre du même nom de Georges Berr et Louis Verneuil présentée en 1934 au Théâtre des Variétés.

Présentation

Le film se déroule en 1934, à Paris. Madeleine Verdier (Nadia Tereszkiewicz), une actrice débutante sans emploi, partage une minable chambre de bonne avec son amie Pauline Mauléon (Rebecca Marder), une jeune avocate sans clients. Lorsque le film commence, leur propriétaire M. Pistole (Franck de Lapersonne), vient leur réclamer 3000 francs de loyer en retard et menace de les jeter dehors. Pauline lui dit que Madeleine attend un contrat et lui demande quelques jours de délai. Mais, lorsque Madeleine revient, elle est en larmes car le rôle que lui a proposé  Montferrand, le producteur (Jean-Christophe Bouvet ) est celui d’une soubrette à condition qu’elle couche avec lui et a tenté de la violer. Elle s’en est libérée en le mordant et s’est enfuie de sa somptueuse villa Art Nouveau de Neuilly en courant.

Peu après son retour, l’inspecteur Brun (Régis Laspalès) vient interroger les deux jeunes femmes car on a retrouvé Montferrand tué d’une balle en pleine tête et une forte somme d’argent disparue. La dernière à l’avoir vu vivant étant Madeleine, elle est convoquée par le juge Rabusset (Fabrice Luchini) qui l’inculpe, malgré les mises en garde de son greffier, M. Trapu (Olivier Broche) qui trouve que les charges sont minces.

Or, plutôt que de se défendre, les deux amies montent un plan machiavélique : tablant sur le fait que Madeleine était en état de légitime défense, Pauline se fait fort d’obtenir son acquittement, donnant du coup un retentissement médiatique à l’affaire qui leur permettra d’être reconnues, l’une comme actrice, l’autre comme avocate.

Le pari est risqué d’autant plus que le jury, entièrement composé d’hommes (les femmes ne furent jurés qu’à partir de 1944), emmené par le procureur général Maurice Vrai (Michel Fau), peut la condamner sévèrement. Mais Pauline lui a préparé une plaidoirie digne de l’actrice qu’elle est et Madeleine ressort libre sous les applaudissements de la foule.

Dès lors, les deux amies, s’appuyant sur la presse, en l’occurrence le jeune reporter Gilbert Raton (Félix Lefebvre), qui n’a d’yeux que pour elles, deviennent la coqueluche du Tout Paris, Madeleine comme actrice, Pauline comme avocate.

Mais c’était sans compter sur la véritable criminelle Odette Chaumette (Isabelle Huppert), une ex-actrice du cinéma muet qui voudrait revenir sur le devant de la scène et leur fait du chantage. Or personne, ni les deux amies, ni la justice, n’ont intérêt à ce que l’erreur judiciaire soit reconnue et, grâce à l’intermédiaire de Palmarède (Danny Boon), un homme d’affaire haut en couleurs, M. Bonnard (André Dussollier), patron des pneus Bonnard et père d’André (Edouard Sulpice), le fiancé de Madeleine, de payer les 300000 francs exigés par Odette pour qu’elle garde le silence sur sa culpabilité.

Mon opinion

Avec Mon crime, François Ozon revient aux comédies dans lesquels il excelle comme Huit femmes ou Potiche. Sous les aspects d’un vaudeville boulevardier, il aborde dans ce film un propos plus profond, faisant de ses actrices les véritables héroïnes d’une société outrageusement masculine qu’elles tournent en dérision. Comme dans Huit femmes, qui était à l’origine, comme Mon crime, une pièce de théâtre, Isabelle Huppert révèle dans l’excès des talents comiques qu’on aimerait plus souvent la voir déployer. Je suis sorti de la séance avec le sourire aux lèvres. 

vendredi 22 juillet 2022

UNE ROBE D'ETE Court métrage de François OZON (FR-1996)

 

Une robe d'été est un court-métrage de François Ozon sorti en 1996. Je l’ai vu, dans une version numérisée et restaurée avant la projection de Peter Von Kant, du même réalisateur.

Résumé

Frédéric (Frédéric Mangenot) et Sébastien (Sébastien Charles), deux copains gays, sont en vacances au bord de la mer. Après une dispute avec Frédéric, qui danse sur la chanson Bang Bang interprétée par Sheila, Frédéric saute sur son vélo et va se baigner. Comme la plage est déserte, il décide de se baigner nu. Il est en train de se faire sécher sur le sable lorsqu’une jeune femme espagnole du nom de Lucia (Lucia Sanchez) lui demande du feu et lui propose d’aller faire l’amour avec elle dans un bosquet en arrière de la plage. D’abord interloqué, Frédéric accepte. C’est la première fois qu’il couchera avec une femme. Lorsqu’il veut reprendre ses affaires et se rhabiller, tout a disparu et il est obligé d’accepter la proposition de la jeune femme : lui prêter sa robe pour lui permettre de revenir chez lui. Comme il n’a pas d’autre choix, il met la robe. Cela change complètement sa vision des choses et, lorsque Sébastien le voit ainsi habillé, il lui fait l’amour comme il l’aurait fait à une femme. Lorsque, le lendemain, Frédéric veut rendre sa robe à la jeune femme, elle lui dit de la garder comme un « cadeau d’émancipation ».

Mon opinion

Il n’y a rien de graveleux dans ce film où les protagonistes sont jeunes, beaux et purs. Les choses se font « comme ça », sans arrière-pensée. C’est frais et ça se laisse apprécier comme un sorbet acidulé dégusté sur un transat au bord de l’eau.  

Une robe d’été a reçu le Léopard d'or au Festival international du film de Locarno. Il a également été remarqué dans de nombreux festivals de court métrage : Dublin, Pantin, Grenoble, Genève ou Brest. 

jeudi 21 juillet 2022

PETER VON KANT de François OZON (FR-2022)

 


Peter von Kant est un film français écrit, produit et réalisé par François Ozon, sorti en 2022. Il s'agit de l'adaptation de la pièce de théâtre Les Larmes amères de Petra von Kant (Die bitteren Tränen der Petra von Kant) de Rainer Werner Fassbinder, déjà portée à l'écran dans un film sorti en 1972. Le film fait l'ouverture de la Berlinale 2022.

Résumé

Dans la pièce originale, l’héroïne était une femme, Petra von Kant, une créatrice de mode, veuve de son premier mari et divorcée du deuxième, qui vivait avec une styliste qu'elle maltraite. Petra s'éprend de Karin, une jeune femme d'origine modeste, interprétée par Hannah Schygulla, à qui elle promet une carrière de mannequin mais qui, une fois ses objectifs atteints, l’abandonne.

Pour cette transposition, Ozon s’est inspiré de la propre vie de Fassbinder, grand cinéaste et metteur en scène de théâtre allemand, décédé tragiquement en 1982 à l’âge de 37 ans. Peu avant sa mort, il travaillait à deux films, Querelle, d’après Jean Genet, et un film où Romy Schneider devait tenir le rôle principal. Mais le film n’a pu se faire à cause de la mort de la star qui précéda de douze jours celle de Fassbinder. Le film d’Ozon est bourré de clins d’œil à Fassbinder, notoirement homosexuel, avec rappels à Romy Schneider dont Isabelle Adjani (Sidonie) incarne en quelque sorte une troublante doublure, et surtout Hannah Schygulla, son actrice fétiche avec qui il avait tourné une 20e de films. Elle joue ici le rôle de la mère de Peter, Rosemarie.   

Dans les années 1970 à Cologne, Peter von Kant (Denis Ménochet) est un réalisateur célèbre d'une quarantaine d'années qui habite avec son assistant-secrétaire et homme à tout faire, Karl (Stefan Crepon), qui lui est totalement dévoué et qu’il traite avec mépris. Peter sort à peine d’une séparation lorsqu’il reçoit la visite de Sidonie (Isabelle Adjani), une actrice avec qui il a travaillé autrefois, qui se la joue grande star mais qui n’a plus de propositions et compte sur Peter pour relancer sa carrière. Lors de cette visite, elle est accompagnée d’Amir (Khalil Ben Gharbia), un heau jeune homme, dont Peter tombe instantanément amoureux et auquel il propose le rôle principal dans son prochain film. Mais l’idylle ne va pas durer. Une fois lancé, Amir se révèle être un intrigant sans scrupule qui le trompe allègrement. Après une violente dispute, Amir s’en va. Peter plonge alors dans une dépression profonde et noie son chagrin dans la drogue et l’alcool. Après un malaise dû à ses excès, et le départ de Karl qui se rebelle enfin contre son despotisme, il se retrouve seul, avec sa mère pour seul soutien.

Mon opinion

Je ne peux pas dire que j'ai été séduit par le dernier film de François Ozon dont, pourtant, j'ai aimé la plupart de la production, très différente, d'un film à l'autre (voir mes critiques précédentes : Huit femmes, Potiche, Dans la maison, Frantz, Grâce à dieu...) Même si je comprends son propos et ai trouvé remarquables tous les acteurs qui se trouvent piégés dans ce huis-clos malsain, je n'ai pas accroché avec ce qu'il est difficile de qualifier "drame" quelque chose qui relève plutôt, à mon sens, de la tragi-comédie ou de la parodie. Je ne connais pas bien l'oeuvre de Fassbinder et pas du tout la pièce de laquelle a été adapté ce film et je ne peux donc comparer les mérites des unes et de l'autre. Mais j'ai eu du mal a entrer dans ce film. J’ai retrouvé avec plaisir Khalil Ben Gharbia, que j’avais beaucoup aimé dans le personnage de Bilal dans la websérie Skam France. Quant à Isabelle Adjani, j’ai beaucoup admiré son fair-play dans un rôle où on sent qu’elle a pris plaisir à surjouer une star dont l’éclat s’est terni. Il faut être une grande actrice pour accepter de se dévaloriser ainsi.   

dimanche 10 mars 2019

GRACE A DIEU film de François OZON (FR-BE 2019)



Grâce à Dieu est un drame franco-belge réalisé par François Ozon, sorti en 2019. Œuvre de fiction inspirée de l'affaire Preynat, le film relate le combat judiciaire mené par des victimes d'abus sexuels sur mineurs dans le diocèse de Lyon.

Présentation

Alexandre Guérin[1] (Melvil Poupaud) habite Lyon. La quarantaine, il exerce la profession de cadre bancaire, est marié et père de cinq enfants. Sincèrement catholique, comme toute sa famille, il a confiance en l’Eglise. Mais un jour, après une conversation avec un camarade jadis scout comme lui, il se remémore les abus sexuels dont il fut victime, enfant, de la part d'un prêtre pédophile, le père Bernard Preynat (Bernard Verley). Alexandre décide alors de dénoncer les agissements du prêtre auprès de Monseigneur Barbarin (François Marthouret), archevêque de Lyon. Dans un premier temps, il est mis en contact avec la psychologue de l'archevêché, Régine Maire (Martine Erhel). Après plusieurs mois et de nombreux courriels, le cardinal Philippe Barbarin le reçoit enfin : il se dit horrifié par ce qu’il apprend et lui annonce qu’il va prendre des mesures immédiates contre le prêtre fautif. Mais Alexandre découvre que, malgré l'alerte de plusieurs parents, l'Église était au courant depuis longtemps des agissements du prêtre et qu’elle n’a jamais rien fait pour l’empêcher de continuer à nuire. Au cours d’une confrontation, provoquée par Régine Maire entre Alexandre et Preynat, celui-ci, qui pourtant reconnaît ses actes, se refuse à demander pardon à sa victime. Lassé des tergiversations de l’Eglise, et constatant que le père Preynat exerce toujours ses fonctions au contact des enfants, Alexandre décide de porter plainte contre lui tout en sachant que, dans son cas, les faits sont prescrits.

Le capitaine Courteau (Frédéric Pierrot), qui reçoit sa déposition, ne lui cache pas qu’il s’attaque à forte partie. C’est pourquoi, il se met en quête d’autres victimes pour lesquelles les faits ne seraient pas prescrits. C'est ainsi qu'il rencontre François Debord (Denis Ménochet) dont la première réaction est de refuser de parler jusqu’à ce que sa mère lui montre le volumineux dossier prouvant qu’elle avait alerté l’Eglise sur l’attitude de Preynat envers son fils. Horrifié par ce qu’il découvre, il décide de témoigner devant les médias et crée, à cette fin, l'association La Parole libérée. De nombreuses autres victimes le rejoignent, dont le chirurgien Gilles Perret (Eric Caravaca) et Emmanuel Thomassin (Swann Arlaud). Mais, si Alexandre, François et Gilles ont réussi à se reconstruire et surmonter leur passé, ce n’est pas le cas d’Emmanuel, qui garde de lourdes séquelles psychologiques et physiques de son enfance. Il est néanmoins soutenu par Irène, sa mère (Josiane Balasko) qui acceptera même bénévolement de tenir le standard de l’association.

Soumis à une pression grandissante et pressé d'agir par Régine Maire, le cardinal Barbarin organise une conférence de presse. Mais, devant les journalistes, il laissera échapper cette terrible phrase :
« Grâce à Dieu, les faits sont prescrits » qui sert de titre au film.

L'association obtient la mise en examen du père Preynat, qui reconnaît les faits. Les plaignants espèrent que leur action interpellera la hiérarchie catholique.

Le film est sorti avant la condamnation, le 7 mars 2019, de Monseigneur Barbarin pour non-dénonciation d’abus sexuels à 6 mois de prison avec sursis, qui, malgré son indulgence, représente une grande victoire pour les victimes. Mais la plus grande victoire est sans doute qu’il a, dans la foulée, présenté sa démission au pape. Cependant, curieusement, le père Preynat, principal responsable des violences sexuelles, n’a pas encore été jugé bien qu’il ait toujours reconnu les faits qu’on lui reprochait.

Autour du film

Le film a été tourné en secret, sous le faux-titre « Alexandre ». Les scènes d'intérieur dans les églises ont été tournées en Belgique et au Luxembourg, pas en France.

 Avant sa sortie en salle prévue le 20 février 2019, le réalisateur François Ozon a été assigné par deux fois en référé, la défense ayant essayé d’en obtenir, sinon l’interdiction, du moins le report et le retrait de la bande sonore des noms de Régine Maire et Bernard Preynat en raison de la protection de la vie privée pour la première et de la présomption d'innocence pour le second. François Ozon se défend d'avoir établi un portrait à charge contre Régine Maire[2] et estime que son film « n’invente ni ne dit rien qui n’ait déjà été porté à la connaissance du public par la presse, les livres ou les documentaires consacrés déjà à cette affaire ». Le 18 février 2019, le tribunal de grande instance de Paris se prononce pour la sortie du film à la date initialement prévue, en relevant que le procès de Bernard Preynat n’est ni fixé ni prévu à une date proche et qu'un report « pourrait à l’évidence conduire, compte tenu des divers recours possibles, à ne permettre la sortie du film que dans plusieurs années » dans des conditions qui « porteraient atteinte à la liberté d’expression et de création » et « créeraient des conditions d’exploitation économiques insupportables ». Par ailleurs, le recours de Régine Maire, qui souhaitait que son nom soit retiré du film, est rejeté par le tribunal de grande instance de Lyon mardi 19 février 2019.

Récompenses

Le film, présenté en avant-première à la Berlinale 2019, y a été récompensé par l’Ours d’argent du Grand prix du Jury.

Mon opinion

Aucun des films que j’ai vus de François Ozon ne m’a jamais déçu. J’ai trouvé ce dernier très réussi : il s’apparente plus à un documentaire qu’à une fiction présentant des faits sans pathos et sans interprétations, laissant le spectateur juger lui-même de la gravité de ce qu’il voit. La distribution est parfaite : un grand coup de chapeau aux acteurs et plus particulièrement à ceux qui interprètent les rôles les plus négatifs, ceux du prêtre pédophile et celui du cardinal Barbarin.  



[1] Les noms des protagonistes ont été conservés mais ceux des victimes ont été modifiés.
[2] Et, en effet, après avoir vu le film, je peux témoigner que c’est le cas. Au contraire, R. Maire est présentée comme quelqu’un qui a toujours eu, depuis le début de l’affaire, une attitude impartiale, ayant tout fait pour convaincre le cardinal Barbarin de sanctionner le prêtre.  

lundi 10 octobre 2016

FRANTZ de François OZON (FR-2016)


Frantz est un film dramatique germano-français écrit et réalisé par François Ozon, sorti en 2016. Il est librement inspiré d'une pièce de Maurice Rostand, L'homme que j'ai tué, qui a elle-même été reprise dans le scénario du film américain L'Homme que j'ai tué (Broken Lullaby, 1932) de Ernst Lubitsch. Il est officiellement en compétition pour le prix Lion d'or à la Mostra de Venise 2016.

Résumé

Peu de temps après la fin de la Première Guerre mondiale, Anna (Paula Beer) se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz, tué sur le front. Un jour, elle voit un jeune homme qui vient y déposer des fleurs. Il s’agit d’Adrien Rivoire (Pierre Niney), un soldat français, venu pour rencontrer les parents de Frantz… Le père de Frantz, le Dr. Hoffmeister refuse dans un premier temps de le recevoir. Mais son épouse, Magda, la mère de Frantz, le reçoit avec gentillesse. Adrien leur dit qu’il avait connu Frantz, lorsque celui-ci était venu à Paris avant la guerre et leur raconte ce qu’ils veulent entendre. En fait, Adrien avait connu brièvement Frantz dans des circonstances douloureuses qui seront dévoilées au cours du film et, s’il est venu rencontrer ses parents et son ex-fiancée, c’est parce qu'il détient un lourd secret qu'il s'est promis de leur révéler.

Mon opinion sur ce film


Avec ce film, on est très loin de l'ambiance déjantée de Huit femmes ou de Potiche et beaucoup plus du film jusque là le plus sombre d'Ozon, Dans la maison

Le film, en grande partie en noir et blanc et en allemand, nous raconte une histoire terrible qui est celle d’une amitié par-delà la mort. Très belle prestation de Pierre Niney, dans le rôle d’Adrien et de Paula Beer, dans celui d’Anna. En la voyant, je n’ai pu m’empêcher de penser à Romy Schneider dans La passante du sans-souci. Elle est très belle, très digne. Dommage que la fin du film soit trop longue d’un pénible quart d’heure qui s’éternise. Dommage, car, sans cette fin ratée, le film aurait été, sinon un chef d’œuvre, du moins un grand film.

A voir aussi, du même réalisateur :






mardi 17 mars 2015

DANS LA MAISON de François OZON (FR-2012)


Dans la maison est un film français réalisé par François Ozon sorti en 2012. Son sujet est librement adapté de la pièce du dramaturge espagnol Juan Mayorga, « Le Garçon du dernier rang » (El chico de la última fila). Avec Fabrice Luchini (M. Germain),  Kristin Scott Thomas (Jeanne Germain), Ernst Umhauer (Claude Garcia) et Jean-François Balmer (le proviseur).

Synopsis

Cette année-là, l'Education nationale a décidé, dans le lycée-pilote Gustave-Flaubert où le professeur Germain Germain (Fabrice Luchini) enseigne le français, d’imposer l'uniforme dans le but d'effacer les différences sociales. Germain se trouve face à des élèves de 2e peu intéressés par son enseignement et, de retour chez lui, il se désole de leur lamentable niveau devant sa femme Jeanne, directrice d'une galerie d'art moderne (Kristin Scott Thomas). Un seul élève sort de l'ordinaire mais en cours, il se tient curieusement en retrait, au dernier rang de la classe (d'où le titre espagnol de la pièce). Il s’agit de Claude Garcia (Ernst Umhauer).

Comme galop d’essai, le premier devoir que donne M. Germain à ses élèves a pour sujet : "Racontez votre week-end". Ce qu’il obtient en retour de la plupart des élèves est tellement désastreux que, parmi toutes les copies qu’il a à corriger, la seule qui mérite son intérêt est celle de Claude. Celui-ci raconte son week-end passé au domicile d'un de ses camarades, Rafa, avec un talent qui tranche sur le reste de la classe. Il y a cependant, dans le récit qu’il fait de ces quelques heures passées avec cette famille qui n’est pas la sienne, quelque chose qui s’apparente à du voyeurisme. Germain et sa femme,  à qui il fait lire la copie, sont à la fois gênés mais en même temps fascinés par ce récit qui se termine par l’énigmatique formule "à suivre".

Face à cet élève poli, doué et différent, Germain reprend goût à l'enseignement, mais la personnalité trouble du jeune homme va entraîner pour lui des conséquences qu’il n’aurait pas imaginées.
Issu d'une famille déshéritée (il vit seul avec son père handicapé, sa mère les ayant quittés), Claude s'est pris de fascination pour une famille qu’il qualifie lui-même dans ses écrits de "normale", celle de son camarade Raphaël (Rafa) Argol. Dès son premier texte, Claude évoque "le parfum de femme de la classe moyenne" qu'exhale Esther (Emmanuelle Seigner), la mère de Rafa. Au fil des épisodes, le jeune homme entre chaque fois un peu plus dans leur intimité, décrivant avec une lucidité confinant à la cruauté cette famille qui l’attire en même temps qu’elle le repousse.

Germain, qui aurait dû rester neutre et ne pas encourager son élève dans une voie que lui-même considère comme malsaine, devient, à travers le regard de l’élève, un voyeur et prend goût à ce jeu pervers et dangereux.

Comme il le fait dans Huit femmes, ou même dans Potiche, Ozon joue avec ses personnages, les plaçant à contre-emploi. Ici, celui qui tire les ficelles, ce n’est pas le professeur mais l’élève et encore celui-ci le fait-il avec une sorte de pureté troublante qui engage à le considérer plus comme une victime que comme un coupable, craignant même, plus on se rapproche de la fin, une issue fatale pour l'un ou l'autre des personnages. Comme dans Huit femmes, le film est construit comme un labyrinthe de miroirs : la vérité apparente des faits cache une situation beaucoup plus complexe qui met le spectateur mal à l’aise. On pense un moment que c’est l’introverti Claude qui est amoureux du sportif Rafa, alors que ce sera Rafa qui, au contraire, lui volera un baiser. Quant à Claude, il n’hésitera pas à faire des avances à Esther, un substitut de sa mère. L’intérêt que porte Germain à son élève est, au début du film sans ambiguïté, mais elle se transforme vite en une affection morbide qui fait croire à ses collègues et à sa hiérarchie qu’il entretient une relation amoureuse avec son élève, ce qui est manifestement faux.

Dans ce film, on retrouve l’ironie légère et la cruauté qu’Ozon avait déjà manifestées dans ses précédents films mais il le fait ici avec une maestria qui nous évoque les meilleurs réalisateurs de suspense comme le Polanski de  Ghost writer, ou le Woody Allen de Match Point (est-ce un hasard, mais on en doute, car les clins d’œil au cinéma sont généralement voulus, lorsque Germain et sa femme vont au cinéma, ils vont justement voir ce film-là), voire le Pasolini de Théorème (film auquel Germain fait lui-même allusion dans un de ses entretiens avec Claude).

Hormis la révélation que représente Ernst Umhauer, dont l'innocence apparente recouvre une trouble menace, sans toutefois atteindre la noirceur psychopathe d’un Michael Pitt dans Funny Games USA de Michael Haneke, le casting est impeccable : même si le couple Kristin Scott Thomas-Luchini est assez improbable (mais pas plus que ne l'était Luchini-Deneuve dans Potiche), la première est parfaite dans le rôle d’une élégante bourgeoise un peu froide ; quant à Luchini, dont je redoute toujours le cabotinage et les débordements, je dois dire que je l’ai encore plus apprécié dans ce rôle de prof que dans celui de directeur hystérique et dépassé d'une usine de parapluies. Il n’empêche que, comme dans les précédents films de François Ozon, les personnages ont tous quelque chose de vaguement monstrueux qui nous fascine, nous peine et nous fait rire à la fois. C’est le grand talent de ce réalisateur de parvenir à rassembler tous ces traits antinomiques en un seul film. 

Mon opinion

Je viens de voir ce film qui était reprogrammé dans le cadre du festival Télérama. Je m'étais éclaté avec Huit Femmes et Potiche. Ce dernier film m'a paru encore plus réussi. On y ressent la patte d'un vrai metteur en scène, sûr de ses plans et parfaitement écrit et joué.

En tant qu’ancien prof, j’y ai retrouvé certains des sentiments que j’ai pu éprouver dans l’exercice de ce difficile métier : la surprise et la joie que l’on éprouve à découvrir une personnalité qui sort de l’ordinaire, le désir de l’aider à mieux exprimer ce qu’il ressent et à se dégager du carcan… mais aussi la crainte d’établir une relation trop personnelle, sachant qu’elle risque d’être mal interprétée par l’entourage.

lundi 9 février 2015

HUIT FEMMES comédie de François Ozon (FR-2002)



Huit femmes est une comédie française adaptée d'une pièce de théâtre par François Ozon et sortie en 2002.

Synopsis

Unité de temps, unité de lieu. Tout se passe dans une grande maison isolée en Bretagne coupée de tout par la neige.

L'action se passe dans les années 50 peu avant Noël. Le maître de maison, Marcel, est trouvé mort dans son lit assassiné d'un poignard dans le dos. Dans la maison, huit femmes aux personnalités très différentes se supportent, s'envoient des vannes, rient et pleurent ensemble, forment des clans, se disputent (ah, la fabuleuse scène de "crêpage de chignon" entre Isabelle Hupert et Catherine Deneuve !)

Il y a donc :

- Mamy (Danielle Darrieux), handicapée en fauteuil roulant, belle-mère de la victime, avare et alcoolique.
- Gaby (Catherine Deneuve), femme de la victime, grande bourgeoise amoureuse de l'argent plus que de son mari ou de son (ses) amant(s) ;
- Suzon (Virgine Ledoyen) : belle-fille aînée de la victime. Elle apprend qu'elle n'est pas la fille biologique de Marcel. Heureusement car, enceinte, elle a eu des rapports (incestueux) avec son père. C'est elle qui mènera l'enquête tout au long du film jusqu'à ce que son secret soit révélé.
- Catherine (Ludivine Sagnier) : Fille cadette de la victime. Insolente et paresseuse, son père, qui l'adore, lui a toujours tout passé. Elle affiche des opinions féministes. Obsédée par ses lectures policières, elle mettra en scène le "meurtre" de son père pour obliger les femmes de la famille à révéler leurs secrets. Ce faisant, elle le poussera au suicide.
- Pierrette (Fanny Ardant) : Sœur du défunt qu'elle faisait chanter. Ancienne danseuse nue aux mœurs légères, elle ne s'encombre pas de scrupules.
- Madame Chanel (Firmine Richard) : belle femme noire à la forte personnalité, elle loge dans le pavillon de chasse situé dans le parc. Elle a été la nourrice de Suzon et de Catherine et continue à être la gouvernante et la cuisinière de la maison. Elle est au courant de beaucoup (sinon de tous) les secrets des uns et des autres. Elle a elle-même un lourd secret : homosexuelle, elle a des relations secrètes avec Pierrette lorsque celle-ci vient rendre visite à son frère pour lui soutirer de l'argent et elle en est jalouse.
- Louise (Emmanuelle Béart) : parfaite sainte Nitouche, elle est la femme de chambre de Madame (Gaby) à qui elle est totalement dévouée alors qu'elle couche avec son mari depuis 5 ans et partage avec Pierrette les faveurs de tous les notables du coin.
- Augustine (Isabelle Huppert) : Sœur de Gaby et donc belle-sœur de la victime. Le réalisateur ne l'a pas ratée en vieille fille aigrie, langue de vipère, vierge,  et dont le rêve secret serait de coucher avec son beau-frère. Elle lit des romans à l'eau de rose.
- Marcel (Dominique Lamure) : Tout le film tourne autour de lui mais on ne l'aperçoit qu'à la fin. On pourrait le prendre en pitié tant il est, aux deux sens du terme, la "victime" de toutes ces (ses) femmes. Ruiné par l'amant de sa femme et bafoué par toutes les autres qui ont tramé autour de lui toutes sortes de plans machiavéliques, soit pour en faire leur amant, soit pour profiter de lui (soit les deux !), il n'en est pas pour autant sympathique et on ne pleure pas son sort. Avec l'aide de Catherine, sa fille cadette, il a mis en scène sa propre mort pour obliger "ses" femmes à révéler leur secret. Mais, le piège se retourne contre lui car, devant la vérité, il craque et se donne la mort.
Ajoutons que, sans être à proprement parler un film musical, le film est ponctué de parties chantées et dansées, interprétées par les artistes elles-mêmes, ce qui peut surprendre, comme toujours dans ce genre d'intrusion de la musique dans un film, mais ajoute au comique et à la performance. 

Mon opinion sur ce film    

Le film commence comme un thriller à la Hitchcock mais se transforme très vite en un vaudeville puis en une irrésistible comédie de mœurs. Je l’avais vu au cinéma lors de sa sortie et, fait rare, je m'étais toujours promis de me le racheter en DVD tant il m'avait plu. Je l'ai revu depuis à la télé toujours avec autant de jubilation. Jubilation pour le sujet mais aussi pour la mise en scène et les performances d'acteurs (je devrais dire d'actrices puisque ce film ne comporte que des actrices, à part la furtive apparition de "l'homme", à la fin du film). Toutes sont extraordinaires, chacune dans leur genre mais, je crois, la prestation que j'ai le plus apprécié est celle d'Isabelle Huppert, que je fuis généralement comme la peste, tout en reconnaissant que c'est une grande actrice. Là, dans un rôle comique, elle explose littéralement et on regrette vraiment qu’elle n’ait pas fait plus de rôles drôles dans sa carrière car elle y est vraiment épatante. Mais toutes ont leur place (et la tiennent bien) dans le film, que ce soit Danielle Darrieux, toujours aussi formidable, Catherine Deneuve, Fanny Ardant. J'ai particulièrement aimé aussi Firmine Richard, une actrice généreuse,  que l'on aimerait voir plus souvent dans des rôles principaux.
Ce film a beaucoup de points communs avec Potiche (les deux affiches se ressemblent d'ailleurs beaucoup), c'est pourquoi, après avoir vu ce dernier, j'ai eu envie de parler de Huit femmes. Les deux sont adaptés d'une pièce de boulevard mais leur adaptation au cinéma a gommé tout ce qu'il peut y avoir de pénible dans le théâtre de ce genre : jeu exagéré, criailleries sans fin, actions entremêlées à outrance, etc. Huit femmes garde l'unité de temps et de lieu qui s'impose sur un théâtre, ce qui n'est pas tout-à-fait le cas de Potiche mais c'est à peu près tout : les personnages y sont beaucoup plus complexes qu'au théâtre et l'on découvre peu à peu que les salauds ne sont pas forcément ceux qu'on croit. Jouissif et déjanté.

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dimanche 8 février 2015

POTICHE comédie de François Ozon (FR-2010)


Potiche est une comédie française, adaptée d'une célèbre pièce de théâtre de boulevard, réalisée par François Ozon et sortie en novembre 2010. La pièce de théâtre, écrite par Barillet et Grédy, fut un énorme succès avec, en vedette, la regrettée et irrésistible Jacqueline Maillan.

Synopsis

Le film se déroule dans les années 70. Dans la petite ville imaginaire de Sainte-Gudule, censée se situer près de St. Amand-les-Eaux, dans le Nord-Pas de Calais, la famille Pujol-Michonneau détient la seule industrie de la ville, une usine de parapluie. Le patron Robert Pujol (Fabrice Luchini) a épousé l'héritière des établissements Michonneau, Suzanne (Catherine Deneuve). Ils ont eu deux enfants, Suzanne (Judith Godrèche), mariée, maman de deux jeunes garçons, et un fils, Laurent (Jérémie Rénier), étudiant.  

Lorsque le film commence, on voit Suzanne faire du jogging. Elle habite une somptueuse maison bourgeoise et occupe son temps en écrivant des poèmes, son mari la tenant à l’écart de ses affaires  et sa propre fille, Joëlle, la traitant même de "potiche" (d’où le titre).

Robert Pujol traite ses ouvriers comme il traite sa femme, les méprise et refusant toute avancée sociale, y compris l'aménagement de toilettes décentes pour son personnel. Un jour, alors qu'une altercation l'a opposé à un syndicaliste de son usine, sa secrétaire, Nadège (Karin Viard), qui est aussi sa maîtresse, déboule affolée chez madame Pujol pour lui annoncer que les ouvriers se sont mis en grève et séquestrent son mari.

D'abord désorientée, tiraillée entre les conseils contraires de sa fille, aussi réactionnaire que son père, qui veut faire intervenir les CRS, et son fils, qui lui conseille plutôt de composer, Suzanne décide d'aller demander son aide au député-maire communiste, Maurice Babin (Gérard Depardieu), avec qui elle a eu une aventure lorsqu'ils étaient jeunes et qui, malgré les années, est secrètement resté amoureux d'elle. Grâce à son intervention et la promesse de négocier avec les ouvriers, elle obtient que son mari soit libéré.

Lorsque Robert revient chez lui et apprend que sa femme a fait appel à Babin et promis de négocier avec les ouvriers, il entre dans une fureur noire et prend une crise cardiaque qui le conduit à l'hôpital.
Contrainte et forcée, Suzanne prend les choses en main, accepte une grande partie des revendications des salariés, et devient le véritable patron de l'usine, lui insufflant un souffle nouveau en faisant entrer son fils pour dessiner de nouveaux modèles de parapluies, plus dynamiques et plus colorés, et sa fille pour développer les ventes à l'export. Sa réussite est complète : non seulement elle se fait aimer des employés (y compris de la secrétaire !) mais relance l'entreprise qui était sur le déclin, avec, en prime, la satisfaction d’avoir prouvé à tout le monde (à commencer par elle-même) qu’elle était capable, mieux que son mari, de relever l’entreprise familiale.

Lorsque Robert revient guéri, il s'imagine qu'elle va gentiment lui rétrocéder son fauteuil qu’il a quitté, contraint et forcé, mais Suzanne refuse de redevenir la « potiche » de service. Robert, se lançant dans un odieux chantage dans lequel il entraîne le maire, provoque un vote du Conseil d'administration et regagne son poste de PDG grâce à la défection de sa fille.

Bien que sonnée, Suzanne ne se laisse pas abattre et décide de se lancer en politique contre le député-maire Maurice Babin, voulant lui faire payer sa trahison et, au grand dam de celui-ci et de son époux, elle gagne et devient députée. Elle fête sa victoire avec tous ceux qui l'on soutenue.

Mon opinion sur ce film

J'avais beaucoup aimé une précédente comédie de François Ozon, Huit femmes, dont je n'ai pas encore parlé dans ce blog. Pourtant, elles sont si rares les comédies françaises réussies, qui échappent à la vulgarité et qui font tout de même réfléchir car Potiche est tout cela : divertissante, certes, mais aussi pleine de références à la situation féminine, cantonnée au rôle de "potiche" pendant des siècles. Ce film n'est pas non plus dénué de références à notre époque. On ne peut s'empêcher de penser entre l'affrontement entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy pour la présidence de la République, aux attaques machistes et aux moqueries qu'elle a dû essuyer (y compris dans son propre camp) et, au regard des dernières critiques dont ont fait l'objet des ministres socialistes femmes à l'Assemblée nationale, se dire que le combat de Suzanne Pujol, les délocalisations, les malversations financières, les compromissions politiques sont toujours (et même plus que jamais !) d'actualité.

Bien entendu, ce film est, et reste, une comédie et il ne faut pas le prendre pour un pamphlet politique. Il ne changera pas les mœurs ni la ségrégation dont les femmes restent victimes dans ce pays qui est, soi-disant, la patrie de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Mais il y contribuera.

Un grand coup de chapeau à Catherine Deneuve qui est "la" star incontestée de ce film, même si les seconds rôles sont épatants aussi. Elle a accepté de s'enlaidir au début pour mieux rayonner ensuite et quelle belle leçon d'acteur quand, à la fin, elle entonne elle-même, sans doublage et sans fausses notes, la belle chanson écrite et interprétée par Jean Ferrat dans les années 60 : "C'est beau la vie".