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jeudi 9 janvier 2020

LES ENGAGES Web-série dramatique (FR 2017-2020)



Les Engagés est une web-série française créée et écrite par Sullivan Le Postec. La première saison avait été co-réalisée par Jules Thénier et Maxime Potherat, la deuxième par Slimane-Baptiste Berhoun. Une 3ème saison, seulement composée de 3 épisodes, a été mise en ligne en novembre 2021.
La série est coproduite par Astharté & Compagnie et France Télévisions Nouvelles Écritures, et diffusée à l’origine sur la plateforme Studio 4 à partir du 17 mai 2017. 

Les 3 saisons sont visionnables en ligne et gratuitement sur France.TV

Présentation

Les Engagés se situe dans le milieu gay et LGBT lyonnais et, à travers la vie quotidienne de ses personnages, immerge le spectateur dans le quotidien de militants de la cause LGBT au travers du « Point G », une association fictive des droits des homosexuels, dont les bureaux-lieu de rencontre sont situés à la Croix Rousse (Lyon).

Les personnages

  • Hicham Alaoui (Mehdi Meskar) : Au début, Hicham qui vit encore chez ses parents, leur cache son attirance pour les garçons mais n’est jamais passé à l’acte. N’en pouvant plus de cette situation, il décide soudain de partir pour Lyon à la rencontre de Thibaut qui avait essayé de l’embrasser des années plus tôt et qu’il n’a pas revu depuis. Hicham se retrouve bientôt au cœur des luttes politiques du Point G, en même temps qu’il cherche à assumer son homosexualité…
  • Thibaut Giaccherini (Éric Pucheu) : Thibault a 28 ans et est libraire. Charismatique et charmeur, Il s’est imposé comme l’un des piliers de l’association, même s’il refuse de franchir un dernier cap et d'en briguer la présidence. Personne ne sait rien de sa vie d’avant et des raisons qui l’ont poussé vers le militantisme. Sa routine est perturbée par Hicham, qui va le mettre face à ses contradictions et le forcer à avancer…
  •  Elijah Vandewalle (Adrián de la Vega) : Elijah apparaît en saison 2, lorsque son regard croise celui d’Hicham dans un bar LGBT de Lyon.
  •  Claude Favre (Denis D’Arcangelo) : soixante-huitard nostalgique, pas revenu de ses rêves de jeunesse, Claude est un mentor pour Thibaut. Farouchement anti-normatif, il n’hésite pas à jouer la « folle » en se travestissant ce qui choque beaucoup Hicham lors de leur première rencontre. En réalité, sous des dehors extravertis, Claude est un être déchiré par son passé.
  •  Nadjet Alaoui (Nanou Harry) est la sœur aînée d’Hicham. Elle souffre de voir son frère disparaître soudainement alors qu’elle pensait avoir une relation de confiance avec lui. Elle est déterminée à le retrouver et finit par le rejoindre à Lyon…
  • Murielle Leko (Claudine Charreyre) : elle est la rédactrice en chef d’une revue féministe militante et dirige le groupe lesbien du Point G, qui se réunit pour des soirées non-mixtes tous les mercredis soirs.
  • Bastien Lijepo (Claudius Pan) : ce jeune gay a été victime d’une violente agression homophobe quelques mois plus tôt. Le Point G prend sa défense afin que son agression soit considérée comme homophobe.
  • Laurent Roussel (Romain Orgerau) : Il est avocat et membre du bureau du Point G. Il défend une vision consensuelle de la place des homosexuels dans la société, ce qui excède des militants, comme Thibaut, qui sont beaucoup plus intransigeants.
  • Amaury Mercœur (Franck Fargier) : Directeur de cabinet de Fabrice Pasturel, le maire du 2e arrondissement de Lyon, il cache son homosexualité mais finira par rejoindre la cause militante.
  •  Mickaël et Liao (Pierre Cachia et François-Xavier Phan) : ce couple gay fait partie des piliers du Point G, où ils sont venus la première fois pour que l’association les aide à obtenir la régularisation de Liao. Ils sont de fidèles soutiens de Thibaut et Claude.
  • Paul (Pascal Gilbert) : président du Point G au début de la série, il a été élu par défaut, parce que personne ne voulait du poste. Il est complètement dépassé par ses responsabilités, ce qui facilite la tâche de Laurent quand il s’agit de le manipuler.
  • Rose (Anaïs Fabre) : Rose, sympathisante de la cause homosexuelle, tient une chaîne numérique sur laquelle elle relate l’actualité culturelle et militante de la ville.
  • Kenza (Malika Azgag) : Tunisienne réfugiée en France car menacée dans son pays pour avoir créé l'association Noor à la suite de la révolution de 2011, elle risque d’être extradée; 
  • Virginie Tellier (Clémentine Verdier) : maire de gauche du premier arrondissement de Lyon, elle cherche sa place depuis que la Mairie centrale a rejoint la majorité présidentielle. Politique avant tout, elle soutenir la cause homosexuelle du bout des dents.
Mon opinion

On serait tenté de rapprocher cette série des séries anglaises et américaines Queer as folk (version britannique : 1999-2000 ; version américaine : 2000-2005) -  actuellement visible gratuitement en streaming sur la plateforme d'Artedont j’avais vu, à l’époque, quelques épisodes. Mais ces séries racontaient le quotidien de gays et non celles de militants de la cause homosexuelle. Elles étaient en outre, comme d’ailleurs la série britannique Skins, assez crues, aussi bien dans leurs propos que dans leurs images, ce qui n’est pas le cas des Engagés, beaucoup plus sage que ses voisines anglo-saxonnes. Le propos est aussi différent puisqu’il n’élude pas les questions de société, de religion et de politique.   

dimanche 10 mars 2019

GRACE A DIEU film de François OZON (FR-BE 2019)



Grâce à Dieu est un drame franco-belge réalisé par François Ozon, sorti en 2019. Œuvre de fiction inspirée de l'affaire Preynat, le film relate le combat judiciaire mené par des victimes d'abus sexuels sur mineurs dans le diocèse de Lyon.

Présentation

Alexandre Guérin[1] (Melvil Poupaud) habite Lyon. La quarantaine, il exerce la profession de cadre bancaire, est marié et père de cinq enfants. Sincèrement catholique, comme toute sa famille, il a confiance en l’Eglise. Mais un jour, après une conversation avec un camarade jadis scout comme lui, il se remémore les abus sexuels dont il fut victime, enfant, de la part d'un prêtre pédophile, le père Bernard Preynat (Bernard Verley). Alexandre décide alors de dénoncer les agissements du prêtre auprès de Monseigneur Barbarin (François Marthouret), archevêque de Lyon. Dans un premier temps, il est mis en contact avec la psychologue de l'archevêché, Régine Maire (Martine Erhel). Après plusieurs mois et de nombreux courriels, le cardinal Philippe Barbarin le reçoit enfin : il se dit horrifié par ce qu’il apprend et lui annonce qu’il va prendre des mesures immédiates contre le prêtre fautif. Mais Alexandre découvre que, malgré l'alerte de plusieurs parents, l'Église était au courant depuis longtemps des agissements du prêtre et qu’elle n’a jamais rien fait pour l’empêcher de continuer à nuire. Au cours d’une confrontation, provoquée par Régine Maire entre Alexandre et Preynat, celui-ci, qui pourtant reconnaît ses actes, se refuse à demander pardon à sa victime. Lassé des tergiversations de l’Eglise, et constatant que le père Preynat exerce toujours ses fonctions au contact des enfants, Alexandre décide de porter plainte contre lui tout en sachant que, dans son cas, les faits sont prescrits.

Le capitaine Courteau (Frédéric Pierrot), qui reçoit sa déposition, ne lui cache pas qu’il s’attaque à forte partie. C’est pourquoi, il se met en quête d’autres victimes pour lesquelles les faits ne seraient pas prescrits. C'est ainsi qu'il rencontre François Debord (Denis Ménochet) dont la première réaction est de refuser de parler jusqu’à ce que sa mère lui montre le volumineux dossier prouvant qu’elle avait alerté l’Eglise sur l’attitude de Preynat envers son fils. Horrifié par ce qu’il découvre, il décide de témoigner devant les médias et crée, à cette fin, l'association La Parole libérée. De nombreuses autres victimes le rejoignent, dont le chirurgien Gilles Perret (Eric Caravaca) et Emmanuel Thomassin (Swann Arlaud). Mais, si Alexandre, François et Gilles ont réussi à se reconstruire et surmonter leur passé, ce n’est pas le cas d’Emmanuel, qui garde de lourdes séquelles psychologiques et physiques de son enfance. Il est néanmoins soutenu par Irène, sa mère (Josiane Balasko) qui acceptera même bénévolement de tenir le standard de l’association.

Soumis à une pression grandissante et pressé d'agir par Régine Maire, le cardinal Barbarin organise une conférence de presse. Mais, devant les journalistes, il laissera échapper cette terrible phrase :
« Grâce à Dieu, les faits sont prescrits » qui sert de titre au film.

L'association obtient la mise en examen du père Preynat, qui reconnaît les faits. Les plaignants espèrent que leur action interpellera la hiérarchie catholique.

Le film est sorti avant la condamnation, le 7 mars 2019, de Monseigneur Barbarin pour non-dénonciation d’abus sexuels à 6 mois de prison avec sursis, qui, malgré son indulgence, représente une grande victoire pour les victimes. Mais la plus grande victoire est sans doute qu’il a, dans la foulée, présenté sa démission au pape. Cependant, curieusement, le père Preynat, principal responsable des violences sexuelles, n’a pas encore été jugé bien qu’il ait toujours reconnu les faits qu’on lui reprochait.

Autour du film

Le film a été tourné en secret, sous le faux-titre « Alexandre ». Les scènes d'intérieur dans les églises ont été tournées en Belgique et au Luxembourg, pas en France.

 Avant sa sortie en salle prévue le 20 février 2019, le réalisateur François Ozon a été assigné par deux fois en référé, la défense ayant essayé d’en obtenir, sinon l’interdiction, du moins le report et le retrait de la bande sonore des noms de Régine Maire et Bernard Preynat en raison de la protection de la vie privée pour la première et de la présomption d'innocence pour le second. François Ozon se défend d'avoir établi un portrait à charge contre Régine Maire[2] et estime que son film « n’invente ni ne dit rien qui n’ait déjà été porté à la connaissance du public par la presse, les livres ou les documentaires consacrés déjà à cette affaire ». Le 18 février 2019, le tribunal de grande instance de Paris se prononce pour la sortie du film à la date initialement prévue, en relevant que le procès de Bernard Preynat n’est ni fixé ni prévu à une date proche et qu'un report « pourrait à l’évidence conduire, compte tenu des divers recours possibles, à ne permettre la sortie du film que dans plusieurs années » dans des conditions qui « porteraient atteinte à la liberté d’expression et de création » et « créeraient des conditions d’exploitation économiques insupportables ». Par ailleurs, le recours de Régine Maire, qui souhaitait que son nom soit retiré du film, est rejeté par le tribunal de grande instance de Lyon mardi 19 février 2019.

Récompenses

Le film, présenté en avant-première à la Berlinale 2019, y a été récompensé par l’Ours d’argent du Grand prix du Jury.

Mon opinion

Aucun des films que j’ai vus de François Ozon ne m’a jamais déçu. J’ai trouvé ce dernier très réussi : il s’apparente plus à un documentaire qu’à une fiction présentant des faits sans pathos et sans interprétations, laissant le spectateur juger lui-même de la gravité de ce qu’il voit. La distribution est parfaite : un grand coup de chapeau aux acteurs et plus particulièrement à ceux qui interprètent les rôles les plus négatifs, ceux du prêtre pédophile et celui du cardinal Barbarin.  



[1] Les noms des protagonistes ont été conservés mais ceux des victimes ont été modifiés.
[2] Et, en effet, après avoir vu le film, je peux témoigner que c’est le cas. Au contraire, R. Maire est présentée comme quelqu’un qui a toujours eu, depuis le début de l’affaire, une attitude impartiale, ayant tout fait pour convaincre le cardinal Barbarin de sanctionner le prêtre.