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dimanche 11 septembre 2022

LA OU CHANTENT LES ECREVISSES Drame d'Olivia NEWMAN (USA-2022)

 


Là où chantent les écrevisses est un film dramatique américain réalisé par Olivia Newman et sorti en 2022. Il s’agit de l’adaptation du roman du même nom de Delia Owens paru en 2018 aux Etats-Unis.

Résumé

Le film se déroule dans les années 50-60 en Caroline du Nord. On retrouve le corps d’un jeune homme au pied d’une tour d’observation située au milieu des marécages à l’écart d’une petite ville de Caroline du Nord. Bien qu’on ne sache pas s’il s’agit d’un accident, d’un suicide ou d’un meurtre, la rumeur accuse immédiatement Kya Clark (Daisy Edgar-Jones), que tout le monde surnomme « la fille des marais », du meurtre.

Le film nous montre ensuite l’enfance difficile de Kya (Jojo Regina puis Leslie France) dont le père (Garret Dillahunt), violent avec toute sa famille, est resté seul avec elle après le départ consécutif de sa femme, Ma (Ahna O'Reilly), puis des autres membres de la famille. Un jour, lui aussi disparaît mystérieusement et, vers l’âge de 9 ou 10 ans, Kya se retrouve seule. Elle se débrouille pour survivre avec ce qu’elle a appris de son père : elle pêche des moules dans le marais et va les vendre les moules à la petite épicerie locale tenue par un couple de noirs, Jumpin (Sterling Macer Jr) et Mabel (Charlene ‘Michael’ Hyatt). En tant que noirs, eux aussi sont stigmatisés et ils l’aident de leur mieux. Une seule autre personne montre à la fillette un peu de compassion, Tom Milton (David Strathaim), un avocat à la retraite. Il l’encourage à aller à l’école mais, moquée par les autres enfants, elle s’enfuit et n’y remet jamais les pieds.

Son enfance se déroule ainsi dans la solitude, au milieu de la nature et des animaux. Un jour, cependant, alors qu’elle entre dans l’adolescence, elle rencontre un garçon de son âge, Tate Walker (Taylor John Smith), un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Plus tard, ils tombent amoureux mais il la respecte. Comme elle a acquis une grande connaissance des milieux qui l’entourent et qu’elle dessine bien, elle reproduit, dans des cahiers, tout ce qu’elle voit autour d’elle : plantes, oiseaux, coquillages. Tate, admiratif, l’encourage à publier son travail et, avant de partir pour l’université, il lui donne une liste d’éditeurs à contacter tout en lui promettant de revenir la voir à l’occasion de la fête de l’Indépendance : depuis la plage où ils se sont aimés, ils regarderont ensemble le feu d’artifice.

Au jour dit, Mya, qui s’était fait une joie de ce rendez-vous, doit déchanter : Tate n’est pas venu et ne lui a donné aucune nouvelle.

Un autre garçon lui fait la cour, Chase Andrews (Harris Dickinson). Il est le fils de riches commerçants. Dépitée par la trahison de Tate, elle qui souffert de tant d’abandons, elle finit par accepter ses avances.

Entre temps, un des éditeurs qu’elle avait contactés accepte de la publier et son livre est un succès.   

A quelque temps de là, Chase lui apprend froidement qu’il est fiancé à une autre, ce qui ne l’empêche pas de poursuivre Mya de ses assiduités et, lorsqu’elle se refuse à lui, Chase devient violent.

C’est sur ces entrefaites que Tate revient de l’université. D’abord, elle est furieuse et refuse de le voir et de lui pardonner. Mais, alors que Chase continue à l’importuner, il est retrouvé mort à peu de distance de chez elle.

Les premiers éléments de l'enquête policière à charge mènent sur la piste de la « Fille des Marais » qui est défendue dans son procès par Tom Milton, l’avocat qui l’avait encouragée à aller à l’école. Mais il lui est difficile de la défendre car Mya reste mutique et refuse toute explication sur ce qui s’est passé face à un jury qui l’a déjà condamnée.

Heureusement Milton a des arguments solides : Mya était à une séance de dédicaces lorsque Chase est mort et il finit, in extremis, par convaincre le jury de l’innocence de Mya.

On ne saura jamais ce qui s’est passé mais on suppose, à quelques détails (le bonnet rouge) que c’est Tate qui, pour défendre Mya, a tué Chase.  

Autour du film

L’auteur, Delia Owens, est une spécialiste reconnue de la faune africaine qui, à 73 ans, après avoir publié plusieurs ouvrages de zoologie, a écrit ce premier roman policier, devenu un best-seller, qui fait une large part à la nature.

Le film a été produit par l’actrice Reese Witherspoon qui a été séduite par le roman.

Mya, la « fille des marais » à l’âge adulte, est incarnée par Daisy Edgar-Jones, qui incarnait Marianne, l’héroïne de Normal people.   

Le film, censé se dérouler en Caroline du Nord a été tourné en Louisiane.

La chanson du générique Carolina, a été composée et interprétée par Taylor Swift et la bande son par  Mychael Danna, le compositeur de la musique de l’Odyssée de Pi.  

La très belle photographie du film est due à Poly Morgan.  

Mon opinion

Ne cherchez pas les écrevisses du titre car ce crustacé ne chante pas. C’est une allégorie de la solitude magnifiée par la nature dans laquelle (sur)vit Mya. Ce film est superbe par la beauté de ses images, pour sa musique, pour ses personnages, pour la finesse de ses sentiments. Dans une actualité cinématographique bien peu intéressante, ce film mérite d’être vu sur grand écran.

 

jeudi 29 novembre 2018

BABY DRIVER Film d'E. Wright (GB-USA 2017)



Baby Driver est un film d’action britannico-américain écrit et réalisé par Edgar Wright, sortie en 2017.

Présentation

Baby (Ansel Elgort), jeune orphelin particulier, se retrouve forcé à collaborer avec un chef de gang de braqueurs à Atlanta.

Suite à un accident de voiture qui a tué ses parents, le jeune Baby a développé une sorte d’autisme et combat ses acouphènes en écoutant en permanence de la musique. IL a comme tuteur un vieil homme noir en fauteuil roulant avec qui il communique par signes mais dont il s’occupe avec affection.

A cause d’une dette qu’il a contractée avec le chef mafieux Doc (Kevin Spacey), il s’en acquitte en lui servant de chauffeur lors des casses qu’il fomente avec des malfrats violents et dangereux.

Un jour, il rencontre une gentille serveuse, Debora (Lily James) et les deux jeunes gens tombent amoureux. Il se dit alors qu'il peut changer de vie et quitter la criminalité. Mais Doc, son « employeur », n'apprécie pas ce changement…

Mon opinion sur ce film

Je voulais voir ce film lors de sa sortie en salles (juillet 2017) plus pour Ansel Elgort que j’avais trouvé excellent dans Nos étoiles contraires puis dans Divergente 1-2 et 3 plus que pour le contenu du film, une histoire de braquages sanglants, ce qui n’est généralement pas ma tasse de thé. Mais je dois reconnaître que ce film, mené tambour battant sur fond de musiques décoiffantes ne m’a pas déplu. Tout le film repose sur le personnage de Baby, jeune sympathique, bien propre sur lui, qui ne demanderait pas mieux qu’on lui fiche la paix, mais qui est embringué dans des histoires de casse qui ne le concernent pas. Pour une fois, même si je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce film, je me suis laissé embarquer par le rythme survitaminé du film, servi par un humour décalé assez inattendu (et bienvenu). Un bon film d’action qui se laisse regarder avec un Ansel Elgort au top !


samedi 28 octobre 2017

GOTHAM Série TV (USA 2014-...)


Gotham est une série télévisée américaine créée par Bruno Heller, diffusée depuis le 22 septembre 2014 sur le réseau Fox aux États-Unis. En France, la série a été diffusée à partir du 23 septembre 2014 en version originale sous-titrée français sur le service de vidéo à la demande MYTF VOD puis à partir du 3 février 2016 en version française sur TMC. La série a été diffusée sur TF1 à partir du 4 octobre 2017.

Résumé

La série est basée sur les personnages des comics créés par Bob Kane et Bill Finger et se centre plus spécifiquement sur ceux de James Gordon et du jeune Bruce Wayne. 

Gotham commence par l’assassinat, sous les yeux d’une enfant des rues débrouillarde, Cat, de son vrai nom Selina Kyle (Camren Bicondova), de Thomas et de Martha Wayne alors qu’ils sortent du cinéma avec leur fils Bruce (David Mazouz). L'inspecteur James Gordon (Ben McKenzie), un jeune militaire idéaliste récemment muté dans la police de la ville, intervient sur les lieux aux côtés de son collègue, l’inspecteur Harvey Bullock (Donal Logue), un vieux policier blasé et corrompu. James Gordon jure à Bruce de retrouver le coupable du crime de ses parents. Il ignore que cet assassinat va déclencher une guerre entre les deux parrains qui se partagent Gotham, Carmine Falcone et Salvatore Maroni, guerre dont compte bien tirer profit Fish Mooney (Jada Pinkett Smith), une tenancière de bar mafieux sans scrupules.  Quant à Oswald Cobblepot, dit le Pingouin (Robin Lord Taylor), c’est un dangereux psychopathe qui en veut à tout le monde et s’allie avec qui lui permettra de se venger de ceux qui l’ont méprisé.

Mon opinion sur cette série

Accroché par les 1ers épisodes vus à la télé, j'ai fini par commander la 1ère saison en DVD. Avec cette série, on est plus près des films noirs que des blockbusters à effets spéciaux (du moins pour l'instant). L'accent est surtout mis sur la psychologie complexe des personnages en se focalisant en particulier sur deux d'entre eux, l'inspecteur James Gordon, ex-militaire, intègre et idéaliste, pris au piège de l'univers corrompu de Gotham, et de son partenaire Harvey Bullock, flic désabusé et alcoolique qui, à son contact, va reprendre goût à son métier de flic. On assiste aussi à l'amitié naissante qui le lie au jeune Bruce Wayne à James Gordon qui lui a juré de retrouver l'assassin de ses parents. La série, très sombre, est bien menée et, à ce point de développement de l'histoire, je la trouve en tout point parfaite.   

lundi 22 février 2016

ENTRE VENTS ET MAREES téléfilm policier de Josée Dayan (FR-2014)


Entre vents et marées est un téléfilm policier français réalisé par Josée Dayan, diffusé en deux parties une 1ère fois en décembre 2014 et rediffusé le 12 février 2016 sur France 3. Il a été principalement tourné en février et mars 2014, en Bretagne.

Résumé

Partie 1 : Christian de Kersaint-Gilly est abattu de deux balles dans la poitrine dans le parc de son château quasiment en ruine, en Bretagne. Dépêchée sur les lieux du drame, le capitaine Marleau (Corinne Masiero) en vient à soupçonner l'épouse du défunt, Joséphine de Kersaint-Gilly (Nicole Garcia). En effet, Christian venait de céder une partie de leur propriété à deux hommes ambitieux : Étienne Quemener et son douteux associé, Vincent Salmon (Stanislas Merhar). Tous deux ont le projet de transformer le petit port traditionnel de pêcheurs, hautement pittoresque, en une marina de luxe. Cet endroit ultra-moderne est censé attirer une clientèle triée sur le volet, pour en faire un lieu de villégiature à la mode.

Partie 2 : Étienne Quemener et Vincent Salmon ne convoitent pas seulement le domaine de Kersaint-Gilly. Les deux sinistres personnages s'intéressent aussi au hangar où Cécile Prigent (Muriel Robin), la sœur d'Étienne et mère de deux adolescents, son fils Yann (Maxence Perrin) et sa fille, Gwen, abrite son chalutier. En dépit du déséquilibre des forces, Cécile est prête à se battre coûte que coûte pour sauver le port et résister au projet de marina. Elle peut compter sur l’aide de son fils, Yann, qui partage son amour de la mer, mais pas sur sa fille Gwen, qui veut devenir architecte et rejoint le camp de son oncle Etienne Quemener et de son ambitieuse épouse, par ailleurs maire de la ville. Malheureusement pour elle, Gwen cède aux avances du diabolique Vincent Salmon et, après qu'elle ait découvert qu'il travaillait pour des mafieux, ce dernier la tue. Cécile Prigent comprend alors que l’enjeu est beaucoup plus important qu’elle ne le pensait et que les commanditaires de l’affaire sont puissants et ne reculeront devant rien pour arriver à leurs fins. De son côté, Joséphine, ruinée par l'addiction au jeu de son mari décédé, doit se résoudre à céder aux manipulations crapuleuses de Vincent Salmon et signer l'acte de vente du domaine.

Mon opinion sur ce téléfilm

Je ne suis généralement pas un grand fan de Josée Dayan bien que j’aie apprécié son adaptation du Comte de Monte-Cristo (1998) et Cet amour-là, son film consacré aux derniers jours de Marguerite Duras (avec une Jeanne Moreau plus vraie que nature dans la peau de l'écrivain).

Lorsque j’ai commencé à regarder ce téléfilm policier, j’ai surtout été séduit par la beauté des images, tout le tournage s’étant effectué en décors naturels en Bretagne, principalement à Belle-Ile en Mer et dans le sud Finistère.

La distribution (Nicole Garcia, Muriel Robin, mais surtout Stanislas Merhar et un jeune acteur du nom deMaxence Perrin) m’a aussi déterminé à regarder ce film.


Cette fois, la réalisatrice n’est pas en cause mais plutôt le scénario (de Philippe Besson et Daniel Tonachella) : confus, incohérent, bavard – à condition d’entendre les dialogues murmurés, comme à son habitude par Nicole Garcia – on est vite perdu dans les relations familiales compliquées de cette famille d’Atrides. Quant à Stanislas Merhar qui, malgré ses presque 45 ans, a toujours des airs de jeune homme louche et son regard inquiétant, on le comprend à peine mieux que Nicole Garcia. Muriel Robin, par contre, m’a bluffé. Elle est bien meilleure actrice dramatique que comique. Mention spéciale aussi à Corinne Masiéro, qui, malgré ses allures de SDF et ses blagues pourries cache une intelligence d'experte du FBI. Et enfin, je voudrais décerner un satisfecit particulier à un jeune acteur talentueux, déjà remarqué précédemment dans un excellent téléfilm que je n’ai pas encore chroniqué, Un fils (2014), Maxence Perrin, qui joue le rôle de Yann, le fils de Muriel Robin. Il est le fils de Jacques Perrin. On l’avait découvert, inoubliable, dans le rôle du petit Pépinot des Choristes (2004). Il a, depuis, relativement peu tourné (Faubourg 36, en 2008 et trois téléfilms, dont Un fils et cette dernière prestation), mais, à chaque fois, on le remarque car il joue de manière naturelle et intense. J’espère pour lui qu’il fera une belle carrière.       

mercredi 8 octobre 2014

PIERROT-LE-FOU de Jean-Luc Godard (FR-1965)


Pierrot-le-fou est un film de Jean-Luc Godard tourné en 1965,  avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina dans les rôles titres. A l’origine, ceux-ci devaient être tenus par Michel Piccoli et Sylvie Vartan, mais cette dernière refusa de jouer le rôle de Marianne. Aussi, Godard se tourna-t-il vers un autre duo : celui formé par Belmondo et Anna Karina, son ex-épouse, avec laquelle ce sera son 6ème film.

Le film est librement inspiré d'un roman policier de Lionel White, dont le titre original est, en anglais, « Obsession » et le titre français  « Le démon d'onze heures ».

 Synopsis

Le thème du film est celui de l’amour et de la mort. Ferdinand Griffon (Jean-Paul Belmondo) mène une vie sans histoire au côté de sa femme Maria (Graziella Galvani) et de ses enfants. Il vient de perdre son emploi à la télévision et, en rentrant d’une soirée ratée chez ses beaux-parents, il tombe sur Marianne (Anna Karina), une de ses anciennes petites-amies, venue comme baby-sitter pour garder ses enfants. Sur un coup de tête, il décide alors de laisser tomber sa famille et sa vie routinière pour s'enfuir avec elle vers dans le Midi. Le road-movie sera un périple sanglant où se mêleront trafic d'armes, complots politiques, rencontres incongrues, mais aussi des pauses bucoliques et pleines de poésie et de déchirements amoureux.

Le film, tourné en 1965, anticipait la profonde remise en question de la société de consommation et des valeurs conservatrices d'après-guerre, le droit au bonheur et à l’amour sans entraves, le refus de travailler pour gagner sa vie tout en profitant de ce que la société d’abondance apportait, revendications qui culmineront quelques années plus tard, avec la vague de mai 1968 qui fit trembler les bases de toute la société européenne.

La cavale des amants maudits commence à Paris et elle se poursuit en descendant vers Avignon (pont de Bonpas), les rives de la Durance, et l’île de Porquerolles dans le Var. Les références à la peinture, la littérature et la bande dessinée sont nombreuses - et on reconnaît aussi nombre de slogans publicitaires de l'époque dans les dialogues.

Le film et la couleur : Bien avant Diva de Jean-Jacques Beineix (1981) ou Subway de Luc Besson (1985), Godard a inauguré, avec Pierrot-le-Fou, une utilisation révolutionnaire de la couleur (en particulier les couleurs rouge et bleu), présentes partout, dans les décors et les accessoires (objets divers, drapeau bleu-blanc-rouge, enseigne de cinéma apparaissant insérées entre deux scènes, visages peints des personnages, etc.) mais aussi, ce qui est plus rare et totalement atypique, surtout à l’époque, en utilisant des filtres colorés pour certaines scènes. Pour revoir cela, il faudra attendre le génial Bagdad Cafe de Percy Adlon (1987) ou, encore plus tard, Pleasantville de Gary Ross (1998). Pour son film,  Godard s’est aussi inspiré de la vie et de l’œuvre du peintre contemporain Nicolas de Staël qui, on le sait, a terminé tragiquement sa vie en se jetant du haut de son atelier à Antibes.

Tout n'est pas dû à Godard dans ce film. Il doit aussi beaucoup à son chef opérateur, Raoul Coutard. Celui-ci, après avoir fait ses armes comme grand-reporter en Indochine devint plus tard "chef-op" de Pierre Schoendoerffer avant de devenir celui de Godard (avec qui il avait déjà collaboré sur A bout de souffle). Coutard collabora ensuite avec Truffaut où l'on retrouve sa marque dans le violent contraste entre le noir et le blanc qui traverse un autre film culte du cinéma français : La mariée était en noir avec Jeanne Moreau. Le suicide de Pierrot-le-Fou, avec des   bâtons de dynamite violemment colorés, rappellerait celui de Nicolas de Staël, tué par son délire de lumière et de couleurs.

Le film et la musique : La musique joue aussi un rôle majeur dans Pierrot-le-Fou : les acteurs principaux y interprètent sans doublage deux chansons, écrites par Serge Rezvani : « Jamais je ne t'ai dit que je t'aimerais toujours, ô mon amour » et « Ma ligne de chance ». C’est Anna Karina qui, lors d’une interview, confia que son ex-mari qu’elle adorait tellement « Le tourbillon de la vie», l’inoubliable chanson interprétée par Jeanne Moreau dans Jules et Jim de Truffaut, qu’il décida, lors de la phase de repérage du film, d’aller demander au compositeur d’écrire pour lui. Il se présenta un jour chez Rezvani à 7 H du matin et repartit avec les deux chansons que l’on entend dans le film. Il est curieux que Rezvani (alias Cyrus Bassiak) ne soit pas crédité au générique du film. Connaissant la précision pointilleuse du travail de Godard, on peut penser que cet « oubli » lui fut dicté par des raisons qui n’appartiennent qu’à lui et dont il ne s’est jamais expliqué.

Le film et la poésie : Outre la couleur et la musique, le film fait aussi une large place à la littérature, principalement à la poésie, avec de nombreuses références à Rimbaud (bien qu’il ne soit jamais nommé), constamment présent à travers des citations d’«Une saison en enfer», « L'amour est à réinventer », « La vraie vie est ailleurs », etc., ainsi que la citation finale. Arthur Rimbaud apparaît aussi dans un portrait en noir et blanc orné de voyelles de couleurs, allusion au fameux «Sonnet des voyelles» du poète. La vie d'errance du poète, qui le conduisit Arabie et en Ethiopie où il fit toutes sortes de trafics pour survivre, et sa mort en paria, sont aussi pris comme référence. Comme autre référence inattendue, on doit citer Louis-Ferdinand Céline,  en particulier à travers deux de ses romans «Guignol's Band» et « Le Pont de Londres». Peut-être faut-il voir aussi dans le prénom du héros, Ferdinand, une allusion à Céline, et à son épopée mortifère, une sorte de «Voyage au bout de la nuit»...

Ecriture du scénario : Jean-Luc Godard a lui-même fait courir le bruit que le scénario de ce film s’était écrit au fur et à mesure du tournage. En réalité, il y pensait depuis longtemps et, s’il se livra bien, au cours du tournage, à différents changements ou improvisations, ce fut toujours en suivant une ligne directrice très précise, comme c’est d’ailleurs le cas dans tous ses films.

Accueil du film : Lors de sa sortie en salles, « Pierrot-le-fou », comme d’autres films de Godard, fut accueilli par de nombreuses protestations de bien-pensants pour « atteinte à la morale ». Il fut même interdit aux moins de dix-huit ans pour "anarchisme intellectuel et moral". Comment pouvait-il en être autrement à une époque où la bourgeoisie bien-pensante n'autorisait aucune liberté, et où la jeunesse étouffait sous les interdits ? Si les idées de 68 étaient en germe, elles ne devaient éclater que trois ans plus tard, surprenant  une société enkystée dans la routine et bouleversant les mœurs d'une manière irréversible. C’est ce qui explique certainement pourquoi le film ne fut pas distingué en France mais qu’il concourut (sans l’obtenir) pour le Lion d’Or à la Mostra de Venise.  

A mon sens, avec A bout de souffle, Pierrot-le-fou est le film le plus achevé de Godard et il restera un exemple pour le cinéma universel, en particulier pour son exceptionnelle utilisation de la couleur et la liberté de son ton. Tout le talent de Jean-Paul Belmondo, qui avait été révélé cinq ans plus tôt justement par A bout de souffle y explose littéralement. Quant à Anna Karina, elle  y est sublime et on ne peut désormais imaginer une autre actrice jouant ce rôle. 

vendredi 25 avril 2014

FRANTIC de Roman Polanski (USA-FR 1988)


Frantic est un thriller franco-américain réalisé par RomanPolanski, sorti en 1988, avec Emmanuelle Seigner et Harrison Ford.

Synopsis

À l'occasion d'un congrès international de médecine, un cardiologue  américain, le docteur Walker (Harrison Ford) et sa femme Sondra reviennent à Paris, lieu de leur voyage de noces. A l’hôtel, lorsque Sondra veut ouvrir sa valise, elle se rend compte que ce n’est pas la sienne et qu’elle a dû être échangée lors de la réception des bagages à l’aéroport. Peu après, lorsque Richard sort de la douche, il s’aperçoit que sa femme n’est plus dans la chambre. Il pense qu’elle est descendue à la réception ou qu’elle est sortie faire des courses mais, au bout d'un moment, ne la voyant pas revenir, il s’inquiète et se décide à prévenir la police. Celle-ci prend les choses à la légère et ne fait aucun effort pour lui venir en aide. Aussi, de plus en plus inquiet, va-t-il lui-même mener sa propre enquête : dans un bar, un témoin lui dit qu’il a vu sa femme être poussée de force dans une voiture. Peu après, il trouve son bracelet dans une ruelle. Il contacte alors l’ambassade américaine tout aussi peu efficace que la police française. Son enquête le conduit à un appartement où il découvre un cadavre et fait la connaissance de Michelle (Emmanuelle Seigner), une prostituée qui revient de New York et est la responsable involontaire de l’échange des valises. Elle a accepté de servir de passeur contre une forte somme d’argent,  mais ne sait pas ce qu’elle a transporté. En réalité, ce que recherchent les truands, des tueurs sans scrupules, est une statuette de la statue de la liberté dans laquelle a été enfermée un détonateur électronique destiné aux engins atomiques. Walker et elle sont contraints de collaborer, lui pour sauver sa femme, elle pour récupérer l’argent qui lui est dû.

La fin du film est tragique puisque, lors de l’échange final, Michelle se sacrifiera pour sauver la femme de Walker.

Musique

La musique joue un grand rôle pour camper l'atmosphère du film : tout au long revient, comme un leitmotiv, la voix envoûtante de Grace Jones interprétant la chanson "I've Seen That Face Before (Libertango)" dont les paroles, lancinantes, font planer une menace indistincte. 

Mon opinion sur ce film

J’ai vu ce film que je ne connaissais pas lors d’une rediffusion à la télévision. Le scénario est assez banal et rappelle un autre film que j'aime beaucoup, Diva, de Jean-Jacques Beinex. Dès les premières images, on reconnaît la patte de Polanski. C’est un peu aussi ce que l’on ressent dès le début de The Ghost writer, cette impression de malaise non défini qui plane sur les personnages, impression qui ne cesse de s'alourdir au fur et à mesure que le film se déroule.


Emmanuelle Seigner, dont c’était le quatrième film, n’avait cependant que 19 ans et peu d’expérience du cinéma lorsqu'elle a interprété le rôle de Michelle. Elle le fait avec une fraîcheur et une authenticité dignes d'une actrice confirmée et crève littéralement l’écran dans le rôle de cette jeune prostituée têtue qui sait à la fois être fragile et forte. En réalité, même si la star du film est Harrison Ford, on ne voit qu’elle et l’on comprend dès le début que la victime, ce n’est pas l’épouse, mais que ce sera elle. 

Le film n'est pas un chef d'oeuvre. Il vaut cependant d'être vu pour son ambiance et la remarquable prestation d'Emmanuelle Seigner.