Affichage des articles dont le libellé est drame social. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est drame social. Afficher tous les articles

lundi 20 mai 2019

MOI, DANIEL BLAKE drame de Ken LOACH (GB-FR 2016°



Moi, Daniel Blake (I, Daniel Blake) est un film franco-britannique réalisé par Ken Loach, qui a obtenu la Palme d'or au Festival de Cannes 2016, ainsi que le César du meilleur film étranger.

Présentation

L’action se déroule en 2010 en Grande-Bretagne. Daniel Blake (Dave Johns), veuf, menuisier de 59 ans, est victime d'un accident cardiaque, ce qui l'oblige à faire appel pour la première fois de sa vie à l'aide sociale. Mais en raison de l’application, d’un plan visant à réduire, non le nombre de chômeurs mais de chômeurs indemnisés, et ayant, dans cette optique livré la gestion de la plupart des services publics au privé les autorités leur ont donné mission de faire la chasse aux « tire-au-flanc » réels ou supposés. Commence alors pour Daniel une « descente aux enfers ». Pris au piège d’une administration tatillonne qui multiplie les humiliations : recours à des centres d’appels qui ne servent à rien, épuisant parcours de formulaires à remplir sur Internet, conditions kafkaïennes qui rappellent en pire le parcours des demandeurs d’emploi français.

Lors d'un de ses rendez-vous, Daniel Blake fait la connaissance de Katie Morgan (Hayley Squires), une mère célibataire contrainte de loger à 450 km de sa ville natale pour éviter d'être placée en foyer de sans-abri, ce qui lui ferait perdre la garde de ses deux enfants. La fonctionnaire chargée de son dossier refuse de la recevoir au motif qu'elle est arrivée en retard. Katie a beau expliquer qu'elle ne connaît pas la ville, qu'elle n'est pas familiarisée avec le réseau de bus local, rien n'y fait. Son allocation est supprimée pour une durée d'un mois.

Une amitié va naître entre ces deux laissés pour compte et chacun, dans la mesure de ses moyens, va aider l’autre.

Mon opinion sur ce film

Un film qui dépeint crûment une réalité sociale et met en lumière une politique profondément injuste peu différente de ce que met en place les derniers gouvernements français successifs, le summum en étant atteint par l’actuel.  Bertrand Tavernier ne s'y est pas trompé qui, après la projection à Cannes, a déclaré : "Voilà ce que nous prépare Emmanuel Macron", vision confirmée depuis deux ans par toutes les atteintes aux droits sociaux des Français qui a conduit jusqu'à la crise des Gilets Jaunes. 

Dans le même esprit, je vous conseille : 

dimanche 20 janvier 2019

NOS BATAILLES Film de Guillaume SENEZ (FR-BE - 2018)

Film vu dans le cadre du Festival Télérama (16-22 janvier 2019)


Nos batailles est une comédie dramatique franco-belge coécrite et réalisée par Guillaume Senez, sortie en 2018.

Présentation

Olivier (Romain Duris) est marié à Laura (Lucy Debay) et père de deux enfants, Elliot, 9 ans (Basile Grunberger) et Rose (Lena Girard Voss), 5 ans. Les parents travaillent et semblent bien s’entendre. Laura est employée comme vendeuse dans un magasin de vêtements et Olivier est contre-maître dans un entrepôt de vente en ligne. Il est par ailleurs très impliqué dans le syndicat de l’entreprise où il lutte pour tenter d’améliorer les conditions de travail de ses collègues. Malgré tout, il n’a pu empêcher le suicide d’un de ses collègues.

« Ce drame inaugural, comme une blessure ouverte d’emblée, donne le ton du film : un équilibre fragile, mais dignement tenu, entre les grandes douleurs et la grisaille quotidienne, entre la chaleur des liens affectifs et les froides ­rigueurs des vies ordinai­res, tout un maillage de contraires et de con­traintes, d’injustices, de colè­res, de tendresses et d’usure. » (Cécile Mury - Télérama)

Peu présent chez lui, il ne se rend pas compte que, malgré les apparences, un malaise s’est installé dans son couple. Tout semble aller bien cependant jusqu’à ce que Laura s’évanouisse au travail. Elle n’en parle pas à Olivier et, le lendemain, elle a disparu sans laisser ni mot ni adresse. Olivier, sous le coup de cette disparition inexpliquée fait bonne figure et dit à ses enfants que Maman est partie quelques jours. Mais, l’absence durant, il ne peut la leur cacher plus longtemps et il doit s’organiser, seul ou avec l'aide de sa famille (sa mère et sa sœur, Betty), pour mener de front sa vie familiale et sa vie professionnelle.

Accueil du film

Le film a été sélectionné et présenté en avant-première mondiale le 13 mai 2018 dans la section « Semaine de la critique » au Festival de Cannes. Il est ensuite sorti au cinéma le 3 octobre 2018 en Belgique et France et plus tard en Suisse romande et au Québec. Je l’ai vu dans le cadre du festival Télérama 2019. Bien que sélectionné au Festival de Cannes, Nos batailles n’y a rien obtenu. Il a cependant reçu quelques récompenses mineures :

- Festival du film de Hambourg 2018 : Prix de la Critique
- Festival International du Film Francophone de Namur 2018 : Mention du Jury Cinevox
Festival du film de Turin 2018 : Prix du public.

Mon opinion

Nos batailles nous plonge dans la vie d’une famille française ordinaire, qui lutte travaille pour payer son loyer et sa nourriture, en en oubliant de se parler et de se voir. Pourtant, aussi bien Olivier que Laura semblent aimer leurs enfants : tous les soirs, Laura lit une histoire à ses enfants et Olivier joue avec eux. Mais on a un doute : comment Elliot a-t-il eu ses brûlures ? Accident ou maltraitance ? Le soir, l’histoire que raconte Laura à ses enfants est-elle appropriée ? Olivier, le nez dans son travail et absorbé par la lutte syndicale ne voit rien là où, nous spectateurs, nous ressentons un malaise. La disparition de Laura du jour au lendemain ne nous surprend qu’à moitié. On comprend, a posteriori, qu’elle n’a eu d’autre choix que de disparaître, de s’effacer, peut-être pour ne pas faire plus de mal à ses enfants. Romain Duris est juste en père dépassé par la situation : il n’est qu’incompréhension devant ce qui lui arrive et tâche de faire face au mieux. Le petit Elliot est formidable. De même que Laetitia Dosch, l’actrice qui joue le rôle de Betty, la sœur d’Olivier, lumineuse. 

dimanche 2 décembre 2018

LA TÊTE HAUTE film dramatique d'E. BERCOT (FR-2015)



La Tête haute est un film dramatique français coécrit et réalisé par Emmanuelle Bercot, sorti en 2015.

Résumé 

Depuis son enfance, Malony (Enzo Trouillet, Malony à 6 ans ; puis Rod Paradot, Malony adolescent) confronté à Florence Blaque, la juge pour enfants (Catherine Deneuve) en raison de la démission de sa mère Séverine (Sara Forestier), une jeune femme immature et droguée et instable. Dès ses 6 ans, il se voit placé en famille d’accueil puis, à cause de ses accès de violence répétés, dans des structures de plus en plus contraignantes. Malgré la nomination de Yann, (Benoît Magimel), un nouvel éducateur engagé qui a lui-même connu le parcours de Malony, ce dernier continuera ses incartades. A la dernière, un vol de voiture suivi d’un accident dans lequel il manque de peu de se tuer et de tuer son petit frère, la magistrate, qui a tout tenté, et en opposition avec l’éducateur qu’elle connaît bien, décide en dernier recours de prononcer son incarcération. Cet électrochoc le sauvera.

Distribution

  • Rod paradot : Malony, adolescent en carences éducatives, à la dérive
  • Benoît Magimel : Yann, l'éducateur
  • Catherine Deneuve : la juge, Florence Blaque
  • Sara Forestier : Séverine, la mère de Malony
  • Diane Rouxel : Tess, petite amie de Malony
  • Enzo Trouillet : Malony à 6 ans
Distinctions
  • Festival de Cannes 2015 : sélection officielle hors compétition (film d'ouverture)
  • César 2016 : Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleure actrice pour Catherine Deneuve, Meilleure actrice dans un second rôle pour Sara Forestier, Meilleur espoir féminin pour Diane Rouxel, Meilleur scénario original
Mon opinion sur ce film

Plus docu-fiction que véritable film, La tête haute montre sans concession la difficulté à laquelle est confrontée un juge pour enfants (CatherineDeneuve) devant l’inadaptation de son métier à des situations de misère sociale. Le film est intense et la prestation de Rod Paradot, entre fragilité et explosions de violence, absolument stupéfiante surtout quand on sait qu’il est passé directement d’un CAP de menuisier à ce rôle particulièrement difficile.   

mardi 18 novembre 2014

LE HAVRE d'Aki KAURISMAKI (FI-F-D 2011)

[Repris d'un commentaire publié en 2011]


Le Havre est une comédie dramatique finno-franco-allemande produite, écrite et réalisée par Aki Kaurismäki et sortie le 8 septembre 2011. Elle a été sélectionnée, en compétition, au Festival de Cannes 2011 et a reçu le Prix Louis-Delluc.

Synopsis

Marcel Marx (André Wilms sur les épaules duquel le film repose entièrement), ex-écrivain, est devenu cireur de chaussures au Havre. Il vit pauvrement avec sa femme Arletty (Kati Outinen) et sa chienne Laïka dans une ruelle où il a ses habitudes et ses amis, Claire, la patronne du bar La Moderne (Elina Salo), Yvette, la boulangère (Evelyne Didi), l’épicier (François Monnié) Cheng, un autre cireur de chaussures, quand le destin met brusquement sur son chemin un enfant immigré originaire d’Afrique, Idrissa (Blondin Miguel).

Au même moment Arletty est prise de violentes douleurs et on doit l’hospitaliser. A son retour, il trouve le jeune clandestin chez lui en compagnie de sa chienne.
Mais un voisin (méconnaissable Jean-Pierre Léaud en ignoble délateur) les a dénoncés à la police et Marcel est surveillé par le commissaire Monet (Jean-Pierre Darroussin). Dans un premier temps, on pense que le commissaire est là pour l’arrêter et l'empêcher d'aider le jeune fugitif. En fait, il vient le prévenir et lui apporte son aide pour permettre à Idrissa de fuir la France pour l’Angleterre où il doit rejoindre sa mère qui y travaille. Film engagé, certes, qui dénonce, comme tant d’autres (en particulier Welcome), la triste dérive politique de l'ex-« patrie des droits de l’homme ». 

 Mon opinion

Dieu sait combien, en tant que citoyen, je ne peux que souscrire sur le fond au propos d’un tel film tant  je suis opposé à la politique actuelle de l’immigration et au tour « vichyste » que prend cette politique[1]. En cela, je peux comprendre le parti-pris de faire de Darroussin (merveilleux dans Les neiges du Kilimandjaro un quasi-gestapiste, ou de Jean-Pierre Léaud une caricature de ces dénonciateurs anonymes qui fleurissaient sous Vichy. Je ne me fais aucune illusion sur la possibilité que de telles situations se reproduisent, hélas, à l’identique, même et alors que notre pays n’est pas soumis (du moins pas encore !) à une dictature totalitaire.

Mais, ce qui m’a gêné, dans ce film, c’est le choix de ses décors misérabilistes, années 50, qui édulcore son propos alors que son film aurait gagné en crédibilité s’il l’avait tout bonnement filmé dans des décors contemporains avec toute la violence crue de notre époque.

Si je peux comprendre que le réalisateur ait fait parler André Wilms – qui est par ailleurs un grand acteur - comme une parodie d'écrivain, je ne comprends pas quelle était la nécessité de faire ânonner ses autres acteurs comme des débutants ? Tout cela sonne faux, comme sonne faux le « sauvetage » du gamin, la guérison miraculeuse d’Arletty que l’on croit morte et qui est ressuscitée, le comble étant l'image du pommier en fleurs saluant le retour de Marcel et d'Arletty à la maison ! J’ai prié, jusqu’à la dernière image pour qu’une telle situation mélodramatique voire vaudevillesque ne se produise pas, et, à mon grand regret, cela s’est produit.

Non, je regrette, mais pour moi Kaurismäki n’a pas démontré, dans ce film, qu’il était un cinéaste de talent.  Le seul jeu d'acteurs que j'ai aimé dans Le Havre est celui d'Yvette et de Claire, rayonnantes de chaleur et d'amour du prochain comme seuls savent l'être les gens simples, bons et authentiques. Mais tout le reste est tellement "téléphoné" que c'en est parfaitement ridicule.           

Dussé-je en prendre plein la gueule (car les attaques ne vont pas manquer comme chaque fois que je me permets de critiquer un cinéaste « reconnu »!), je vais donner mon opinion sur ce film. Comme j’ai vu hier Les neiges du Kilimandjaro  et qu’il n’est pas hors de propos de comparer les deux films qui, sur le fond, traitent de sujets de société qui nous préoccupent tous, le chômage, la pauvreté (voire la misère qui touche de plus en plus de Français),  je peux faire la différence entre un cinéaste de talent (Robert Guédiguian) et un cinéaste moyen, voire mauvais, comme Kaurismäki.

En conclusion, j’ai trouvé ce film ennuyeux, ses dialogues insipides (à part la lecture que fait Yvette à la mourante lors de sa visite à l'hôpital, mais le cinéaste nous montrant la couverture : Kafka, nous comprenons, hélas, que le texte n’est pas de lui), le jeu des acteurs artificiel, les prises de vue nulles (chez Guédiguian, où que l’on se place, on voit la mer ou on la devine), le phrasé laborieux, la grotesque parodie du vieux rockeur… le juke-box, les enregistrements "d'époque", etc., etc. Et par-dessus tout, ce qui pour moi fait un bon film, le savant mélange entre rire et larmes (ou émotion) est totalement absent de ce film qui n’est qu’un pensum lourdingue et ennuyeux.

 Allez plutôt voir :




 

[1] J’ai écrit ce commentaire après avoir vu le film lors de sa sortie en salles. Nous étions alors sous le régime sarkoziste, Claude Guéant étant ministre de l’intérieur en remplacement de l’ignoble Eric Besson, précédent ministre de « l’identité nationale ». Je dois dire que depuis, hélas, les choses n’ont pas changé si ce n’est en pire, le premier ministre du président « socialiste » François Hollande, que j’ai contribué à faire élire, Manuel Valls, s'avérant être pire que les précédents en matière de droit d'asile. Depuis deux ans, la situation des droits de l’homme dans notre pays ne s’est pas améliorée et ce n’est certainement pas la mort de Rémi Fraisse lors de manifestations contre le barrage de Sivens, une « tache indélébile sur l’action du gouvernement », comme l’a justement dit Cécile Dufflot, qui me fera changer d’avis.