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vendredi 10 mai 2024

LE TABLEAU VOLE - Film de Pascal BONITZER (FR-L 2024)

 


Le Tableau volé est une comédie dramatique française réalisée par Pascal Bonitzer et sortie en 2024. Le film est librement inspiré de la redécouverte dans les années 2000 du tableau d'Egon Schiele, Les tournesols, spolié par les nazis. Ecoutez ici le podcast "Art, les tournesols de Schiele, histoire d'une découverte".  

Résumé

André Masson (Alex Lutz), un commissaire-priseur parfaitement imbuvable, en particulier avec Aurore, (Louise Chevillotte), sa stagiaire, travaille au sein de la prestigieuse maison de vente d’art parisienne Scotie's. Lorsqu'il reçoit la lettre d’une avocate, Me Egerman (Nora Hamzawi), qui croit avoir identifié un tableau de prix dans la maison d'une famille dont elle a la charge à Mulhouse, il n'y croit pas une minute.

Bien que très sceptique, l’œuvre de Schiele ayant été parmi les plus plagiées, il décide cependant de faire le déplacement à Mulhouse, avec Bertina (Léa Drucker), son ex-femme, elle aussi experte en peinture, pour voir le tableau.

Face au tableau, tous leurs doutes sont balayés : il s’agit bien d’une authentique œuvre d’Egon Schiele, que tout le monde avait cru disparue. Ils évaluent la valeur du tableau à plusieurs dizaines de millions.

Leur première surprise passée, ils veulent savoir comment ce tableau a bien pu se retrouver dans cette maison. Martin Keller (Arcadi Radeff) leur raconte que le tableau se trouvait dans la maison lorsqu’ils l’ont achetée en viager à un policier de 81 ans. Ils ouvrent alors ensemble une vieille valise dans laquelle des papiers ayant appartenu à l’ancien propriétaire montrant que le couple avait collaboré avec la Gestapo. Le tableau a donc été spolié en 1939 par les Allemands.  

Or, un tableau spolié doit obligatoirement être restitué à ses ayants-droits.

La famille Wahlberg (en réalité les descendants de Karl Grunwald) a été décimée pendant la guerre mais le collectionneur d’art a pu s’enfuir aux Etats-Unis où ses descendants ont fait souche.

André Masson se rend alors aux Etats-Unis où il convainc Bob Wahlberg, le chef de la famille, de confier la vente à la maison française pour laquelle il travaille et de rétrocéder 10 % de la vente à Martin Keller et à sa mère. Bien que n’ayant aucune obligation à le faire, Wahlberg accepte pour des raisons religieuses.

Lors de la vente à Paris, le tableau, réalise une cote qui dépasse toutes les estimations.

Mon opinion

M’intéressant beaucoup à l’art, je suis allé voir ce film pensant qu’il traitait sans complaisance du marché de l’art. André Masson et son ex-épouse, nous sont, du moins au début, dépeints comme des requins sans foi ni loi, si ce n’est celle de l’argent qu’ils peuvent estimer tirer d’une telle affaire. Mais sous l’armure, des failles se révèlent au fur et à mesure que le film avance et ils paraissent de plus en plus sympathiques. C’est grâce à eux que Martin Keller obtient l’indemnisation qu’il aurait pu ne jamais toucher, si André n’avait pas convaincu Wahlberg. J’ai trouvé d’ailleurs la scène où, après la vente, foudroyé par l’énormité de la somme qu’il va toucher, le jeune homme craque et où son avocate, dans un élan d’humanité, vient le chercher et le console, réussissant à l’amener à la famille Wahlberg qui lui réserve une magnifique ovation. Je voudrais ajouter que, si j’ai beaucoup apprécié le jeu des acteurs confirmés que sont Alex Lutz et Léa Drucker j’ai découvert avec étonnement Arcadi Radeff, un jeune acteur encore peu connu qui a pourtant déjà une carrière non négligeable derrière lui (6 longs métrages, 13 courts métrages, 14 pièces de théâtre…)  Formé en Suisse, d’où il est originaire, il a crève l'écran et m'a rappelé, par la force rentrée et la pureté qui émane de lui, le Depardieu des débuts. Sa prestation m'évoque celle d'un acteur débutant, Tom Mercier, vu dans le film Synonymes, où jouait déjà d'ailleurs Louise Chevillotte. Je lui souhaite une grande carrière.  

Je vous recommande aussi :

- La femme au tableau de Simon Curtis (2015)

- Monuments men de George Clooney (2014)

Qui traitent aussi de la récupération de tableaux spoliés par les nazis. 

dimanche 28 avril 2019

SYNONYMES, film de Nadav LAPID (IL-FR 2019)




Synonymes est un film franco-israélien réalisé par Nadav Lapid, sorti en 2019.

Présentation

Yoav, un jeune israélien (Tom Mercier), arrive à Paris. Il se rend dans un appartement haussmannien entièrement vide et s'y installe. Après avoir pris une douche, il constate qu'on lui a volé toutes ses affaires : entièrement nu, il va frapper aux portes des autres appartements, appelant à l'aide. Alertés, un couple de voisins riches et oisifs, Emile (Quentin Dolmaire) et Caroline (Louise Chevillotte) pénètrent dans l'appartement et le découvrent nu et inanimé... Ils le ramènent chez eux, le réchauffent et lui offrent vêtements et argent. Yoav a fui son pays, Israël, et coupé les ponts avec sa famille pour des raisons que l'on ignore mais dont on suppose qu’elles sont liées aux traumatismes de l’armée. Yoav est venu en France pour apprendre la langue et devenir Français.

Mon opinion

Ce film est le troisième long métrage du réalisateur Nadav Lapid. Il a obtenu l’Ours d’or à la Berlinale 2019. Dès la première image, chaotique, où la caméra portée à l’épaule traverse à toute vitesse la ville en rasant le bitume, on sent la patte d’un réalisateur hors norme. Paris est sublimé, ce qui transcrit bien la vision qu’en a Yoav en débarquant de l’avion. Mais on a beau avoir l’esprit ouvert. Le scénario, aussi chaotique que l’image, donne du fil à retordre à un spectateur, même habitué des salles obscures. On comprend bien le propos du réalisateur qui, par cette succession de scènes que l’on dirait montées au hasard, veut transcrire la confusion qui règne dans l’esprit de Yoav. Le procédé n’est pas nouveau et on a vu pire (je pense entre autres à Memento de Christopher Nolan). Cela donne un film qui n’est pas à la portée de tous les spectateurs, d’autant plus que certaines scènes peuvent choquer. La performance de Tom Mercier, jeune acteur franco-israélien, dont c’est le premier rôle au cinéma, n’en est que plus remarquable : filmé intégralement nu, sa grâce à la fois virile et enfantine, sa force tranquille dont on sent qu’elle cache une violence qui peut exploser à chaque instant sans prévenir, sont d’un grand acteur en devenir. Il n'est pas sans rappeler le Sergi Lopez d’Harry, un ami qui vous veut du bien ou même le Depardieu des Valseuses… Les autres acteurs, Quentin Dolmaire, en particulier, que j’ai pourtant beaucoup apprécié dans ses films précédents, sont presqu’effacés par la présence extraordinaire de cet acteur débutant.

Un film étrange, dérangeant, inclassable, qui n'est pas à recommander pour tout public.